‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 49 sur 253 · LIVRE XXXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVII

reau qu'on avait fait enivrer, frappait sur lui comme un furieux, ce Prêcheras - tu encore?» lui disait-il. Homel priait. Ses souffrances auraient dû être terminées entre midi et une heure: il ne rendit le dernier soupir qu'entre quatre et cinq.

Son corps fut exposé sur un coteau près de Beauchastel , et sa tète à Chalaaçon. La politique pourra voir en lui un rebelle, mais tous les chrétiens reconnaîtront qu'il fut un glorieux martyr de Jésus-Christ, qui signa, comme il le dit, sur l'échafaud les doctrines qu'il avait prêchées pendant de si longs jours, avec tant de zèle et de fidélité.

Le dernier discours de Homel, recueilli par ses frères témoins de sa mort, tut longtemps lu dans les cabanes du Vivarais. Les protestants de cette contrée étaient fiers de leur martyr: ils ne l'appelaient que notre grand Homel.

Le duc de Noailles, après avoir rempli sa sanglante mission dans le Vivarais, dirigea ses troupes vers les Cévennes et le Bas-Languedoc, qui s'étaient levés aussi, mais sans armes. Le comte du Roure écrivit au consistoire d'Alais, pour l'engager à solliciter les églises de sa province de faire leur soumission comme celles du Vivarais. Le 6 septembre une assemblée se réunit à Collognac. Elle se composait de cinquante - quatre gentilshommes, de cinquante ministres et de trente bourgeois, choisis parmi les plus notables. Tous les représentants des églises, à l'exception de ceux de Saint-Hippolyte, apposèrent leur signature au bas d'un acte de soumission, rédigé en termes des plus humbles. Laporte, ministre du Collet-de-Dèze , accompagné de deux gentilshommes, la porta au comte de Roure, à Nîmes. Le comte le renvoya à Daguesseau à Valence, celui-ci à Noailles , qui était encore dans le Vivarais. Ce dernier, sans vouloir les entendre , les fit arrêter; ils eussent été jetés dans une basse-fosse humide et infecte , s'ils n'eussent déclaré énergiquement qu'ils préféraient la mort à une telle humiliation. Devant leur attitude indignée, on s'arrêta, et on leur donna une chambre pour prison.

Pendant que ces choses se passaient, les troupes du duc

étaient arrivées dans les Cévennes. Les protestants de Saint-Hippolyte , les plus compromis par leur résistance , sortirent de leur ville au moment où les dragons y entraient, et allèrent se poster dans un lieu avantageux, résolus de s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité. Tessé députa vers eux des gentilshommes protestants qui avaient fait leur soumission, afin de les engager à imiter leur exemple ; il leur promettait une amnistie complète; la plupart se laissèrent persuader, mais plusieurs, soupçonnant une trahison, refusèrent de rentrer dans la ville. Tessé manqua à sa parole. Il frappa sans pitié les habitants de Saint- Hippolyte; il agit en bourreau.1

Noailles arriva sur ces entrefaites à Nîmes. Cette ville était dans un état déplorable, plus en danger encore par ses divisions intestines que par les dragons prêts à fondre sur elle*. Les zélateurs et les modérés s'invectivaient mutuellement. ((Vous nous perdrez par vos violences», disaient ces derniers aux zélateurs; «Vous ruinerez la religion par votre lâcheté,» leur répondaient ceux-ci.

Ainsi, pendant que les uns ne parlaient que de soumission , les autres poussaient à la résistance. A la tête de ces derniers, étaient Brousson et Fonfrède, et les deux ministres, Peyrol et Icard. Les ministres Cheyron et Paulhan, leurs deux autres collègues , et le marquis de Saint- Corne , président du consistoire, étaient les chefs des modérés. Ce dernier, soupçonné, non sans raison, de s'être vendu à la cour, insinua à Noailles que les zélateurs méditaient un soulèvement du peuple, et qu'il fallait se hâter de le prévenir, en arrêtant les séditieux. Le duc commanda des troupes pour arrêter les chefs des zélateurs. Ceux-ci furent prévenus à temps, gagnèrent la frontière suisse , et arrivèrent à Genève. Noailles fit instruire leur procès: ils furent jugés par contumace, et pendus en effigie sur la place du marché de Nîmes.3

t. Élie Benoît, t. V, p. 660. — Nap. Peyrat, t. Ier, p. 138-139.

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