‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 243 sur 253 · DU SIXIÈME VOLUME · texte numérisé non relu

DU SIXIÈME VOLUME

Noie I, page 180.

Ancienne prédiction du célèbre prophète Merlin.

Copiée sur une traduction du vieux gaulois , qui en fut faite sous le règne de Henri VIII , et dont le manuscrit se conserve dans la bibliothèque de Cambridge.

Un temps viendra, pour Merlin jà venu, Qu'hommes, femmes, enfants au front chenu, Prophétisant, sortiront des Cevennes, Dans Albion produiront choses vaines.

Malin esprit en eux se fera voir :

Si que leur corps en terre on verra choir : Soudain prendront face démoniaque, Et puis tenant langage maniaque, Les mêmes mots coupés de longs hoquets, Répéteront comme font perroquets; D'Apocalypse et de toute écriture Diront porter les clefs à leur ceinture, Si qu'éventant du ciel tous les trésors Voudront en brefs ouvrir ses coffres forts. Dames, Seigneurs, exemple à la canaille Leur fourniront de quoi faire ripaille.

Maints fous croyant prophètes devenir, Iront près d'eux lorgnant dans l'avenir. Si que tombant en soudaines extases, Dégorgeront hiperboliques phrases.

Même tout haut filles viendront crier : Couche avec nous prophète Cavalier, Rien n'en sera; car trop craindre la fraude, Ribaud enfin épousera Ribaude.1 Or trois, sans plus, grands prophètes seront Et maints petits sous les grands s'instruiront, Trois barbouilleurs auront de ronde table, Griffonneront papier non véritable; Si qu'à témoin prendront même le ciel, Que pot breneux n'enferme que pur miel. Homme allobroge aux magiques merveilles, Fera germer enfans dans des bouteilles.

Prophète lors le prendront pour leur coq; Pour eux pendra géométrie au croq.

i. Cavalier a épousé dans Londres je ne sais quelle grisette.

352 NOTES

Haut de corsage aura face malade , Grands yeux, beau nez, montrera mine fade , Chef deviendra du magique trio Et s'il se nomme aura nom Fatio.

D'appuis feront prophètes bon triage.

Et s'il leur faut gens à haut verbiage , Gens sachant tout, de tout fesant leçon Aquest feront du voyageur Misso?i. ' Dans Londre alors parmi la gent gauloise , Viendra discorde et sourdra grande noise , Dont signalant son cœur et son esprit,

M courra sur le peuple proscrit,

Des Grecs fera de nouvelles Cevennes, Tant que prisons de Gaulois seront pleines, Prophètes lors à fons examinez, Eux et leur bande auront un pied de nez Et Marion, chef des marionnettes, Ailleurs ira prononcer ses sornettes.

Or quand verrez tours de l'esprit maliu Mémoire ayez du prophète Merlin.

Des chants et voix qui ont été entendus dan» le» airs en divers lieux.

ISos tres-chers Frères en nôtre Seigneur , grâce et paix vous soit donnée par nôtre Dieu et Sauveur Jesus-Christ.

Dans la dernière de nos Lettres, nous nous sommes engages à vous communiquer certains faits notables, dont quelques-uns de nos Frères ont jugé à propos de nous faire part. Entre ces faits, je ne crois pas qu'il y en ait un qui mérite davantage d'être examiné que ce qui nous a été rapporté, qu'en plusieurs lieux où il y avoit autrefois des Temples, on a ouï des voix dans les airs, si parfaitement semblables au chant de nos Pseaumes , qu'on n'a pû les prendre pour autre chose. Si cela est vrai, c'est une merveille qui vaut bien la peine qu'on y fasse attention. Nous croirions être bien ingrats à la bonté Divine, si nous supprimions un aussi éclatant témoignage de son approbation. Il faut être bien hardi dans ce siècle pour oser parler de prodiges, de merveilles, de présages et d'autres choses semblables. 11 y a eu un tems où l'on croyoit tout : dans celui où nous sommes, on ne croit rien. Je pense qu'il y auroit un milieu à prendre, il ne faudroit pas croire tout. Mais il faudroit croire quelque chose. Car cet esprit d'incrédulité, et ce caractère desprit fort n'est bon à rien , et je n'ai pas encore dé-

couvert son usage. Il est vrai , c'est la crédulité qui a perdu la Religion, et qui a introduit mille superstitions. Ces médians contes de miracles faits aux tombeaux des Saints, ces apparitions d'ames, ces prétendues visions d'esprits qui revenoient de l'autre monde; cela, dis-je, nous a produit l'invocation des Saints, l'adoration des Images, le Purgatoire, les Messes, les suffrages des vivans pour les morts. C'est pourquoi je consens qu'on soit fort sur ses gardes, quand il s'agit de merveilles et d'histoires pieuses. Le monde, de ce qui s'appelle honnestes gens est si fort revenu de là qu'on s'est jetté dans une autre extrémité. On ne croit plus rien. C'est s'exposer à être tourné en ridicule que de soutenir qu'il y a eu des miracles, et qu'il peut y en avoir encore; on se moque des présages; on n'a aucune foi pour tout ce qui s'appelle prodiges. Cependant où va cela? C'est à nier la providence, c'est à faire croire que Dieu ne se mêle pas des affaires d'ici-bas, c'est à ruiner tous les principes de foi humaine, et par conséquent à nous jetter dans un pyrrhonisme achevé, qui est peut-être une des dispositions d'esprit la plus dangereuse à la Religion. En doutant de tous les faits qui ont l'air extraordinaire, on n'a intention d'étendre cela qu'à l'histoire du monde. Mais on ne s'apperçoit pas, qu'on prend insensiblement uns habitude de douter, qui s'étend à tout. 11 y a un Dieu, nous en demeurons tous d'accord. Il y a une Providence, nous l'avouons tous. Rien ne se fait sans Dieu. Est-il possible que Dieu se soit tellement caché derrière les créatures, et sous le voile des causes secondes, que jamais il ne veuille tirer un peu le rideau? Si nous avons fait resolution de nier la vérité de tous les faits extraordinaires, que ferons-nous de l'histoire sainte et profane? Peut-on se persuader que les historiens de tous les siècles se soient entendus pour nous tromper, en nous faisant croire que les grandes révolutions qui sont arrivées dans les sociétés du monde et de l'Église, ont été précédées par des évenemens extraordinaires, des tremblemeus de terre, des signes au ciel, des prodiges sur la terre? La pluspart de ces histoires sout des fables, dira-t-on; cela peut-être, si la pluspart sont des fables, il y en a donc quelques-unes qui sont des histoires. Si jamais il n'étoit arrivé de vrais prodiges, on n'en raconteront point de faux. Car le faux est une imitation du vrai. Il faut avoir une hardiesse qui me passe, pour oser ranger tous les historiens sous une même classe, et les mettre tous entre les faiseurs de contes. J'admire le concert de ces Ecrivains qui ont vécu à deux et trois mille ans les uns des autres, et qui cependant ont conspiré ensemble pour nous tromper. Selon nos Modernes, il n'y a ni Sorciers, ni Magiciens, ni possessions, ni apparitions de Démons, ni rien de semblable. C'est dommage que ces Messieurs n'ont poussé leur assurance, jusqu'à nier la vérité des faits contenus dans l'Ecriture , cela leur seroit fort commode. Du tems que

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Jcs Ecrivains Sacrés écrivoient , il y avôit de tout cela. Et où a fon trouvé que cela devoit cesser, et qu'il devoit venir un tems clans lequel les Démons ne tromperoient plus les hommes , et dans lequel le ciel ne parleroit plus par des prodiges? Parce que les Historiens n'ont pas été infaillibles , faut-il croire qu'ils ont tous menti et en tout? Peut-on par exemple honnestement révoquer en doute les prodiges que Joseph nous rapporte, comme étaut arrivés peu devant la dernière ruine de Jérusalem? Un homme fait le tour de la Ville et des murailles, en criant toujours, malheur, malheur sur le Temple , sur la Ville , etc. et enfin durant le siège comme il étoit sur la muraille il adjoûta malheur sur moi. Ce qu'il n'avoit jamais fait auparavant, et dans le moment un gros caillou parti des machines des assiegeans, lui donna dans l'estomach et le creva. Une épée de feu passe un an durant sur la Ville de Jérusalem de l'Orient à l'Occident; une voix fut entendue dans le Temple qui disoit , partons d'ici ; une porte d'airain dans le Temple que dix-huit ou vint hommes pouvoient à peine remuer , s'ouvrit toute seule. Il faut que Joseph eut dessein de prostituer sa réputation , racontant de semblables faits , de la fausseté desquels il pouYoit être convaincu par un million de témoins qui étoient encore vivans. Le Sauveur du monde a voulu faire honneur aux présages muets; lui qui s'en pouvoit si bien passer , puisqu'il avoit pour lui tant de témoins parlans. Il voulut que le ciel à sa naissance produisit un nouvel astre, ou du moins que les airs produisissent un nouveau météore, qui mérita le nom d'étoille : Et que dirons-nous de ce grand miracle , qui arrivoit au lavoir de Bethesda, où un Ange descendoit, troubloit l'eau, et le premier malade qui descendoit dans l'eau après l'action de l'Ange, étoit guéri? Cette merveille n'étoit point vieille, et sans doute elle ne dura pas longtemps. Car les Juifs ne l'auroient pû dissimuler comme ils l'ont fait. Il est clair que cela se fit environ Je temps que le Seigneur Jésus-Christ arriva à l'âge de trente ans et qu'il entroit dans sa charge de Médiateur; et c'étoit un admirable présage de la venue de celuy qui est appelé la source ouverte à la maison de Jacob pour la souillure et pour le péché, duquel l'eau, c'est à dire la grâce, devoit guérir toutes nos maladies. Je pourrois vous apporter une infinité de faits très bien attestés , de visions, de songes prophétiques, de signes, vus dans les airs et au ciel qui ont esté des présages d'évenemens un peu moins considérables que ceux que nous voyons à présent. Il est vrai qu'à la faveur de ces signes et de ces merveilles, on en a fait passer cent et cent fabuleux : mais tout ce qu'on doit conclure de là,. c'est que tout homme sage prendra les sûretés avant que de croire. Tout aussitôt qu'un événement peut avoir des causes naturelles il ne signifie rien , selon ces Messieurs : Comme si Dieu n'étoit pas maître des causes naturelles pour les disposer à produire certains

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effets, quand il veut présager de grandes révolutions dans le monde. Il me semble que les tremblemens de terre ont leurs causes naturelles, et les famines, les pestes et les guerres aussi. Cependant Jésus Christ met ces choses entre celles qui doivent présager son avènement. Nation s'élèvera contre nation, et Royaume contre Royaume. Il y aura famines et pestilences et tremblemens de terre de lieu en lieu. Et pourquoi ne pourrionsnous pas interpréter des Eclipses de Soleil et de Lune et de signes qui se verront au ciel, ce qu'il ajouste : Le Soleil deviendra obscur, la Lune ne donnera point sa lumière, les étoiles cherront du ciel et les vertus des deux seront ébranlées. On croit que c'est là la description de ce qui se fera au dernier jour du jugement. Mais si c'étoit icy le lieu, je pourrois prouver que cela n'est point. Ce n'est pas que je sois persuadé que toutes les Eclipses , tous les tremblemens de terre soient des présages ; mais il y a de telles circonstances et de temps, et de lieux, et de signes accompagnans, qu'on ne sçaurait, ce me semble, sans témérité nier que la providence de Dieu ne les dispense pour frapper d'étonnement les esprits et les rendre attentifs à ses Jugemens. Que dirons-nous de l'arc-en-ciel ? Il se fait sans doute par des causes naturelles. Cependant Dieu a voulu que dans tous les âges du monde il fût un signe d'institution, pour assurer les hommes qu'il n'y aura jamais de déluge sur la terre. Dieu accorda à Gedeon un signe dans la nature, pour l'assurer de la vérité de sa mission. Ezéchias en reçut un dans le Soleil, ou du moins dans l'ombre du Soleil sur le cadran d'Achaz , pour signe de son retour à la vie. Il ne faut donc pas s'imaginer qu'il soit contre l'ordre de la providence de faire des choses extraordinaires dans la nature, pour marquer des evenemens extraordinaires dans le monde. Concluons donc que la crédulité de nos ancestres a bien fait recevoir de méchans contes pour de bonnes histoires : mais aussi qu'elle est cause que de très bonnes histoires passent aujourd'hui pour de méchans contes. Je n'ay pu refuser cet petit prologue à Tannée de laquelle nous allons bientôt sortir, aussi abondante en prodiges qu'il y en ait eu il y a longtemps. Car de tous côtés on n'a entendu parler que d'orages extraordinaires , de feux tombans du ciel; d'autres sortant de terre; de signes tres-parlanls qui ont paru dans les airs, d'insectes de figure inconnue qu'on a cru voir tomber des cieux. Les faiseurs de nouvelles publiques n'ont pu même s'empêcher de le remarquer, et de faire là dessus leurs reflexions. Je croy qu'il est de l'interest du public de vérifier tous ces evénemens; et l'on obligera ceux qui cherchent à craindre Dieu, de faire une information fort exacte de tous ces prodiges. Si on a dessein de nous en apprendre quelque chose, nous prions que ce ne soit point sur des contes et des ouy dires : ou môme sur le rapport de gens dont la fidélité ne soit pas bien reconnue, car

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nous n'avons dessein ni de nous tromper nous mêmes, ni de tromper personne. On le reconnoîtra par la manière dont nous allons rapporter le fait en question, c'est ce chant de Pseaumes qui a esté entendu dans les airs eu divers endroits.

Il y a prés d'un an que nous en entendismes parler la première fois. Et l'on nous dit que ces chants avoieut esté ouïs dans le Béaru, la première province où fut envoyée la mission dragonne. Voicy nos témoins, on jugera s'ils valent quelque chose.

Monsieur Magendie Pasteur de l'Eglise d'Orthez aiant fait enqueste de cette affaire , a interrogé diverses personnes , selon qu'il paroist par son certificat.

Je déclare que Monsieur de Bazin le cadet habitant de la Ville d'Orthez en Béarn, m'a dit que se promenant avec quelqu'un de ses amis Taprés midy, auprès de la Ville d'Orthez, il ouït des voix qui chantoient les Pseaumes , et comme il crut que ce pouvoient-être certaines femmes qui lavoient du Linge dans une rivière qui passe dans Orthez, il courut à elles pour leur demander si c'étaient elles qui avoient chanté, elles lui dirent que ce n'étoient pas elles, et qu'il y avoit longtemps qu'elles entendoient ce même chant de Pseaumes. Cela arriva quelques mois avant l'interdiction de nôtre Temple. Ledit Sieur de Bazin est un fort honnête homme, fort judicieux, et d'une grande probité. 2. J'ajoute que Mademoiselle de Casenave d'Orthez a dit à des personnes dignes de foi , que ne pouvant pas croire ce qu'on disoit de ce chant des Pseaumes, une femme luy dit que si elle avoit la curiosité de les entendre chanter, elle la vieudroit prendre dans sa maison dans le tems qu'il fau droit, ce qu'elle fit; car cette Femme s'étant trouvée à onze heures de nuit dans une extrémité de la Ville avec beaucoup d'autres personnes, pour entendre ces voix, qui chantoient dans les airs les louanges de Dieu : ayant ouï ce chant de Pseaumes, elle courut à la Demoiselle de Casenave, qui sortit d'abort de son lit, fit lever une de ses voisines, et coururent dans ce quartier de la Ville, qui est fort éloigné de leur maison, où elles trouvèrent plusieurs personnes qui étoieut ravies de cette douce mélodie, qu'elles entendoient dans les airs, elles s'en retournèrent elles-mêmes dans leur maison avec cette grande consolation d'avoir entendu chanter dans les airs des Pseaumes, qu'elles ne pouvoient plus chanter dans le Temple qui étoit interdit depuis quelques mois, et ajoutent qu'il leur sembloit entendre chanter de la même manière qu'on chantoit dans notre Temple, et qu'après que le chant avoit cessé, il y avoit une voix qui parloit, mais d'un son confus, tellement qu'on ne pouvoit pas distinguer ce qu'elle disoit. Cette Demoiselle au reste est très digne de foi. 3. Je dis encore qu'une infinité de personnes d'Orthez disoieut avoir entendu le chant de Pseaume, qu'ils appeloient le chant des Anges, s'exhortaut les uns les autres le jour, à se trou-

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ver dans la nuit, dans de certains endroits de la Ville pour satisfaire cette sainte curiosité. Ce qui fit que les jurats d'Orthez publièrent une ordonnance par laquelle ils défendoient sous de grosses peines , à toutes sortes de personnes de sortir de leurs maisons, ni de s'assembler de nuit pour entendre ces voix, qui remplissoient ce pauvre peuple affligé d'une joye , et d'une consolation extraordinaire ; c'est ce qu'on m'a dit de ce chant de Pseaume, à quoi je n'ai pas eu de la difficulté de donner toute ma créance, parce que les personnes qui me l'ont rapporté sont d'une grande sincérité. Fait à Amsterdam, le 23. Novembre, 1G86. Signé, Magendie, ci devant Ministre d'Orthez en Béarn.

Monsieur Garsiyi , autre Ministre de ladite Eglise d'Orthez , déclare ce qui suit sur le chant des Pseaumes, qu'on a ouï à Qrthez durant un assés longtemps.

Moi sous-signé ci devant Pasteur de l'Eglise Reformée d'Orthez en Béarn , certifie à tous ceux qu'il appartiendra , que mon beaufrere de Roux Advocat m'a dit, qu'entre onze heures et minuit, étant sur le derrière de sa maison en la Ville d'Orthez, il oùit un chant de Pseaume au-dessus de lui ; qu'un moment après il otiit ce même chant venir d'un endroit plus éloigné. Depuis cela, il fut pleinement convaincu de la vérité de ce chant de Pseaume , dont tout le monde parloit , quoi qu'il lui eût semblé quelquefois durant la nuit, que ses gouttes l'empêchoient de dormir, de l'avoir ouï d'une façon confuse. D'ailleurs je tiens de Monsieur de Clavier , Advocat de la même Ville d'Orthez , que le Curé du lieu, et un certain Dufau Prêtre, et le Sieur Lichiga rai Advocat, comme aussi un Frère du Curé, nommé Monsieur de la Roque, envoierent quérir une fille Papiste de Moncade, pour sçavoir d'elle , s'il étoit vrai qu'elle eût dit avoir ouï ce chant des Pseaumes; qu'elle leur dit qu'ouï. Et lui aiant demandé, comment elle sçavoit que c'étoit le chant des Pseaumes, qu'elle leur dit, que c'étoit parce qu'elle avoit ouï la même chose que lors qu'on chantoit dans le Temple de ceux de la Religion. Et l'aiant encore interrogée, comment elle avoit ouï le chant des Pseaumes dans ie Temple, elle leur répondit, qu'elle y avoit été une fois à la suite d'un baptême, mais qu'allant à la Fontaine, elle avoit ouï souvent ce chant passant devant le Temple à l'heure des prêches et des prières. Après cela, ledit Sieur de Clavier dit, que le Curé et les autres lui défendirent étroitement de dire plus, qu'elle eût ouï ledit chant des Pseaumes. A Amsterdam ce 23. Septembre, 1G86. Signé, Garsin, Ministre.

Je sous-signé certifie à tous ceux qu'il appartiendra, que dans l'année quatre vingt cinq, environ le mois d'Aoust et de Septembre, j'ai ouï en l'air le chant des Pseaumes en des voix différentes

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et fort mélodieuses, et cela en deux fois, la première fois, devant la maison de Poey où j'étois à demi endormi, couché sur un banc; je fus réveillé par ce chant des Pseaumes qui dura prés de demiheure , après cela j'entray dans la maison de Monsieur du Poey marchant drappier chez qui je travaillois à la drapperie. L'ayant dit à Mademoiselle du Poey et à ses Filles, elles me grondèrent beaucoup de ce que je ne les avois pas averties dans le temps que j'entendois ledit chant. La seconde fois, huit jours après, moi et plusieurs autres une heure après minuit, étant allés exprés sur un lieu des plus élevés de la Ville proche Moncade nommé la Posterle, j'ouys plusieurs voix en l'air que j'entendois tantost d'un côté, tantost de l'autre, et me retirant, ayant trouvé Mademoiselle Despagnou fille de Monsieur Dombideau marchand d'Oloron mariée avec le sieur Despagnou marchand taneur, accompagnée de plusieurs autres femmes du voisinage, je leur demanday d'où elles veuoient? Elles me dirent qu'elles venoieut du bord de la rivière nommé Legave qui passe auprès de la Ville, proche d'un moulin qu'on appelle le moulin neuf. Je leur demanday si elles avoient entendu le chant des Pseaumes, elles me répondirent qu'ouy. Je leur demanday de quel côté elles avoient ouï les voix. Elles me dirent qu'il leur sembloit que c'étoit du lieu nommé la posterle. Je leur dis que j'en veuois et que j avois ouï les voix en l'air ; qu'il me sembloit par fois qu'elles veuoient du côté du moulin neuf, et qu'elles et moi tombâmes d'accord que c'étoit dans les airs et que jamais elles n'avaient ouï de voix si belles. Et mon Pere, voisin de ladite Demoiselle Despagnou et les autres femmes étant sur la porte, deux heures après minuit, y étant arrivés avec un Maréchal nommé Maresquas Papiste du lieu de Lembege, du quartier de Bitbil, qui ressort du Parlement de Navarre : Et mon Pere qui avoit changé de Religion il y avoit prés de deux ans et demi , demandant à ces femmes si elles avoient ouy les chants des Pseaumes , elles répondirent que ouy : et moy aussi dit mon Pere, et Maresquas Mareschal repartit, que pour lui qu'il n'avoit jamais ouy mieux chanter : Qu'on dise ce qu'on voudra, pour moi dit-il, je suis persuadé que c'est un vray chant des Pseaumes. Ledit de Maupeoy Pere , et ledit Maresquas veuoient d'un lieu nommé Départ joignant Orthez. Et j'ajoute que j'ay ouy publier une defFence à toutes sortes de personnes à son de trompe, par le crieur de la Ville nommé Monleres, portant qu'on n'eut point à sortir la nuit pour aller ouir le chant des Pseaumes, sous peine de prison, en foy de quoi je signe le présent certificat qui m'a été demandé. Fait le 22. de Novembre 1086. Signé Pierre de Maupoey, d'Orthez en Béarn, âgé de 23 ans.

Un nommé Monsieur Bergeret du même lieu a déclaré sous son seing ce qui suit. Environ le mois de Septembre dernier, étant

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dans la maison de ma mere, elle me dit que le soir auparavant on avoit entendu chanter des Pseaumes eu l'air. Je n'en creus rien et je m'allay coucher , parce que j'étois las. Je me mis au lit à huit heures. Une demie heure après quelques voisines vinrent dans la maison demander si j'étois assés fou pour chauter des Pseaumes, vu la grande deffence qu'il y eu avoit : et au même instant ma mere entra dans la chambre pour m'éveiller et me dire qu'on chantoit des Pseaumes en Pair. Je m'éveillay et en m'éveillaut j'entendis ce chant de Pseaumes, et je crus qu'il se faisoit dans le jardin de la maison, Je me levay et sortis sur la rue de Moncade à Orlhez, où tout le voisinage se trouva, et ils entendirent tous par deux ou trois diverses fois qu'on reprit ce chant de Pseaumes. Signé Bergeret.

Un nommé Jean de la Bordette a déclaré sous son seing ce qui suit : Vers le mois de Septembre dernier étant dans ma maison à Orthez lieu de ma demeure; ayant ouï qu'on disoit, qu'on chantoit des Pseaumes, je sortis dans la rue sur les huit heures du soir pour voir ce que c'étoit : Et j'entendis des voix en l'air qui formoient un chant parfaitement ressemblant au chant des Pseaumes, sans pourtant qu'on pût distinguer quel Pseaume c'étoit; de cela même furent témoins plusieurs personnes du voisinage. Une autrefois comme j'étois dans un pressoir, au milieu des vignes, sur les dix heures du soir j'entendis la même chose avec bien d'autres gens. Signé Jehan de la Bordette.

Une Demoiselle nommée Mademoiselle de Formalagués a déclaré sous son seing en ces termes.

Je soubs signée déclare en la présence du Seigneur qu'estant à Orthez en Béarn, lieu de mon habitation, j'ouïs clairement et par trois diverses fois, dans le mois d'Octobre dernier, ce qui s'ensuit.

Un Yendredy dudit mois d'Octobre environ huit et neuf heures du soir, étant dans ma chambre, quelques voisines m'appelereut avec empressement, en me disant que j acourusse pour ouïr les Anges qui chantoieut les Pseaumes. Je sortis promptement de la maison; étant arrivée à la rue nommée S. Gille, j'y trouvay un grand nombre de personnes, qui accouroient de toute parts pour ouïr l'harmonie céleste Et à l'instant mes oreilles furent frappées d'une mélodie si ravissante, que je n'ay jamais rien ouï de semblable. Je pouvois bien discerner l'air de nos Pseaumes qui étoit chanté admirablement bien; j'ouïs plusieurs personnes qui disoient qu'ils avoient ouï distinctement le premier verset du Pseaume : Ainsi qu'on oit le cerf bruire. Il y en avoit d'autres qui conûrmoieut cela même et qui assuroient qu'ils avoient ouï chanter le Pseaume entier. Pour moy j'advouë que je ne sçeus jamais distinguer la Lettre. J'ouïs seulement une Musique charmante, qui me representoit un grand nombre de voix très bien

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accordantes ; il y en avoit une qui s'élevoit par dessus les autres et qui se faisoit remarquer lors que toutes avoient flny. Après avoir longtems ouy ceste mélodie avec ravissement, j'aperçeus que ces voix s'éloignoient et qu'elles diminuoyent peu à peu, jusqu'à ce qu'elles se perdirent insensiblement dans les airs.

Ce même soir étant de retour, et sur la porte de ma maison, avec plusieurs de mes voisines, comme nous nous entretenions ensemble des choses merveilleuses que nous avions ouïes, voici tout à coup ces mêmes voix que nous avions ouï quelques heures auparavant, qui frappent derechef agréablement nos oreilles; nous remplirent de nouveau de ravissement un quart d'heure durant, après quoy, cette mélodie se retira comme elle avoit fait la première fois.

Le mardi suivant, estant avec un de mes parens à la porte de ma maison, sur le soir, nous ouïmes tous deux, un grand nombre de voix dans les airs , qui retentissoient avec force et se faisoient entendre avec la dernière clarté; oyant ce chant mélodieux, je courus d'abord à l'appartement d'un Médecin Papiste, qui logeoit dans ma maison, et qui étoit cette année un des Jurats d'Orthés , afin qu'il ouït lui même cette merveilleuse mélodie. 11 me suivit pour voir ce que c'était ; le chant retentissoit clairement dans cette nuit claire et seraine , mais il faisoit semblant de ne rien ouïr. Un moment après ces voix se renforcèrent , et alors ayant pressé ce Jurât, de me dire s'il oyoit ce chant, cet homme ne put plus dissimuler la vérité. 11 est vray dit-il (en présence de tout le monde) j'oy un beau chant, il me semble que j'oys la voix d'un tel ou d'un tel (nommant certaines personnes d'Orthez qui chantoient tresbien). A cette réponse, je luy dis : Monsieur, si les hommes se taisent , les pierres même parleront : mais luy, comme s'il eut esté marry de la confession qu'il venoit de faire, profera cette complainte : Helas je vois que c'est ici une ruse du Diable; il fait ouïr ces voix dans les airs, pour retenir le monde dans l'erreur, et pour empêcher ce pauvre peuple de se convertir et d'embrasser la foi Catholique : Sur quoi je lui repartis , s'il avoit jamais ouï dire, que le Diable chantât les louanges de Dieu. Il se mit à sourire, et se retira vistement dans la maison: cependant nous bénîmes Dieu de la grâce qu'il nous faisoit de nous admonester de nôtre devoir par ces voix célestes , qui chantoient mélodieusement les hymnes sacrez que nous entonnions dans nôtre temple, qui venoit d'être démoly.

Je proteste devant Dieu que ces choses sont telles que je les rapporte et je suis bien aise de faire connoître ces vérités pour l'édification de tous ceux qui craignent le Seigneur. En foy de quoy je me suis signée. A Amsterdam ce 4. Septembre 1G8G.

U. DE FORMALAGUÉS.

NOTES

Je soûtiens qu'un témoignage comme celui-ci, quand il seroit seul, est capable de mettre à l'étroit l'esprit d'incrédulité. Car enfin que peut-on dire de raisonnable? Ce témoin n'est qu'une femme, dit on, mais pour être femme renonce-t-on à l'honneur, à la pudeur, et à la conscience en fait de témoignage? Il faut avoir renoncé à tout cela pour attester avec serment un fait avec autant de circonstances. Ce n'est qu'une femme , mais ce n'est point une femme qui rapporte quelques visions de nuit, ou quelques révélations particulières ; c'est une femme qui rapporte une chose arrivée en public et dont elle a pour témoins avec elle plusieurs centaines de personnes. Pour être femme on ne laisse pas d'avoir du bon sens. Or il faudroit l'avoir perdu pour avancer une telle fausseté et s'exposer à estre seurement couverte de honte comme une faiseuse de fables. Enfin c'est une femme, mais elle parle d'une chose arrivée depuis trois jours pour ainsi dire, et dont tous les témoins sont vivans.

Enfin voici un mémoire de Monsieur de Brassalay Gentilhomme d'honneur, et reconnu pour tel, par ceux qui le connoissent.

Quelques jours avant l'interdiction des Temples de Bearn, il y eut plusieurs personnes qui entendirent chanter les Pseaumes en l'air dans la ville d'Orthés. Le premier qui l'entendit, fut le nommé Lichygaray Brunier Avocat, révolté depuis quelques années, le plus malin des persécuteurs, et qui suscitoit continuellement des affaires à ceux de la Religion. Il se leva de son ht pour aller dire au Curé, qu'il y a voit une assemblée de gens, qui chantoient les Pseaumes hors la Ville; il alla aussi chez un Sergent nommé Goulan, pour le conduire au Heu où il croyoit de les surprendre, mais ce Sergent Papiste ayant mis la tête à la fenêtre, lui répondit, qu'il n'y avoit rien à faire, parcequ'il comprenoit bien que ce chant étoit en l'air. Dans la suite il fut entendu de temps en temps durant plus d'un mois de plusieurs personnes, tantôt la nuit, tantôt le jour; entr'autres Lichygaray Cauneille Ancien de l'Église d'Orthés, m'a dit et protesté, qu'étant assis sur le bord de la Rivière, à mille pas de la Ville, lisant dans un livre, il entendit un grand chant de Pseaumes, du côté du Temple, qui est dans le grand centre de la ville; et ne doutant pas que ce ne fut l'Assemblée ordinaire, qui se faisoit aux Prières du soir, qui étoit pour lors fort nombreuse, à cause de la conjoncture du tems, et pour le moins de deux à trois mille Ames, il se hâta d'y aller, et entendit toujours un grand chant de Pseaumes, jusques à ce qu'il fut entré dans la Ville : mais ayant trouvé la Porte du Temple fermée, les voisins luy dirent, que ce n'étoit pas encore l'heure de la Prière. Il est inutile de dire qu'on chantoit dans quelque caverne, ou cave, car il n'y a que des maisons, et les environs d'Orthés ne sont que des vignes, des champs et des prez, et il y

vi. H

NOTES

avoit fort long-temps qu'il étoit défendu de chanter les Pseaumes dans les maisons, et que personne n'avoit garde de se commettre : moins encore y pouvoit-on penser dans le temps qu'on craignoit à toute heure l'interdiction de l'Eglise, et qu'on s'avisoit de toute sorte de ménagemens pour se garentir. En outre cet Ancien m'a assuré qu'il n'entendit jamais un chant plus haut dans le Tempie, ce qu'il me déclara étant en Bearn il y a 1G mois, en présence de beaucoup d'honnêtes gens.

Aprez le rasement du Temple d'Orthés, on n'entendit plus ce chant de Pseaumes de quelque temps : mais vers le mois de Septembre et Octobre dernier, il se fit entendre de la plupart des gens d'Orthés, et de bien d'autres de la campagne, qui avoient attendu la nuit, avant que de se retirer les jours de marché : ceux des Faux-bourgs aussi bien que ceux de Ja Ville l'entendoient , chacun dans son quartier, ordinairement dans une même heure, entre huit et neuf de la nuit. Les uns entendoient la lettre, les autres n'entendoient que l'air du Pseaume, et il n'y a peut-être maison dans Orthés, dont quelqu'un de la famille ne Tait entendu. Ledit Lichygaray Brunier, alla une nuit lui troisième, du côté où Ton entendoit ce chant hors la Ville, et tous trois entendirent chanter fort long-temps au dessus de leurs tètes, Pair du Pseaume GXXXVII1, dont ils ne purent oûir distinctement que ces paroles :

En ton saint Temple adorerai ,

Célébrerai

Ta renommée,

Pour l'amour de ta grand'bonté , Et feauté Tant estimée.

Du Faur Médecin et Jurât de la Ville , et d'autres Papistes l'entendirent diverses fois, mais leur malice leur faisoit dire, que c'étoit des Sorciers et des Démons. Une jeune fille du Faux-bourg de Moncade, qui joint le Château, ancienne demeure des Seigneurs de Bearn, entendit ce chant étant dans son lit, elle se leva et fit sortir plus de cinquante personnes, qui l'ayant entendu se mirent à genoux, et pleurèrent de la joye qu'ils avoient, d'entendre dans les airs une mélodie si incomparable, qui dura plus de demi heure. Et il faut savoir que c'étoit dans un lieu fort élevé au dessus de la Ville comme une haute montagne, et les gens entendoient chanter au dessus de leurs têtes, comme si c'eût été dans les nuées. Le lendemain chacun d'eux publia cette merveille. Un Valet que j'ay, a oui faire cette relation à un honnête homme, qui étoit un des spectateurs, lequel fondoit en larmes lors qu'il en parloit : c'est ce que j'ay sû aussi par d'autres endroits. Enfin il est impossible de pouvoir douter d'une vérité , que la plus grande partie des gens d'Orthés peuvent corfifior.

NOTES

Le Parlement de Pau et l'Intendant de Bearn, en ont aussi rendu témoignage par un Arrêt, qui défend d'aller écouter le chant des Pseaumes, et de dire qu'on les ait entendus, sur peine de 500 livres d'amende : et par une autre Ordonnance qui défend la même chose, sur peine de 2000 livres : les Consuls d'Orthés en ont fait faire les publications dans leur Ville.

Je ne comprens pas trop bien encore, ce que l'on peut opposer au témoignage de Mr. de BrassaLay. Ceux qui le connoissent comme nous, savent qu'il est d'un caracterè à n'imposer à personne, et à ne se laisser imposer par qui que ce soit. Ce ne sont pas des oui dire de fort loin que ce qu'il rapporte, car ce sont des personnes dignes de foi, qui déposent entre ses mains ce qu'ils ont oui eux-mêmes.

Aprez cela si ce fait est faux, j'avouë qu'on ne doit plus rien croire. Mais il y a peu de gens dans l'esprit desquels il puisse entrer, que deux ou trois mille personnes, il n'y en avoit pas moins de la Religion dans Orthés, conspirent pour mentir sur une affaire, qui après tout n'est point capitale pour eux. Car quand ils n'auroient point fait chanter les Anges dans les airs, leur Religion n'en seroit pas moins véritable. De plus, il est à remarquer, que nos peuples ne sont point nourris à cet esprit de superstition et de crédulité pour les miracles. On sait qu'au contraire, nous nous sommes toujours fait une affaire de les prévenir contre ces illusions. Outre cela, il faut une impudence qui ne se peut rencontrer qu'en peu de personnes , pour feindre des évenemens , comme arrivez à la veuë de toute une Ville, et d'introduire dans la fable des gens qui les peuvent démentir, et qui ont intérêt à le faire. Enfin je ne sçai si quelqu'un pourra s'imaginer, que les Jurats d'Orthés et le Parlement de Pau ayent publié des Ordonnances, pour empêcher qu'on n'allast entendre ces voix, si la chose étoit fausse. Au moins il faut que les Reformez d'Orthez ayent crû les entendre. L'incrédulité qui trouve toûjours quelque retranchement, demandera qu'on luy produise ces Ordonnances du Parlement de Pau et des Jurats d'Orthez. Il n'est guère apparent, que des gens qui vouloient étouffer et la connoissance , et la mémoire d'un événement si extraordinaire, et qui leur estoit si desavantageux, ayent voulu coucher par écrit, encore moins imprimer et délivrer des Ordonnances, qui auroient immortalisé la mémoire d'un fait qu'ils vouloient faire mourir. Mais ayant entendu ci -dessus la déposition d'un homme d'honneur, qui dit avoir oui de ses oreilles la publication de ces défences, il faut être fort incrédule pour nier la vérité de cette circonstance. Et il faut supposer que deux mille personnes sont pourveiïes d'un grand fonds de hardiesse, pour attribuer à une Cour de Justice, et aux Officiers d'une Ville, une chose fausse. Si cela ne suffit pas pour convaincre ceux qui veulent douter, ils attendront,, s'il

NOTES

leur plaît, qu'on ait trouvé le secret de recueillir les impressions que les paroles font sur l'air, et de les rendre visibles, et alors on leur fera voir toutes choses en original.

La même chose est arrivée dans les Cevennes. Gomme ce païs est tout plein de montagnes, où il y a des échos qui multiplient la .voix et qui la renvoyent, et qu'il s'est fait continuellement des Assemblées nocturnes, où l'on a chanté des Pseaumes à haute voix , les relations des chants qu'on a oiiis dans les airs , me seroient plus suspectes. Mais l'affaire d'Orthés, qui est un païs uni et sans montagnes, étant bien prouvée, je ne voi pas le lieu de douter de celle des Cevennes. C'est pourquoi sans scrupule nous vous produirons les Certificats venus de ce païs-là.

Premier Certificat.

Je certifie qu'une de mes Sœurs m'écrivit le 8. de Février dernier, du lieu du Collet en Cevennes, où elle étoit pour lors, en ces termes. Vous voulés être informé, mon tres-cher Frère, touchant le chant des Pseaumes, qu'on vous a dit qu'on entendoit dans ce païs. Il n'y a rien de plus vrai, feu Monsieur le Baron de Cadome l'avoit entendu deux ou trois heures de la nuit avec toute sa famille. Pour moi, et presque tout le monde de nôtre païs, avons entendu cette voix, mais nous n'avons pas pû discerner, si ce sont en effet des Pseaumes. Il nous semble que c'est une plainte, et mêmes à l'heure que je vous écris , j'entens cette plainte.

La Roquette , Ministre de Manoblet en Cevennes. Fait à Lausanne , le 30. de Mars, 1686.

Second Certificat.

J'atteste que Monsieur de Vallobscure, Gentilhomme des Cevennes , demeurant près de S. Jean de Gardonnengue , m'a écrit du 17. Décembre, 1685. ce qui s'ensuit.

Nous voyons des choses étranges dans tous les endroits des Cevennes , on entend chanter de nuit les Pseaumes en l'air , comme si c'étoit dans un Temple. Mercredi dernier, j'étois couché seul dans ma chambre, et environ la minuit, j'entendis sur le couvert une voix fort éclatante qui m'éveilla, et ensuite cinq ou six autres voix qui lui assistèrent, et chantèrent cinq ou six versets du Pseaume cinquième. Tous ceux de la maison l'ont oui plusieurs fois , et cela a été oui par tout notre païs.

Ledit Sieur de Vallobscure, me confirme par une seconde Lettre du 27. Janvier, 1686. que le chant de Pseaumes continue toujours. Ajoute ledit Sieur; Maintenant on entend battre un tambour, comme si des gens de guerre marchoient ; et cela s'est entendu en plein jour en beaucoup de lieux.

Barjon, Ministre de S. Marcel en Cevennes, à présent réfugié à Lausanne en Suisse.

Troisième Certificat.

Vers la fin du mois de Décembre dernier étant avec Monsieur d'Esperies un Gentilhomme de mérite, qui est du Yigan en Cevennes, et nous étans allés réfugier dans le Château d'un Gentilhomme de nos amis , nommé Monsieur de Montualian , nous entendîmes en l'air quantité de Tambours.

Cinq ou six jours après étant avec ledit Sieur d'Esperies dans un petit lieu nommé les Ablatatz en Cevennes, dans la Paroisse de Fraisin et de Fourques, et dans le diocèse de Mande, où j'avois ma famille réfugiée, nous entendismes en l'air une sainte harmonie chantant les louanges de Dieu, c'est ce que je certifie être véritable pour l'avoir oui.

Sa ligne' de Marneis en Cevennes.

d'Esperies du Vigan en Cevennes, atteste ce dessus être véritable.

Quatrième Certificat.

Extraits de deux Letires écrites à Lauzanne à Mademoiselle Louise Des-Yignoles, par sa Cousine Mademoiselle Jeanne Des- Vignoles, Demoiselle de Vebron, Sœur de Monsieur de la Valette, qui fut arresté dans la Citadelle du Saint Esprit au mois d'Octobre 1683. comme cela est rapporté dans la défense du projet, etc. qui fait le 3. Tom. de l'état des Reformés ,

Ce 3. janvier , 1686.

Que vous êtes heureuse, ma chère Cousine, de pouvoir prier Dieu et chanter ses louanges publiquement , pendant que tant de bonnes ames ont la bouche fermée, et n'osent pas même découvrir ce qui se passe dans leur ame. Mais à propos de chanter les louanges de Dieu, il faut que je vous parle du miracle qui fait grand bruit dans ce païs , qui est que depuis Fentiere perte de nos Temples et de nos Pasteurs, on entend dans les airs des voix et des sons d'instrumens tout à fait mélodieux , et ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que bien des gens distinguent les airs de Pseaume , je puis vous en assurer puisque j'en ai distingué plus de trente, et qu'on m'a dit que mon Frère, (elle entend Monsieur de Montvaillant Frère ainé, et d'elle , et de Monsieur de la Valette,) les distingue tous parfaitement. Imaginés vous que nuit et jour on entend ces voix, et que nous ne pouvons seulement douter, que ce ne soit des troupes d'Anges que Dieu nous envoie pour nôtre consolation, pour nous assurer que Dieu ne nous a pas tout à fait abandonez , et que nôtre délivrance approche : Dieu veuille que nous fassions nôtre prolit de ces choses. J'oubliois de vous dire, qu'on entend aussi le bruit du Tambour, mais si clairement, que personne ne peut si méprendre.

NOTES

On répondit à cette Lettre que ceîa ponvoit être naturel, vu la situation du païs, dans lequel on faisoit alors des assemblées, et autres circonstances. A cela on fît la réplique suivante.

Ce 6. de Mars 1686.

Ne soyés plus incrédule, je vous en conjure, pour le chant des Pseaumes, car il y a tant de personnes de bon sens qui en sont convaincues, qu'on doit se rendre à la vérité. J'avoue que la chose passe l'imagination, mais soiez assurée qu'on a pris toutes les précautions imaginables pour ne se tromper pas

Les deux Lettres dont mon Frère a fait les extraits ci-dessus, m'ont été véritablement écrites des Cevennes par ma Cousine de Vebron, dont je connois si bien le caractère, que je n'ay pu être trompée en cela.

Louise Des-Vignoles.

Mademoiselle de Vebron est une personne qui a beaucoup d'esprit et de bon sens, d'honneur et de pieté, et je suis persuadé, autant qu'on le peut être, qu'elle n'a pas eû intention de nous tromper. Je ne doute pas non plus, que tous ceux qui l'ont connue ne soient en état de lui rendre le même témoignage que moi. Elle a toujours été de la Religion Reformée, et Dieu l'a préservée jusqu'ici de la chute générale, comme il paroit par ces deux Lettres, dont je garde les originaux pour les faire voir à ceux qui le souhaiteront. A Lauzanne le 30 de Mars S. Y. 1686.

Signé Des-Vignoles , Ministre du Bas-Languedoc.

Je rends le même témoignage au mérite et à la pieté de Mademoiselle de Vebron. Baschi Aubais.

On peut ajouter à tous ces certificats des Cevennes et du Bearn, le témoignage de M. Jacquelot Pasteur de l'Eglise de Vassy, à qui nous avons ouï dire qu'il sçait d'un de ses paroissiens homme qui ne lui a jamais paru d'humeur à débiter des fables pour des vérités, qu'à deux heures après minuit passant auprès du Temple dudit lieu de Vassy, il y avoit entendu chanter des Pseaumes. Ou pouiToit rapporter des témoignages semblables de plusieurs autres lieux. Mais cela suffit. Au reste je voudrois bien, qu'on se munit ici contre une injustice qui est fort ordinaire dans ces sortes d'affaires : c'est que par un seul témoignage négatif on en veut détruire plusieurs afïirmatifs. On dira; j'ay interrogé une personne qui venoit de ce pays là, qui m'a dit que cela n'est pas; et lapreuve, c'est qu'il n'a point ouy ce que les autres ont oui'. Voila une grande merveille que dans un grand païs et dans un lieu où il y a diverses gens espars les uns d'un côté, les autres d'un autre,

NOTES

il y en aient qui n'ayent pas vû et ouï ce que mille autres ont ouï? Qu'on juge s'il y a de la justice à révoquer en doute ce que cent témoius ont vû, pour un qui dit n'avoir rien vû. Mais, dirat-on encore, il y a même des gens en Suisse qui après avoir dit qu'ils avoient ouï les chants de Pseaumes dans les Gevennes, se sont retractés. C'est un fait qu'on nous dit ici sans preuve. Mais je veux bien le recevoir comme véritable. Gela n'est il pas fort extraordinaire , qu'un homme entendant parler d'un prodige qui tient tous les esprits en suspens, se fasse de feste et veuille estre de la partie , en criant avec la foule , je Vay vu , je l'ay vu? Ces sortes d'affaires ne se passent jamais autrement, cent faux témoins se mêlent avec les véritables quand il ne s'agit que de dire oui. Et il est pareillement très possible que quelques-uns reviennent à la bonne foy, et avouent qu'ils n'ont rien vû. Mais cela peut il anéantir la bonne foy de ceux qui persévèrent , qui écrivent, qui déposent, qui signent avec serment?

Ces histoires étant mises en telle évidence, qu'il me paroit assez difficile de les révoquer en doute; il me semble, qu'il nous doit être permis d'en tirer nos conclusions. Les unes sont pour nous, et les autres contre nous. Contre nous, car c'est un reproche que la providence de Dieu nous fait, de ce que vous vous êtes si facilement laissé fermer la bouche, et de ce que \ous n'osés plus , et ne voulez plus chanter ses louanges et ses cantiques, qui sont les Symboles de vôtre Réformation. Dieu s'est fait des bouches au milieu des airs , et il fait sortir ses louanges des pierres et des rochers. Et ne doutez pas, que les rochers et ces bouches invisibles, ne se lèvent en jugement contre ceux qui craignent les hommes, et qui ne veulent pas glorifier Dieu hautement, et en présence des persécuteurs. Les autres conclusions sont pour nous , et contre nos persécuteurs. Cet événement parle , et leur dit; Si ceux-ci se taisent, les pierres parleront. Vous devez rendre grâces à Dieu, de ce qu'il approuve votre culte par un signe aussi considérable , et par un témoignage aussi évident. Qu'on ne vous dise pas que l'illusion a fait cela. Car toutes les illusions viennent du Démon, qui est le pere de mensonge, et qui a en horreur les louanges de Dieu. Enfin regardez cet événement comme un heureus présage, que Dieu ne veut pas laisser mourir vos voix et vos cantiques, que les Anges s'en sont saisis, et que bien tôt ils vous les rendront, pour les faire vous-mêmes retentir dans les airs. Il vous faut un grand changement de vie, pour vous rendre dignes de recevoir de Dieu cette grâce. C'est pourquoi vous devez penser à renoncer à ces vanitez mondaines, d'habits, de manières , de conduite , de paroles , de repas , de maisons , de meubles, de plaisirs, et de divertissemens, pour prendre le sac et la cendre, pour vous revêtir d'une humilité et d'une modestie véritablement chrétienne. Le temps de vôtre délivrance est prés,

NOTES

mais il ne viendra pas que celui de vôtre repentance ne soit venu, et l'esprit de vie ne reviendra point, que l'esprit de pieté et de dévotion ne soit rentré en vous.

Le 1 de Décembre, 1686.

(Jurieu, Lettres pastorales, p. 145-169.)

Note il, page 205.

Paris, 7 juillet 1852.

A M. Ch. Read, Président de la Société de V Histoire du protestantisme français , etc.

Mon cher Monsieur Read,

Vous avez accueilli, avec intérêt, la communication que je vous ai faite de quelques fragments d'un ancien registre des galères de Marseille, du commencement du siècle dernier, et vous m'avez demandé de vous faire connaître de quelle manière ce curieux document est tombé entre mes mains, je viens satisfaire à votre désir.

En 1846, alors que j'étais préfet maritime à Toulon, faisant un matin ma tournée dans les ateliers des artifices de guerre, j'apevçus parmi de vieux papiers destinés à faire des sacs à gargousses , des caractères qui fixèrent mon attention. Je reconnus que ces papiers provenaient d'une ancienne matricule du personnel des galères de la fin du règne de Louis XIV, et que .parmi les noms des infortunés inscrits sur cette matricule se trouvaient ceux d'un certain nombre de nos coreligionnaires, condamnés par une simple décision du maréchal de Montrevel ou de M. Lamoignon de Bâville , intendant du Languedoc , sans autre motif que leur qualité de protestants.

J'ai recueilli soigneusement tous les feuillets de ce registre qui ont pu être retrouvés, et j'en ai formé le cahier que j'ai eu l'honneur de vous communiquer. Je serais heureux de l'offrir, par votre intermédiaire, à la Société du protestantisme en France, si, depuis plusieurs années déjà, je n'en avais disposé en faveur de mon fils aîné, qui est grand amateur d'autographes et de curiosités historiques. Vous avez remarqué que des jeunes gens de dix-huit, de seize et même de quatorze ans, figurent au nombre de ceux qui ont été condamnés, à vie, pour cause de religion. Je me souviens d'une apostille qui a surtout attiré mon attention,, c'est celle relative à un malheureux enfant, condamné, était-il dit, par M. de Bâville, pour avoir, étant âgé de plus de douze ans, accompagné son père et sa mère au prêche. Je ne retrouve pas cette apostille sur les feuillets qui sont maintenant en ma possession; mais l'impression qu'elle a causée sur moi la première fois

que je Fai lue, est demeurée si vive, que certainement ma mémoire ne me trompe pas. Il est probable que cette étrange condamnation aura aussi excité la curiosité de quelqu'une des personnes à qui mon fils aura communiqué le document en question, et que le feuillet qui le contenait aura été détaché comme étant d'un intérêt particulier.

Vous avez sans doute remarqué que toutes les condamnations , sans exception, prononcées pour cause de religion, sont des condamnations à vie, tandis que la plupart des criminels, même de ceux qui sont coupables d'homicide, ne sont condamnés qu'à un petit nombre d'années seulement.

Le régime des galères était alors excessivement dur ; c'est ce qui explique l'énorme proportion de la mortalité par rapport au chiffre des condamnés. Les galériens étaient enchaînés deux à deux sur les bancs des galères , et ils y étaient employés à faire mouvoir de longues et lourdes rames, service excessivement pénible. Dans l'axe d'une galère, et au milieu de l'espace occupé par le banc des rameurs, régnait une espèce de galerie, appelée la coursive, sur laquelle se promenaient continuellement des surveillants, appelés cornes, armés chacun d'un nerf de bœuf, dont ils frappaient les épaules des malheureux qui, à leur gré, ne ramaient pas avec assez de force. Les galériens passaient leur vie sur les bancs; ils y mangeaient et y dormaient, sans pouvoir changer de place plus que ne leur permettait la longueur de la chaîne, et n'ayant d'autre abri contre la pluie, ou les ardeurs du soleil, ou le froid de la nuit, qu'une toile, appelée taud, qu'on étendait au-dessus de leurs bancs, quand la galère n'était pas en marche et que le vent n'était pas trop violent.

Depuis la suppression des galères, et leur remplacement, soit par des bagnes flottants, soit par des édifices à terre, le régime des forçats a été singulièrement adouci. Pendant les six années que j'ai administré le cinquième arrondissement maritime , de 1841 à 1847, le chiffre moyen de la mortalité annuelle du bagne de Toulon n'a jamais dépassé 2 1/2 p. 100, et le nombre des forçats malades à l'hôpital du bagne n'était en moyenne que de 2 1/4 p. 100. C'est une proportion inférieure de moitié à celle de nos meilleures garnisons et qui indique pour le bagne de Toulon une situation de salubrité beaucoup meilleure que celle des classes moyennes de notre population dans la plupart des localités de France.

11 n'en était pas ainsi sur les galères; on y mourait vite , et vous aurez pu remarquer combien est considérable la proportion des hommes qui y ont succombé dans une très-courte période, sous la triple influence des mauvais traitements, de la mauvaise nourriture et d'un travail excessif. La durée moyenne de la vie d'un forçat d'aujourd'hui est au moins double de celle de l'ancien

NOTES

galérien. Je constate le fait en songeant, avec un sentiment pénible, combien de nos innocents et inoffensifs coreligionnaires ont péri victimes de cet affreux régime, sur lequel les feuillets que je vous ai communiqués répandent une si triste clarté.

Recevez, mon cher Monsieur Read, la nouvelle assurance de mes bien affectueux sentiments.

Signé Ch. Baudin.

Suit la liste des galériens.

(Extrait du Bulletin de l'Histoire du protestantisme français, t. Ier, p. 50 et suiv.)

Note ni, page 214.

Phénomènes intellectuels.

Marie Chauvin, d'Orange, raconte qu'en 1688 son mari prit pour servantes deux jeunes filles du Dauphiné, dont la plus âgée avait souvent des extases. «Nous étions, dit-elle, dans une surprise extrême, non-seulement d'entendre dire des choses adfinirables, avec tant de facilité, par cette jeune fille, qui ne savait % ni A ni B; mais, ce qui nous étonnait encore, c'était sa hardiesse « et son courage, elle qui était fort timide en toute occasion.

« Dans une seule assemblée , dit Jean Cabanel , d'Anduze , je «crois avoir vu pour le moins quinze personnes de l'un et de % l'autre sexe parler à divers temps dans l'inspiration. Ils parlaient «tous français, et je siûs bien assuré que quelques-uns d'entre ( eux, que je connaissais particulièrement, et qui ne savaient pas «lire, n'auraient jamais pu s'exprimer en si bon français hors de « l'extase. »

Jean Vernet, de Montpellier, dit, en parlant de sa mère : «Elle « ne parlait que français pendant l'inspiration , ce qui me causa «une grande surprisela première fois que je l'entendis, car jamais «elle n'avait essayé un mot en ce langage, ni ne l'a jamais fait « depuis, de ma connaissance. Et je suis assuré qu'elle ne l'aurait «pu faire, quand elle l'aurait voulu; je puis dire la même chose « de mes sœurs. »

« J'ai vu , dit M. Caladon , en divers endroits des Cévennes , et ijdrticulièrement dans les assemblées qui se faisaient pour prier «Dieu, quantité de ces personnes que l'on regardait comme inspirées, chose que je n'examinerai point ici. C'étaient tous des « gens sans malice , et en qui je n'apercevais rien que je pusse « soupçonner être de leur invention. Us faisaient de fort belles « exhortations, parlant français pendant la révélation. On doit re- « marquer qu'il n'est pas moins difficile aux paysans de ces quar- « tiers-là de faire des discours en français <ju'à un Français qui k ne ferait que d'arriver en Angleterre de parler anglais. »

NOTES

«J'ai vu, dit Jacques Dubois, plusieurs personnes de l'un et de « l'autre sexe, qui, dans l'extase, prononçaient certaines paroles , « que les assistants croyaient être une langue étrangère. Celui qui «parlait, déclarait quelquefois ce que signifiaient les paroles qu'il « avait prononcées. »

« Quand j'arrivai à Barre, lieu de ma naissance, dit Élie Marion, «j'appris qu'il y avait quantité de personnes, particulièrement « des jeunes gens et même de petits enfants , qui tombaient dans jj des extases et qui recevaient des inspirations qui leur faisaient h prononcer diverses sortes de choses admirables. »

«J'ai connu à Uzès, dit Pierre Chaman, un petit garçon de cinq h ans qui prophétisait. Il est tombé plusieurs fois en ma présence « par le saisissement de l'Esprit , avec des agitations de la tête et « de tout le corps. Après cela , il parlait et prédisait des malheurs m à Eabylone et des bénédictions à l'Église, et il faisait de grandes « exhortations à la repentance. Mais le pauvre petit était quelque- « fois si agité , que ses paroles étaient alors fort entrecoupées. «Il parlait toujours français, et il se servait de ces expressions : «je te dis, je t'assure, mon enfant, etc. »

« Deux de mes amis et moi , dit Jeau Vernet , allâmes un jour « visiter Pierre Jacquet , notre ami commun , au moulin de l'Eve , f proche de Yernoux. Gomme nous étions ensemble, une fille de « la maison vint appeler sa mère , et lui dit : « Ma mère , venez « voir l'enfant. » Ensuite de quoi la mère elle-même nous appela , « nous disant que nous vinssions voir le petit enfant qui parlait. «Elle ajouta qu'il ne fallait pas nous épouvanter, et que ce mi- « racle était déjà arrivé. Aussitôt nous courûmes tous. L'enfant, « âgé de treize à quatorze mois , était emmaillotté dans le berceau , « et il n'avait encore jamais parlé de lui-même, ni marché. Quand «j'entrai avec mes amis, l'enfant parlait distinctement en français, « d'une voix assez haute, vu son âge, en sorte qu'il était aisé de « l'entendre par toute la chambre. Il exhortait à faire des œuvres « de repentance. La chambre où était cet enfant se remplit ; il y « avait pour le moins vingt personnes , et nous étions tous pleu- « rant et priant autour du berceau. Après que l'extase eut cessé, «je vis l'enfant dans son état ordinaire. Sa mère nous dit qu'il « avait des agitations de corps au commencement de l'inspiration... « J'ai beaucoup ouï parler d'un autre petit enfant à la mamelle , « qui parlait aussi, à Clieu, dans le Dauphiné. »

« J'ai vu, dit Jacques Dubois , un petit garçon de quinze mois, « entre les bras de sa mère, à Quissac, qui avait de grandes agi- « tations de tout le corps et particulièrement de la poitrine. Il par- « lait avec sanglots , en bon français , distinctement et à voix « haute. »

«Et Durand F âge : 11 est notoire dans le pays que l'Esprit a été « répandu sur quantité de petits enfants, dont quelques-uns même

« étaient encore à la mamelle. . . Ils parlaient sans connaissance , « avant même que d'avoir la langue déliée. »

Prédictions.

« J'ai assisté, dit Jean Vernet, à une petite assemblée dans une « cave, auprès de Bois-Châtel (en Yivarais), où une jeune fille dit « dans l'inspiration, après avoir parlé assez longtemps : Je t'as- « sure, mon enfant, qu'il y a des gens qui ont dessein de vous « surprendre; il faut vous retirer bientôt... En effet, des soldats « vinrent visiter la maison aussitôt après. »

«Comme j'étais à Montpellier, dit Jacques Dubois, nous fîmes «une assemblée de quinze personnes dans une cave. Le sieur « Gurvare, gouverneur de Béziers, ayant aperçu cette assemblée « en passant, alla en avertir à la Maison de ville. Dans ce moment, «une fille de dix -huit ans, nommée Bommelle, qui était dans a l'assemblée, tomba en extase et dit que l'on eût à sortir, parce « qu'on allait être découvert. Quelqu'un proposa d'achever de « chanter le psaume qu'on avait commencé; mais la fille, conti- « niiant à parler dans son extase, ordonna avec instance que l'on « sortit promptement et qu'on la suivît. Elle sortit la première et «l'assemblée se dispersa; mais moi je demeurai proche du lieu, « pour voir ce qui arriverait de la prophétie. La garde vint incon- « tinent, entra dans la maison, et visita partout. »

Nous citerons aussi la curieuse découverte d'un traître, ou pour mieux dire, d'un lâche assassin: «C'était, dit Jean Cavalier, qui « ne le nomme pas, un protestant de profession, qui avait été ami « de l'illustre M. Brousson. Il avait aussi toute la confiance de «M. Cavalier, et nous le regardions tous ensemble avec d'autant « plus d'estime, qu'il avait toujours fréquenté nos saintes assem- «blées, qu'il recevait les charités de ceux qui nous communi- « quaient leurs secours d'argent et qu'il avait même souffert la >< prison pour quelqu'une de ces bonnes œuvres. Il était un jour « à table avec le chef Cavalier, qui l'avait mis à sa droite, lorsque «trois inspirés se lèvent successivement en disant qu'un faux « frère est venu pour empoisonner les enfants de Dieu. Un qua- « trième révèle la quotité de la somme convenue pour ce forfait, «puis continuant à marcher au milieu de ses agitations, va droit « au traître, et lui mettant la main sur le bras, l'accuse et le cen- « sure avec beaucoup de véhémence. .. X. voulut s'excuser, mais «Du Plan, dans un redoublement de l'inspiration, déclara positi- « vcment que le poison était dans la tabatière et dans la manche « du justaucorps de celui qui était accusé , de sorte qu'il fut plei- « nement convaincu. J'étais présent et j'ai vu tout cela. Le poison « était dans du papier. »

«Je t'assure, mon enfant, dit Élie Marion, qu'il y a un homme « qui est allé présentement chez un de tes ennemis, avec qui il

NOTES

■ parle pour te livrer. Incontinent, l'Esprit me lit voir cet homme « se promenant avec M. Campredon, subdélégué de l'intendant à « Barre, comme si j'avais été dans la même chambre avec eux; «je les voyais et j'entendais tout ce qu'ils disaient, distinctement « et facilement.. . Je voyais même la femme de M. Campredon, qui « allait et venait , se mêlant quelquefois à la conversation. Cam- « predon s'informa de moi au paysan et du frère La Valette , qui « était notre ministre et principal prédicateur, lui disant que, si « on pouvait nous saisir tous deux, ce serait un des meilleurs « moyens de rétablir la tranquillité dans le pays. Le subdéléguô « lui promit dix écus et le gain d'un procès. Le paysan consentit « à tout. Il promit qu'il irait le lendemain à l'assemblée, afin de « pouvoir nous suivre , le frère La Valette et moi , et s'assurer « ainsi du lieu de notre retraite. » 1

Hivers degrés de L'inspiration.

« Les uns, dit David Flottard, avaient le don de la prière et de

l'exhortation. D'autres semblaient prédire particulièrement la "destinée de l'Église et de ses ennemis, et les révolutions des « diverses choses dans le monde. Il y en avait qui recevaient de « fréquents avertissements particuliers touchant leur propre conu duite et sur ce qui concernait la guerre. D'autres, au contraire, « avaient été rendus participants de plusieurs de ces grâces et < même de toutes ensemble. »

«J'étais alors, dit Jean Cavalier, tout occupé du sentiment que «j'eus de mes péchés. Les fautes de libertinage, auxquelles j'étais «le plus sujet, me parurent des crimes énormes et me mirent « dans un état que je ne saurais ici décrire. . . Je ne me souciais «plus de mes jeux et de mes divertissements ordinaires, et sur- « tout je me sentis une véritable haine pour tout cet attirail du « culte public des Papistes et pour toute cette farce de messe dont « je m'étais auparavant fait un jeu. Je ne pouvais seulement pas « regarder leur église sans frissonner. »

«Je ressentis, raconte Élie Marion, quelque chose de bon et « d'heureux , qui ne permettait pas à ma frayeur de se changer en « murmure ni en désespoir. .. Mon frère, étant tombé en extase, « lit alors une longue énumération de mes péchés, sans en omettre « un seul... Quelque calme étant ainsi survenu, mon fardeau s'ai- « légea aussi. Plus j'allais en avant, plus ma consolation s'aug- «meuta, et enfin, loué soit Dieu! j'entrai en possession de ce «bienheureux contentement d'esprit, qui est un grand gain. Je «me trouvai tout changé. Les choses qui m'avaient été le plus «agréables avant que mon Créateur m'eut fait un cœur nouveau, <rme devinrent dégoûtantes et même insupportables. »

(Extrait du Théâtre sacré des Céoennes.)

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