‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 87 sur 253 · LIVRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVIII

«Presque tous les évèques se prêtèrent à cette pratique subite et impie. Beaucoup y forcèrent, la plupart animèrent les bourreaux, forcèrent les conversions, et ces étranges convertis à la participation des divins mystères pour grossir le nombre de leurs conquêtes, dont ils envoyèrent les états à la cour pour en être d'autant plus considérés et approchés des récompenses.

«Les intendants des provinces se distinguèrent à l'envi à les seconder, eux et les dragons, et a se faire valoir aussi à la cour par leurs listes. Le très-peu de gouverneurs et de lieutenants-généraux de province qui s'y trouvaient, et le petit nombre de seigneurs résidant chez eux, et qui purent trouver moyen de se faire valoir à travers les évèques et les intendants, n'y manquèrent pas.

«Le roi recevait de tous les côtés des nouvelles et des détails de ces persécutions et de ces conversions. C'était par milliers qu'on comptait ceux qui avaient abjuré et communié : deux mille dans un lieu, six mille dans un autre, tout à la fois et dans un instant. Le roi s'applaudissait de sa puissance et de sa piété. 11 se croyait au temps de la prédication des apôtres, et il s'en attribuait tout l'honneur. Les évèques lui écrivaient des panégyriques. Toute la France était remplie d'horreur et de confusion, et jamais tant de triomphes et. de joie , jamais tant de profusion de louanges. Le monarque ne doutait pas de la sincérité de cette foule de conversions; les convertisseurs avaient grand soin de l'en persuader et de le béatifier par , avance. Il avalait ce poison à grands traits. Il ne s'était jamais cru si grand devant les hommes, ni si avancé devant Dieu dans la réparation de ses péchés et du scandale de sa vie. Il n'entendait que des éloges, tandis que les bons et les vrais catholiques, et les saints évèques gémissaient de tout leur cœur de voir des orthodoxes imiter, contre les erreurs et les hérétiques, ce que les tyrans hérétiques et païens avaient fait contre la vérité, contre les confesseurs et contre les martyrs. Ils ne pouvaient surtout se consoler de cette immensité de parjures et de sacrilèges. Ils pleuraient amèrement l'odieux durable et irrémédiable que de détestables moyens répandaient sur la véritable religion , tandis que nos voisins exaltaient de nous voir ainsi nous affaiblir et de nous détruire nous-mêmes, pro-

fitaient de notre folie, et bâtissaient des desseins sur la haine que nous nous attirions de toutes les puissances protestantes. »

Le jugement que Saint-Simon porte sur l'œuvre de Louis XIV fut prononcé en connaissance de cause. Il eût été plus sévère si , comme Bayle , il eût entrevu que la destruction du protestanisme inaugurerait le règne de l'incrédulité. Revenons aux suites de l'édit de révocation. Nous avons à peine ébauché la série des épouvantables malheurs qu'il entraîna avec lui.

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