VI
La Suisse, depuis longtemps, était pour les protestants une terre de refuge; déjà, sous Charles IX, Genève avait reçu un nombre considérable de fugitifs, et, plus tard, deux des plus grands hommes du protestantisme français, d'Aubigné et Rohan, devinrent ses hôtes. La facilité de sortir de France, par la frontière du Jura, amena en Suisse une quantité considérable d'émigrants. Les premiers qui quittèrent le royaume, furent ceux du pays de Gex et de la Bresse; à l'approche des dragons, ils prirent l'épouvante et arrivèrent en foule à Genève dans la journée du 21 septembre 1685, emportant, avec eux, leurs meubles et ce qu'ils avaient de plus précieux. Quelques semaines après, quand l'édit de révocation eut enlevé toute espérance aux réformés, ils partirent en nombre considérable du Dauphiné, du Languedoc et de toutes les provinces de France. En 1687, l'émigration atteignit son plus haut chiffre; les 16, 17 et 18 août, huit cents fugitifs, la plupart du Dauphiné, entrèrent dans Genève4. Les émigrés se dirigèrent vers tous les cantons protestants qui sympathisèrent à leur infortune, et les reçurent comme des frères. Lausanne, Berne, Bâle, Zurich, Schaffhouse , furent admirables de dévouement. Les dernières recherches de M. Gaberel, ont mis en évidence la charité inépuisable des Suisses, charité d'autant plus admirable qu'elle dura quarante ans. «La bourse française de Genève3, dit le savant et véridique historien, employait annuellement, dans les temps paisibles du dix-septième siècle, de 7,000 à 15,000 florins en faveur des proscrits réformés