LIVRE XLIII
prévenu de son arrivée, Ravanel alla à sa rencontre avec ses principaux officiers.
— « A quelle condition as-tu traité?» lui dit-il. Cavalier éluda sa réponse.
Son lieutenant insiste.
— « On prépare les habits, répond Cavalier, il faut aller en Portugal. 1
— Lâche! traître! tu nous as vendus!» lui crient ses officiers.
M. de Vincel, commissaire ordonnateur, qui accompagnait Cavalier, prend la parole, ce De quoi vous plaignezvous? Que voulez-vous? Il faut que le maréchal le sache.
— L'Hermite, répond Ravanel en dissimulant le sujet de sa fureur, a assassiné deux de nos frères et Ton a empêché les autres de se joindre à nous pour prier dans nos assemblée^.
— L'Hermite sera puni», répond M. de Vincel, et renouvelant sa première demande : «Que voulez-vous? leur dit-il.
— La liberté de conscience, celle de tous les prisonniers, le relèvement de nos temples.
— -Le maréchal sera informé de cette nouvelle proposition.»
Cavalier, irrité d'entendre Ravanel parler en maître, lui dit : «On dirait que tu es le maître de la troupe. — Je le suis, » répond Ravanel , et il lui tourne le dos et fait battre la générale.
Cavalier se porte au milieu de sa troupe. «Frères,» crie-t-il à ses soldats.
x\ peine a-t-il ouvert la bouche que sa voix est couverte par des cris, au milieu desquels on distingue le suivant : « Point de paix, point d'accommodement que nous n'ayons nos temples ! »
M. de Vincel, effrayé, rentre dans Calvisson, en fait fermer les portes. Cavalier lerassure. « Ravanel, lui dit-il, est un scélérat, je vais retrouver ma troupe, je la ramènerai dans le devoir. » Il court après ses soldats, qui étaient en marche; ils l'accueillent avec des huées; il veut parler, ils couvrent sa voix de leurs cris; deux fois ils dirigent leurs pistolets contre sa poitrine.