‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 24 sur 253 · LIVRE XXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVI

ardeur les questions de controverse et parut se laisser éblouir par le dogme de l'autorité de l'Église, exploité depuis avec tant d'habilité par Nicole. Arnaud et Bossuet. Il sortit de prison et, quelque temps après (8 octobre 1670)% il abjura entre les mains de Gilbert de Choiseul de Piessis- Praslin, évêque de Comminges, depuis évêque de Tournay. Le lendemain il se rendit à la Trappe et passa dix jours dans des prières et des mortifications, qui firent l'admiration du célèbre abbé de Rancé. Après son noviciat, il fut confirmé et communia5, plus tard il prit le diaconat : l'académicien se fit abbé.

Le jour même de son abjuration, il écrivit à Louis XIV la lettre suivante, dans laquelle, sous une apparente simplicité, il fait la part du roi de la terre après avoir fait celle du Roi des cieux.

«Sire, lui dit-il, quelque profond que soit le respect pour Votre Majesté, j'ai cru devoir faire, sans elle, la seule chose du monde qu'il ne faut point faire pour lui obéir ni pour lui plaire. Dieu a voulu toutefois qu'après lui Votre Majesté y eût la première part. Sept ans de prières et d'études avaient éclairé et convaincu ma raison. Le seul état d'infortune et de disgrâce où je me trouvais, me rendait suspectes toutes les lumières et les inspirations du ciel, quoique vives et fortes- u a plu à Votre Majesté de me tirer de cet état il y n neuf mois. Qu'elle compte donc désormais, s'il lui plan, entre les grâces que j'ai reçues de sa bonté et dont je lui dois être éternellement obligé, celle qui est sans comparaison la plus grande, et qu'elle ne pensait pas m'avoir faite, je veux dire tout ce que les hommes peuvent contribuer à ma conversion et à mon salut : et qu'elle soit bien persuadée aussi qu'on ne peut être avec plus de vénération, plus de zèle et plus de reconnaissance que je ne le serai toute ma vie, Sire, de Votre Majesté, etc.»3

Le roi combla le nouveau converti de ses faveurs, lui fournit la moitié de l'argent nécessaire pour acheter une

1 . Lettre de Rapin de Thoyras à Le Duchat (1722), dans le Bulletin de l liist. de la société du prot. franc., t. VI, p. 71.

2. Péiisson , Études sur sa vie et ses œuvres par Morcou, p. 275; Paris, Auguste Durand (1859).

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