‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 47 sur 253 · LIVRE XXXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVII

à Montélimart, et s'était trouvé au combat de Bourdeaux. Il fut condamné à être roué vif: par un raffinement de cruauté, on dressa son échafaud devant la maison de son père. Il eût pu sauver sa vie par un parjure; l'héroïque jeune homme rejeta avec horreur cette proposition en mourant avec un grand courage. Il avait vingt-huit ans.

Ceux qui échappèrent à la roue, à la corde et au glaive, furent condamnés aux galères.

Les protestants du Vivarais qui avaient déposé les armes, comprirent, à la vue des troupes qui s'avançaient vers le Dauphiné, que l'amnistie promise n'était qu'un piège pour endormir leur vigilance; ils préférèrent périr les armes à la main que par la corde ou la hache d'un bourreau. Ils reprirent les armes le 1er septembre 1683, s'organisèrent, choisirent Chalençon pour leur quartier général , et se préparèrent bravement à faire tête à l'orage. Deux ministres renommés pour leur fidélité, Brunier et Isaac Homel, furent leurs aumôniers. Ces hommes intrépides, semblables aux anciens prophètes d'Israël, leur communiquaient, par leurs paroles ardentes, leur indomptable énergie. Saint-Ruth passa le Rhône le 20 septembre, et se porta entre Charmes et Beauchastel, non loin du camp des insurgés. Avant d'engager la bataille , Daguesseau se rendit au milieu d'eux, les supplia d'accepter l'amnistie qu'on leur offrait; «nous n'y croyons pas, répondirent-ils, il en serait de nous comme de nos frères du Dauphiné; retirez-vous ou nous vous tuons. »

Au grand déplaisir de Saint-Ruth , Noailles arriva au camp, et prit le commandement des troupes: le dimanche 26, trois mille hommes de troupes réglées attaquèrent deux mille paysans campés sur la montagne de l'Herbasse. Le choc fut rude des deux côtés. Les protestants déployèrent un courage héroïque et disputèrent longtemps la victoire; puis ils ployèrent sous le nombre, laissant six cents morts sur le champ de bataille, et dix prisonniers qui furent immédiatement pendus.

Noailles se rendit le même jour à Chalençon, abattant partout les temples sur son passage. Saint-Ruth fut le ter-

rible exécuteur de ses ordres : il s'en acquitta en bourreau, ivre de sang et de carnage. Parmi les officiers des troupes royales , il y avait le comte de Tessé, qui appartenait à la haute noblesse de la Normandie. Il était jeune, beau, bien fait de sa personne, et plus page de cour qu'homme de guerre. Il avait eu le bonheur de plaire à Louvois, qui l'avait fait avancer rapidement en grade. Tessé se montra aussi féroce que Saint-Ruth ; les larmes des enfants qui lui demandaient justice contre le massacre de leurs pères, les supplications des femmes qui la réclamaient pour leurs maris assassinés, le trouvèrent insensible; insolemment cruel, il grimaçait leur désespoir, singeait leurs plaintes, et comme Foucault, excitait ses dragons à leurs travaux de conversion.

L'épouvante régnait parmi les protestants : ils .se cachaient dans les lieux les plus reculés de leurs montagnes, dans les fentes des rochers, dans les profondeurs des bois, dans les ténèbres des cavernes. Saint-Ruth et Tessé les y poursuivaient comme des chiens limiers; peu échappèrent à leur poursuite. «Je ne dis que leur mort, s'écrie éloquemment l'historien des pasteurs du désert, je tais les supplices de la pudeur, mais un jour ces peuples, dont ces abîmes couvrent les dépouilles inlortunées, se relèveront du tombeau, et si ces victimes éplorées n'osent raconter elles-mêmes leur martyre au souverain juge, ces rochers accuseront les monstres qui les souillèrent, et leurs récits feront tressaillir l'enfer.» 1

Brunier avait péri dans le combat. Homel s'était échappé avecun autre ministre, appelé Audoyer ; ce dernier ayant été pris, acheta sa vie en livrant son compagnon. Homel fut condamné par Daguesseau à être roué vif à Tournon. Le vieillard (il avait 71 ans) regarda sans crainte la mort qui le regardait.

La veille de son supplice, il soupa comme à l'ordinaire, et dit , en se levant do table : « Voilà mon dernier souper.» Pendant la nuit, il écrivit encore à sa femme et à sa fa-

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