‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 99 sur 253 · LIVRE XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIX

leurs alliés de Genève dans l'exercice de l'hospitalité chrétienne

La France, sous Louis XIV, a inscrit de beaux et grands souvenirs dans son histoire; mais en a-t-elle de comparables à celui que la Suisse inséra dans la sienne, le jour où elle osa tenir ce noble langage devant un monarque qui avait une armée nombreuse, puissante, aguerrie, et pour la commander les premiers capitaines du monde ?

L'irritation du roi fut égale à son étonnement; une petite peuplade de montagnards osait lui résister! Une attaque semblait imminente, la consternation régnait parmi les Génévois ; leurs alliés ne les abandonnèrent pas: «prenez courage, leur dirent-ils, entre vous et nous, c est à la vie et à la mort». Leur attitude calme , mais résolue , fit réfléchir Louis XIV, et au moment où il se préparait à déchirer, avec la pointe de son épée, les traités d'alliance qui existaient entre les deux pays, le nuage noir prêt à éclater sur Genève se dissipa au soufle de Dieu, et cette noble cité continua à servir d'asile aux proscrits français que la persécution continua d'y amener.1

Les réfugiés furent dignes de l'hospitalité que la Suisse leur accorda au péril de sa propre indépendance. L'agriculture manquait, de bras, ils lui en fournirent; elle était une routine, ils en firent une science. Genève vit, par eux, se fonder son horlogerie et ses opulentes maisons de banque qui furent la source féconde où s'alimentèrent son commerce et son industrie. — L'instruction , qui était demeurée stationnaire depuis la mort de Théodore de Bèze, reçut une nouvelle impulsion de la part des ministres, des régents de collège et des instituteurs, que la persécution y amena, et qui, en se répandant dans tous les cantons protestants, leur apportèrent le tribut de leur science et de leur dévouement.

Les réformés importèrent en Suisse un nouvel élément de progrès et de civilisation; la doctrine de la souveraineté du peuple, que Rousseau propagea plus tard, avec une vigueur qui n'a pas été dépassée, et qui devait avoir pour résultat d'arracher le pouvoir des mains de certaines mai-

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