‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 48 sur 253 · LIVRE XXXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVII

mille pour les consoler, et fit une requête pour demander à l'intendant de rendre sa question moins douloureuse; il craignait que sa foi ne défaillît dans les tourments. Vers le matin il s'endormit paisiblement comme à son ordinaire; dès qu'il fut réveillé, il s'habilla , et tombant à genoux, il s'adressa dans une prière ardente à Celui qui jamais, dans leur détresse, n'abandonna ses fidèles martyrs. Pendant qu'il priait , un capucin entra et lui offrit ses consolations : « Je n'en ai pas besoin, répondit le vieillard, je me console avec mon Dieu, ne m'interrompez pas.» Le religieux sortit. Homel continua de prier. Le bourreau entra.

«Je suis prêt,» dit-il, et il marcha à la mort avec tant de fermeté et de constance , d'un air si content et si résolu , qu'il surprit ses juges et tous ceux qui le virent. Plusieurs pleuraient. Il priait, levait les yeux au ciel, et récitait le psaume sixième.

On lui offrit sa grâce en échange de son abjuration. Il montra son échafaud: «Voilà, dit-il, où je signerai démon sang les vérités que j'ai prêchées ; et il regardait sans s'émouvoir l'instrument de torture , avec lequel on allait le rompre. Alors, promenant ses regards sur la foule immense accourue pour le voir mourir, il dit d'une voix forte et vibrante: «Je ne doute pas qu'il n'y ait ici beaucoup de personnes de mérite et de probité, et même de ma religion, qui assureront comme je meurs dans la religion où je suis né, et pour elle, et que je déclare que je la crois bonne et la seule où l'on puisse faire son salut; que c'est la véritable Église, hors de laquelle il n'y a point de salut. J'ai prêché quarante-trois années toujours la pure vérité , et rien que ce qui est contenu dans la Sainte-Ecriture; j'en prends Dieu à témoin, et le remercie de tout mon cœur de ce qu'il m'a fait la grâce de professer et prêcher les vérités de son saint Évangile, et de ce qu'il lui plaît m'appeler à le signer do mon sang; il est vrai que je ne me suis pas acquitté de cette sainte charge comme je devais et comme elle mérite, mais néanmoins je sens ma conscience en repos de n'avoir jamais rien enseigné que la pure parole de Dieu. J'.exhorte ceux de mes frères qui m'écoutent à ne jamais changer de religion pour aucune appréhension, ni considération que ce soit, et les assure

que jo me suis étudié à connaître la bonne; que c'est celle dans laquelle et pour laquelle je meurs, et que s ils la quittent, il n'y a point de salut pour eux; qu'ils doivent tout souffrir pour elle, même la mort, quand elle serait autant et plus violente que celle que je vais souffrir. A la vérité , ma sentence est extrêmement rude , et de moimême, je ne puis rien, mais j'attends tout d'en haut, mon espérance est en Dieu qui me fortifie et m'augmente la foi; je lui demande pardon et à tous ceux que je puis avoir offensés. J'embrasse le mérite de la mort et passion de Jésus- Christ, me tenant fermement attaché à mon Sauveur et Rédempteur. Je vais avec assurance au trône de sa grâce.» Il représenta fortement la charité de Jésus-Christ pour le genre humain, et dit ensuite: «Quand je considère les bontés de mon Sauveur d'avoir souffert volontairement la mort honteuse et douloureuse de la croix pour moi, je suis ravi en admiration, et si j'avais mille vies , je les donnerais agréablement pour l'amour de lui. Je vois que l'on va me faire souffrir une mort douloureuse et, semble-t-il, honteuse, mais je ne la prends point en honte, puisque c'est pour l'amour de l'Évangile de Christ. En me considérant un grand pécheur comme je suis, j'en ai bien mérité davantage à l'égard de Dieu , puisque le moindre péché mérite la mort et l'enfer; quoique mes péchés en soient la cause, je ne la^ reçois point comme malfaiteur, mais comme criminel d'État, bien qu'avec les hommes je sois innocent. Ce grand Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. Jésus-Christ, mon Sauveur, a satisfait pour moi à la justice de Dieu son père, et non-seulement pour moi, mais aussi pour tous ceux qui comme moi, auront recours à lui , et maintenant il me soutient par son Saint-Esprit, et m'assure intérieurement du pardon de tous mes péchés. Ce divin esprit me fortifie et me donne la force de souffrir constamment et courageusement.»

Il cessa de parler. Le bourreau lui dit de s'étendre , il obéit. Le premier coup de barre fut terrible: il lui i,assa tous les os du bras , le sang jaillit. Le pasteur poussa un cri perçant: Miséricorde! miséricorde! mon Dieu, s'écria-t-il, donne-moi ia force de souffrir, tu me la donneras; il ne poussa plus un seul cri; il ne fut pas étranglé , et ne reçut pas le coup de grâce sur l'estomac. Le bour-

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