LIVRE II
l'entraînent vers la cathédrale dont ils forcent l'entrée, le font monter dans la chaire, maltraitent les chanoine^, lacèrent les tableaux, mutilent les statues, et, séance tenante, inscrivent de leurs mains frémissantes, sur les parois de la vieille église, ces mots : le 23 octobre 1330, fusl abatue et ostée l'idolâtrie de céans par les bourgeois.
Ne dirait-on pas une ville prise d'assaut dans un élan d'enthousiasme? Cette prise de possession fut validéo dans une assemblée électorale à la majorité de dix-huit voix.
Après avoir fait triompher la Réforme à Neuchàlol, Farel retourna à Morat pour y continuer ses fonctions pastorales; mais il était écrit que la plante de son pied n'aurait aucun repos, et qu'il irait, de lieu en lieu, annoncer aux peuples le Dieu inconnu. En 1531, nous le trouvons à Avenches, où sa vie court de grands dangers ; à Orbe, d'oil il est chassé, mais où il convertit un jeune homme, qui, plus tard, illustrera la Réforme, et se nommera Viret; à Granson, où il devient victime de plusieurs tentatives d'assassinat; à Lucerne enfin, où, malgré la promesse qu'on lui a faite de le laisser prêcher, on le jette en prison. Telle est la vie pleine de péripéties du réformateur.
Au milieu de ces travaux incessants, Farel, plein do tendre sollicitude pour les âmes, n'oubliait pas ses frères de France qui étaient sous la croix : il leur adressait une lettre pastorale, dans laquelle il épanchait son âme aimante. Le lion était devenu agneau : les forts seuls savent aimer.
Le réformateur était sur le point d'aller prêcher l'Evangile dans quelques-unes des autres villes de la Suisse, quand il accepta la périlleuse mission de représenter les Eglises naissantes de la Suisse au synode que les Vaudois du Piémont devaient tenir à Chauforans, dans la vallée de l'Angrogne. C'est au retour de cette mission qu'il s'arrêta avec son compagnon d'œuvre Saunier, à Genève, dont il devint le réformateur.