LIVRE XXXVII
Daguesseau gémissait des cruautés qui se commettaient. Ses plaintes ne touchèrent pas Louvois, qui lui reprocha durement sa mansuétude. «Nourrissez les troupes aux dépens du pays , lui écrivait-il , saisissez les coupables , faitesles juger, rasez les maisons de ceux qui ont été pris les armes à la main , et de ceux qui ne rentreront pas dans leurs maisons après la publication de l'ordonnance, abattez et rasez 1 s temples, et causez une telle désolation que l'exemple épouvante.»
L'intendant était consterné. Tessé, Saint-Ruth et un troisième autre personnage, nommé d'Hérapine, avec lequel ils formaient un trio de furies, furent les exécuteurs des ordres atroces de l'incendiaire du Palalinat. D'Hérapine, appelé par le peuple La Rapine, était un aventurier, dont on ne connaissait ni le pays, ni le nom de famille. On savait seulement qu'il avait été de la musique du duc d'Orléans, et qi 'après avoir tenté d'empoisonner Lulli\ dont il avait séduit la femme, il s'était enfui à Valence, où il était devenu l'ami et !e confident de Tévêque Daniel de Cosnac. Nous retrouverons plus tard ce scélérat occupé à son œuvre de conversion. A ce trio infernal il faut joindre la vieille châtelaine de Portes, qui avait à son service cent dragons, qui battaient la campagne et ramenaient à son manoir les protestants qui ne se hâtaient pas de se convertir. Ils leur liaient sur le dos les pieds et les mains et les suspendaient, «en guise de lustres,» à la voûte de ses donjons et de ses tours.2
Daguesseau, à la vue de tant d'horreurs, voulut se retirer, mais, craignant d'être mal remplacé, il demeura à son poste, dans l'espérance que des jours meilleurs se lèveraient sur sa province désolée; il se trompait: l'incendie allait croissant, les églises tombaient les unes après les autres. Celle de Nîmes était encore debout, les modérés s'en applaudissaient et attribuaient sa conservation à leur sagesse. Leur illusion ne fut pas longue : le 22 sep-