‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 148 sur 149 · LE FEU · texte numérisé non relu

LE FEU

» Je remarquai aussi qu'on le menaça en outre de la question du feu, q.ioiqu'elle ne soit u'.aintenanl guère en usage. Le tourmenteur pro\isoire était un ancien et habile praticien ; je lui demandai en quoi elle consistait. 11 me dit qu'on présentait devant un grand feu allumé la plante des pieds de l'accusé, pendant l'espace de temps prescrit par le juge ou jusqu'à l'aveu du crime.

LES PLAXCUEITES.

B Mon cousin-germain me loua beaucoup du courage que j'avais montré a la dernière question, pendant laquelle j'avais si bravement porté l'eau que le tourmenteur provisoire versait dans la corne. Il me loua d'avoir ainsi, malgré l'opinion des innovateurs et réformateurs, aidé les juges à découvrir la vérité , et comme il était le bel esprit du greffe, il ajouta que c'était avec raison que les philosophes disaient que la vérité était au fond du puits.

» Mais bientôt il rétracta ses éloges.

» Le tourmenteur provisoire, uu des plus assidus courtisans de mon cousin-gîrmain, lui proposa de me faire briller à une questioa de brodequins qu'on devait donner dans quelques jours ; mon cousin-germain y consentit. « Maître, me dit le tourmenteur provisoire, la question des brodequins est une des tortures les plus simples. Vous asseyez votre accusé ; vous lui prenez la jambe droite, vous la mettez entre deux planchettes; vous lui pienez la jambe gauche., vous la mettez entre deux autres planchettes ; vous serrez l'une contre l'autre les deux jambes avec des cordes; ensuite, suivant que le juge vous le commande, vous enfoncez, avec un gros niarleau, entre les deux planchettes placées entre les jambes, un, deux, trois,

NOTES

jusqu'à liuil coings de l)ois ; voil;i tout, i;'n?t, je vous assure, toul.» Celle le(;on do toi ture ineparul facile ù retenir, et comme les provisions du grand sceau me leiiaicnl à cœur, je promis de faii e mon devoir. Afin de mieux encore ra'animer, on me dit que je n'aurais à torturer qu'une méclianle femme qui avait fait périr son époux ; qu'il s'agissait d'un exemple pour toutes les femines, pour la mienne aussi bien que pour les autres. Je m'animai moi-même; je me représentai une femme à la démarche hardie, à l'air audacieux, au visage féroce. Je me rendis à la chambre de la question avant l'heure fixée; le juge paraît; il était accompagné de mon cousin-germain qui, ce jour-là, pour me donner plus de courage, était venu remplacer le greflier. Moi j'étais assisté du lourmenteur provisoire ; j'avais tout préparé ; j'étais prêt. Enfin la porte s'ouvre; je vois entrer, environnée d'arcliers les armes hautes, une toute jeune femme plus belle que le jour; ses yeux doux, tendres et brillants se portent successivement sur ceux qui étaient présents, sur moi comme sur les autres. Asseyez madame, me dit le lourmenteur provisoire; il fut obligé de m'aiiler. Déchaussez madame, ajouta-t-il; alors je tombai dans une pâmoison pendant laquelle on m'emporta chez le geôlier qui eut bien de la peine à me faire revenir. Lorsque j'eus entièrement repris mes sens, ce fut une risée générale parmi les guichetiers et les gens de la geôle. On me plaisanla, on se moqua de moi, cl quand je fus sorti, on jugea unanimement que je n'étais pas né pour faire quelque chose de bon.

» I^Ion cousin-germain me reçut fort mal ; il me dit que si j'avais conservé quelques moments encore un peu de courage, j'aurais été quitte ; que cette dame n'avait été condamnée qu'à être présentée à la question, qu'on lui avait lu l'arrêt de manièreù lui faire croire qu'elle y avait été condamnée ; qu'on ne voulait que lui faire peur, alin d'obtenir des aveux ; que la justice avait ses rases, ses finesses, et que je n'étais qu'un sol.

» Tu aurais d'ailleurs, njouta-t-ii, tiré partie de la tendre sensibililé, en vendant aux accusés, ainsi que les autres tourmciiteurs, «es recellcs, des secrets, des adoucissements; t". as irrévocablement tourné le dos à la fortune.

u Je me disposais à repartir, mais mon coimn-germain, ne voulant pas laisser sortir de la famille ce bel office, connue il disait, me fit appeler avec le lourmenteur provisoire et il nous signifia ses arrangements. « Toi I me dit-il, tu seras en titre luurmenicur du roi, noire Sire; tu assisteras à la question les yeux fermés et les oreilles bouchées, si lu veux, et tu signeras le procès-verbal. Toi, dit-il au lourmenteur provisoire, tu donneras la question, et tu auras seul les salaires et vacations, soit directs, soit indirects ; et toi, me dit-il, en s'aciressant de nouveau à moi, tu n'auras que le* appointemcuts fixes. Depuis j'en lais tous lus quartiers la quittance, et j'ai du plus ce grand habit bleu que je poitc les dimanches. »

NOTES

(Histoire.defi Français de divers états aux cinq derniers siècles, pai Aleni-: Monleil, loiae vi, station lxvih, page 320.)

Il y a des gens qui soupirent encore après le moijen-âgep fti riche en tortures I

Note XXII, pnge 327.

Celte note a été mise par erreur.

Note xiiii, page 372.

Interrogatoire de Philippine de I.ans.

D. Interrogée par le lioiUenant particulier, si elle ne voulait pas croire à la messe '?

R. Qu'elle voulait seulement croire ce qui est au vieil et nou veau Testament.

D. Si elle ne croit pas ce qui est en la messe et mèmement au sacrement de l'autel ?

R. Qu'elle croyait aux sacrements institués de Dieu; mais qu'elle n'avait trouué que la messe fût institués de lui. D. Si elle >oulait recevoir le sacrement de l'hostie ?

R. Qu'elle ne pouvait rien faire que ce que Jésus-Christ avait commandé.

D. Depuis quel temps elle s'était confessée au prêtre ?

R. Qu'elle ne savait, et que tous les jours elle se confessait à Dieu, comme il avait commandé, et ne croyait qu'autre C":ifession fût requise et instituée par Jésus-Christ, parce que lui st-ul avait puissance pour pardonner les péchés.

D. Ce qu'elle sentait des prières adressées à la Sainte-Vierge e* aux Saints ?

R. Qu'elle ne savait autre oraison, à faire que celle que Dieu lui avait enseignée, s' adressant à lui par son fils Jésus-Christ et non autre. Bien savait-elle que les Sninif tiii paradis sont lieurMi-r • mnh 'eu; voulait adresser ses prières.

D. Ce qu'elle croyait des images?

R. Qu'elle ne leur voulait porter aucune révérence.

D. De qui elle avait appris cette doctrine?

R. Qu'elle avait étudié au Nouveau Testament.

D. Si elle faisait distinction des viandes au jour ds '/imedi rendredi ?

NOTES

R. Qn''''lle ne voudrait manger de la chair ccx jours, S2 die ■pcnsiail hlcs^cr la ccnsciencr de son prochain infirme ; riiitis fjuelle nHt bien qu" la l'arole de Dieu commande ne faire distinction de ■vicndcs en quelque jour que ce, <toit, et qu'on pouvait user de toulee en les prenant avec actions de grâces.

Lh-dossiis on lui objecta que l'Eglise avait fait défense de manger )a chair A certains jours ; et que ce qui n'était de soi péché était fait péchi; à raison de sa prohihition.

R. Qu'elle ne croyait en cela à antres commandements et défenses que celles que Jésm-Chrisl avait faites ; et quant a la puissance que le Pape s'allribue, de faire,des ordonnances, elle n'en avait rien trouvé au Nouveau Testament.

Derechef on lui répliqua que les puissances tant ecclésiastiques qne séculières, ont été établies de Dieu pour gouverner «on peuple.

R. Qu'elle le confessait des puissani'es appelées liéculicres ; mni^ ou en l'Eglise elle n'avait point lu qu''autre eût autorité de commander qw Jésus-Christ.

D. Qui était celui ou celle-là qui l'avait instruite ? R. Qu'elle n'avait autre instruction que le texte du Nouveau Testament.

D. Une autre fois elle fut interrogée sur la mort de son mari et si elle ne l'avait point enterré dans son jardin ?

R. Que non ; mais avait été emporté à V IIôtel-Dieu pour être inhumé avec les pauvres {comme elle en pouvait montrer l'alléstalion) sans toutefois aiisircs cérémonies superstitieuses,

D. S'il est requis pour le salut de celui qui est décédé de fiire des prières?

R. Q:i'ells croyait celui qui était décédé au Seigneur, éirs purgé p'ir son sang et ne lui fallait autre purgation,et que parlant ■•\éi.ait hrsnin de faire prier pour les trépassés et qu'ainsi elle l'avait lu au Nnucnau Testament.

D. Si an\ assemblées où elle ^e trouvait après la prédication fiiie on avait accoustumé d'esteindre les chandelles ?

R. Qiienon et ne s'ciuii jamais tmiivée en lieu où tel cas se fat.

(Extrait du manuscrit des Blartyrs de l'Eglise de Pari-., mijhoiii. impériale. Voir également le livre vil des Martyrs de Crespin.)

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