‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 85 sur 253 · LIVRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVIII

l'hérésie, compare Louis XIV à Apollon, étouffant l'hydre de Lerne. L'Académie proposa, comme concours de poésie, la révocation de l'édit du Nantes; Fontenelle eut le malheur de remporter le prix. 1

En 1695, Dacier, nouvellement converti, s'écrie dans son discours de réception : aie roi a brisé les chaînes de l'erreur'.» L'année suivante, l'abbé Fleury appelle les émigrés protestants de mauvais Français, qui ont mieux aimé renoncer à leur patrie qu'à leur fausse religion.

Les académiciens philosophes se montrent inconséquents avec leurs principes de tolérance. D'Alembert attaque Jurieu , le traite de fou et de visionnaire, et oublie que l'exil est le bouclier du proscrit. Il fallait de longs jours à l'Académie, pour ouvrir les yeux sur l'iniquité de la révocation de l'édit de Nantes; plus tard elle répara noblement ses torts!3

Quand toute la France, peuple, clergé, parlement, académiciens , écrivaient, s'associaient par leurs éloges à l'œuvre de Louis XIV, il n'est pas étonnant qu'il ait cru accomplir une œuvre utile à l'État, glorieuse pour l'Eglise.

Au milieu de ces concerts d'éloges, qui empêchaient. Louis XIV d'entendre les cris de douleur de ses victimes, et de comprendre qu'en frappant ses sujets dissidents, il se frappait cruellement lui-même, il y eut des hommes qui ne mêlèrent pas leurs voix à celles des louangeurs, et déplorèrent amèrement un acte qui blessait les droits de l'humanité, et blessait au cœur la religion catholique qu'il semblait raffermir. De ce nombre furent plusieurs membres de la plus haute noblesse, l'illustre Vauban, Noailles, archevêque de Paris, Saint-Simon....

Saint-Simon, si connu par ses mémoires, avait, malgré ses excentricités, ses rancunes, et sa vanité outrée qui lui faisait voir dans un duc et pair un homme d'une nature supérieure, un coupd'œil juste, pénétrant, une âme droite,

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