‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 147 sur 149 · LES CORDES · texte numérisé non relu

LES CORDES

» Effectivement, le lendemain, à deux heures après-midi, m'éLmt trouvé avec le tourmenteur provisoire aux prisons du (".bûtclet, le geôlier vint nous ouvrir une chambre voûtée, au-dessus de laquelle les clercs de la basoche jouaient la comédie. Nous allons, me dit le tourmenteur provisoire, donner la torture par extension. Il y a deux manières : l'une consiste à passer une corde à la poulie que vous voyez au haut de la voûte, à suspendre l'accusé par ses deux bras; attachés ensemble derrière le dos; l'autre consiste à tirer l'accusé par chaque main et par chaque pied, au moyen <le deux cordes passées à ces deux anneaux scellés dans le mur à la hauteur d'environ trois pieds et à deux pieds de distance l'un de l'autre, comme vous voyez, et au moyen de deux autres cordes passées dans ces deux autres anneaux, scellées au pavé, à douze pieds de distance du mur, et à un pied de dislance l'un de l'autre, comme vous voyez aussi; à augmenter successivement la tension, en mettant au-dessous de l'accusé des tréteaux de plus en plus élevés, c'est celle que nous allons donner.

» Au bout d'une heure, fort longue pour le tourmenteur provisoire, fort courte pour moi, le juge et le greffier arrivent et s'asseyent.

» Dientôt on amène un vieillard à cheveux blancs, mais fort et vigoureux. Pendant le premier degré de tension le juge l'interroge, Tesliorte à confesser son crime. Le vieillard répond par îles injures et des blasphèmes. Plus grand degré de tension, plus grandes injures, plus grands blasphèmes, mais il persiste dans ses réponses; il est acquitté. Un barbier qui toujours se trouve là remet en un tour de main les dislocations, et le vieillard sort de prison en mcncçiint la partie civile de bien lui faire payer ses tourmenls.

l'eau.

«J'avoue que durant toute celle question le cœur me faillit continuellement, et que le vieillard n'aurait été torturé que par une de ses mains et par un de ses pieds, ou du moins aurait été fort mal torturé, si le tourmenteur provisoire ne fût venu tirer mes deux cori.'os; mais je ne fis, me dit-on, pas aussi mal quelques jour» après, lî s'agissait do donner la question de l'eau.

NOTES

» On amena un jeune homme pâle, mince, (luet; en l'.'i'^sil sur i;iie sellelie en bois; on lui allaclia les deux l)ra< au-dessus de la lèle avec une corde qui passail dans un anneau scellé au mur; et ses deux pieds avec un autre qui passait dans un anneau scellé au pavé. Le lourmenteur prONisoire le prit d'une maiu par le nez, cl do l'autre inlroduisil daus sa bouche une corne remplie d'eau, ne tombant que goutte à goutte. Le juge à chaque corne d'eau épuisée demandait au jeune homme, voulez-vous avouer? — Non. — De l'eau ! Le juge réitéra longtemps et inutilement sa demande, criant à chaque nouveau refus : de l'eau I liais enfin quand le jeune homme vit que sur quatre pintes d'eau à tomber dans sa boui;lic il en restait encore trois, ne pouvant plus alors résistera ce tourment, il s'avoua coupable. On le délia et on le ramena en prison.

» Je remarquai que pour rend.-e ses aveux plus complets, on le menaça de la questioii de l'eau compliquée de celle de la tension.

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