‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 96 sur 253 · LIVRE XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIX

comme tous les cadets de famille , de son épée , mais en soldat lettré; il fut, tour à tour, lieutenant des gardes et lecteur du prince de Condé, et assista à toutes les batailles de ce grand capitaine; dans ses heures de loisir, il philosophait sous^a tente et préludait à sa renommée de merveilleux causeur. Il attaqua , tour à tour, le prince de Condé, Mazarin, Louis XIV lui-même; une lettre satirique, qu'il écrivit sur le traité des Pyrénées, l'obligea à s'exiler en Angleterre, où il demeura jusqu'à sa mort, arrivée en 1703. Il refusa la grâce que Louis XIV lui offrit, alléguant sa vieillesse et ses infirmités. Sa maison était le rendez-vous des réfugiés français; là ils se sentaient sur la terre natale, moins ses périls. Saint-Evremont n'oublia pas ses coreligionnaires proscrits; il légua aux plus indigents d'entre eux une somme considérable; il n'oublia pas non plus les pauvres catholiques, tant ses compassions pour toutes les infortunes étaient grandes. L'Angleterre, fière de son hôte, accorda à ses restes une place dans l'abbaye de Westminster, le panthéon de ses hommes célèbres.1

A côté de ces hommes, nous devons mentionner Rapin de Thoyras, vaillant capitaine, historien profond, jurisconsulte éminent, qui défendit la cause protestante, de sa plume et de son épée; Misson, l'auteur du théâtre sacré des Cévennes; Pierre- Antoine Motteux de Rouen, qui s'assimila si bien la langue anglaise , qu'il rendit Michel de Cervantes et Rabelais populaires en Angleterre, par les traductions qu'il fit de leurs ouvrages ; Graverol , l'un des fondateurs de l'académie de Nîmes, poète et auteur d'une histoire de sa ville natale, qu'il dédia à ses compatriotes établis à Londres; en terminant, Graverol s'écrie, en s'adressant à ses frères auxquels il a raconté , en termes simples et touchants , les souffrances des protestants nîmois: «Nous donc qui ne sommes dans un pays si éloigné du nôtre, que pour la parole de Dieu et pour le témoignage de Jésus-Christ , étudions-nous à rendre notre confession et notre foi glorieuses , par une conduite sage et modeste, par une vie exemplaire et par un entier dévouement au service de Dieu. Souvenons-nous toujours

f. Sayous , Histoire de la litérature française à l'étranger, t. 1T,

que nous sommes les enfants et les pères des martyrs. N'oublions jamais cette gloire; tâchons de la transmettre à notre postérité.1»

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