LES CATUOL. SOUS LE DUC DK GUISE
Kn même temps la reir»e, pour salisfairc le parti politique, incitait hors la Bastille les maréchaux <lc Montmorency et de Cessé, utiles auxiliaires (les opinions qui alors obtenaient victoire*.
Ceci se passait dans le conseil de la royauté; mais l'opinion catholique ne subissait qu'avec impatience des conditions si favorables aux huguenots. Le duc de Guise restait sous les armes avec sa bonne armée de bourp^eois; et tandis (juc Catherine signait les conditions de Champigny, le vaillant capitaine courait sur les reitresdu prince de Condé et obtenait une victoire disputée. Il y
* Dans une nouvelle letlre à son liis Henri 111, Catherine lui Faisait sentir la nécessité de la paix pour le rétablissement de son autorité et du bonheur de ses sujets, et afin d'y parvenir plus aisément, elle lui conseille do faire tons sp« elTorts pour gagner l'un des maréchaux deFrance(Montmorciuy et Cosse), <iu*il venait de tirer de la Bastille, en lui témoijjnant la plus {grande confiance dans sa fidélité, et le désir sincère de faire la paix. La reine surtout lui recommande de ne point s'ouvrir sur les fausses apparences d'amiiié tju'il donnera aux niarécliaux , aux femmes et à ses courtisans , son indiscrétion lui ayant déjà fait beaucoup d'ennemis, (portefeuille Fontanieu , n"' 337 et 338. — Voyez aussi, avril 1576 : . Déclaration du roy sur l'innocence de monsci);. le duc de ^Irmlniorcncy, pair et marrschal de France , gouverneur et liruttniint-géncral pour Sa Majesté, à Paris et Islo-del'ranre.» llibL du Roi , rcc de pièces, in-8", parch. col. I., I i82, pièces.
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IIOSTIL. DKS PARIS. COMUK Ill-MU lli (lôT-l). 'Ml
vui {grande joie dans la ville de Paris; elle ne fut troublée que parla nou\elle de Teslot-atle qu'avait reeue le brave duc de Guise sur sa noble lace; mais quels transports n'y eut-il pas quaud on sut que le Macchabée avait la vie sauve! Il ne resta plus de toute cette émotion qu'un iuinicuse enthousiasme pour le Balafré, désignation [)()pulaire qui devint un litre a l'anunir des halles et de la bourgeoisie*.
l'A tout ce bon et grand parti eatholi(|ue armé était en rapport avec le roi d'Kspagne; Montluc , le \ieux et dur Monthic, tout couvert d'arcjucbiisadcs , lui écrivait : • Sire, je crois qu'il y a long-temps que Vostre Majesté n'a point ouy parler de nu>i , et qu'elle me tient jtluslost pour mort que pour vivant.;! causedunegraiulearcjuchusade que je reçus il y a (juatre ans au travers du vi.-^age, qui depuis m'a rendu casanier en ma maison : toutefois Dieu m'a fait la grâce (jue j'en suis main-' tenant guéri. Le roi m'a pourvu de; Testât de niareschaletm'a renvoyé en ce pajsdc Guicnne pour faire la guerre aii\ luthériens, si'> ri-bclles pour
' M. deNcvprs conimandail aussi une ariiice. Voyez Lrltrc de Henri 111 à \\. de Ni-vors, niainisrrit de B(^lhunr. \f>l. coJ. 882fi, fol. 77 : «J'ai esté bien aise d'ap|irpndrc le lioii nombre de prisonniers (jue avci raic(.i;csch.in(rcz-!csle$ uns aux autres, el je vous prie démener In gneirepluslost dnuir (|n«' rriiellc, csl.inl mes propres sulijrrls. «
392 MÉC0>TENTEA1. DE L'IIOTKL-DE- VILLE (1575).
le service de Dieu et de sa couronne. N'y a que ([uelques jours que un de mes enfans y a cslé liM', et maintenant ne m'en reste qu'un autre en vie et un mien gendre, qui tous deux sont capitaines de gendarmes, et sommes tous les jours à la cami)agne contre lesdicts rebelles. Déjà vous prierai de me permettre de faire sortir d'Espagne .siv bons chevaux dont j'ai bien besoin pour poursuivre les rebelles *. » Kt l'ambassadeur à Madrid, en appuyant cette demande, écrivait à Philippe II : « C'est pour pouvoir sortir des ])ays d'Espagne des chevaux que lediet sieur de Montluc entend employer au service de Dieu dans la guerre contre les hérétiques. Sire, il n'y a homme au monde si grand ennemi des huguenots, ni qui de ses mains en ait fait plus mourir que lui**. »
La royauté des Valois put dès-lors s'apercevoir qu'elle perdait tout sou crédit. Quand Henri III s'était jeté dans le parti catholique, il avait trouvé toute facilité sur les populations ; il avait demandé des deniers à la bonne ville de Paris; il avait obtenu tout ce qu'il sollicitait sans résistance ; maintenant il venait de signer une trêve avec les huguenots; cl, voulant obtenir la solde dos gardes suisses, voici ce qu'il advint : « Les 12 et 13 décembre 1575 , demande
* Archives île Simaiicas, H 38".
•• /fciV/"., B 38".
MECOMtMtM. DK LllOIKI, DE-VILLE (1575). 393
ilu rt)y à la ville de Paris de deux eent mille livres pour l'culretien de deux eciits Suisses. Réponse par des renioiitraaccs dans latjuclle la ville prend occasion de lui représenter trèslibrement les abus et corruptions des mœurs dans tous les ordres de l'Etat. « Il se commettoit quantité de simonies ; les bénéfices étoicnt tenus par gens mariés; les évèques et curés n'observoieiit aucune résidence ; on se plaignoit de la vénalité des oflTices ; ils étoient exercés par gens incapables; puis , mauvaise administration des finances, tlons immenses mal distribués et plusieurs autres abus de l'administration. Se souvienl-on que saint Louis ordonna dans son testament de n'imposer tailles sans grande nécessité ':' car autrement le roy ne scroit j)lus roy , mais tyran. • Le 19 ces remontrances furent portées au roy, étant en son conseil , par les prévôt des marchands et écbevins avec bon nombre de députés; ils supplièrent Sa Majesté d'excuser la ville de la contribution demandée; car elle manquoit de fonds, les rentes n'étoicnt pas payées , et leurs maisons de campagne étoient ravagées par des gens de guerre. Le roy répondit qu'il avoit leurs remontrances pour agréables et y pourvoiroit lorscjue l'état des affaires le pcrmeUroit; mais il vouloit être secouru de ce qu'il avoit demandé et promptenient. Le 20, assemblée générale qui ac<-or(le la solde de deux mille Suisses , mais pour (jua-
394 COMMENCEMENT DES NÉGOCI VTIONS (1576).
Iro mois seulement *. » On limitait ce vote ; un changement s'était opéré dans le conseil; on venait de faire d'immenses concessions aux huguenots; les Parisiens étaient méoontens; le bureau de la ville l'exprimait, en murmurant sur les subsides. Si le roi s'était dessiné pour le parti catholique, toutauraitété voté d'enthousiasme; rien n'est plus facile qued'obtenir de l'argentd'unc opinion (juand on sert ses besoins, ses sentimens et ses caprices. On négociait toujours ** , car le danger devenait de plus en plus menaçant ;la victoire du duc de Guise sur les reitres n'avait pas été décisive , et les hardis aventuriers, pour me servir de l'expression du temps, avaient déjà banqueté (rançonné) Dijon. M. de Biron était <'hargé par la reine-mère de suivre ces négo-
• Mss. de Colbert, vol. iii-fol. piij;. 291 et 292. Les |.as- (juils du parti politi(i»ic faisaient encore allusion à ces dilfi(-uU(^s (ju'opposait la Ville :
Paris qui le copnoist bien ,
Ne voudra plus luy prestcr rien
A sa roques le , Car il en a jà tant preste (^M'il a de luy dire arresté :
Allez en queste.
{^Journal de Henri II I.)
" \\Tt\ ctniai 1.575:" Nt'p,i»cial ion lie la paiv.olnip. 157(>. San* non» d'imprimeur. — Uibl. de M. ilf l'oiitanicu , vol. iii-8", V. col. 1', 435.
FLITE DE HENRI DE N\N MUIE (1570). o95
cintioiis importantes ; il avait présidé à la paix de 1570, et exerçait ([iielf(iie influence snr le parti politique. Ce parti restait toujours en pleine inlelliffence avec les huguenots :« En ce temps Roeliepot vint asseurer les Rochellois que Monsieur prendroit de bon (^ur la protection des Eglises réformées de France , et demanda de la part dudict prince une sonnue d'argent proportionnée à l'entreprise ; lesdicts Rochellois, après l'assemblée de l'esehcvinage , l'aicte le 20 décembre 1575, envoyèrent des députés vers Son Excellence , et la somme de dix mille livres avec des excuses sur leur pauvreté *. » Les dillicultés les plus grandes de la pacification tenaient aux places de sûreté , aux villes qui allaient servir de g.Tges aux huguenots et au parti politique. Certaines de ces villes, quoique cédées par le roi et ayant reçu ses ordres, n'avaient pas voulu subir le prêche et avaient refusé d'exécuter sa volonté , on en propos-lit d'autres en échange, ce qui faisait traîner les affaires en longueur , lorsqu'un événement soudain vint agrandir les espérances des huguenots : « Le vendredi i février 1576, le roy de Navarre, (jui depui.s l'évasion de Monsieur avoit faict semblant d'estre en mauvais ménage avec luy et n'aflecter aucunement le party des huguenots, .sortit de Paris
■ Journal (le IlcniiJII. cililioii de 1744, ton». 1 , pag. 1 '..'>.
396 IIENUT DE lîÉARN EN LIBERTÉ (1576V
SOUS couleur d'aller à In chasse en la Ibrest de Senlis où il courut le cerf le samedi , et reuvoya un gentilhoninie nommé Sainct-Martin que le royluy avoit donné , luy porter une lettre en poste, et partant de Senlis sur le soir , accompagné de Lavardin , J^crvaques et le jeune La Vallette , prit le chemin de Vendôme, puis alla à Alençon , et de là se retira au pays du Maine et d'Anjou, où il commença à avouer le parti de Monsieur et du prince de Condé , reprenant la religion qu'il avoit esté contrainct d'abjurer , et recommençant l'ouverte profession d'icelle par un acte solcmnel de baptesnie, tenant la fille d'un médecin au presche * » Henri de IVavarre , le chef de la gentilhommeric montagnarde et huguenote, avait joué à cette cour de Henri III un rôle de finesse et de fourberie ; il s'était effacé dans ses principes, dans ses opinions, jusqu'à ce point de s'agenouiller tous les jours à la messe, de communier tous les dimanches publiquement et de la plus dévote des manières; il s'était abimé dans les amours, dans ces intrigues de plaisir et de débauches, passant des journées chez les femmes de la reine , dans les bras des nobles damoiselles de Catherine de Médicis , déclamant bien haut contre le duc d'Alençon , son allié naturel. C'était une hypo-
* J ounial de Jlenii 1 1 f . édition de 174'i, i. I,i). I5'i clsuiv.
^ÉGO(:i.VTIO>S POIK l,\ l'M\ (1576). 397
rrisie nrccssairc au milieu tli-s dangers qui avaient menacé sa tète. « Depuis son partemcnt deSenlis, Henry de Navarre ne dit mot; mais , passé la rivière de Loire , il jeta un {jrand soupir et dict : Loué soit Dieu qui m'a deslivré; on a faict mourir la royne ma mère à Paris ; on y a tué M. l'admirai et tous nos meilleurs serviteurs; on n'avoit pas envie de me mieux faire si Dieu no m'avoit pas gardé ; je n'y retourne ])lussi on ne m'y traisne ; » puis , gossant à sa manière aceoutumée :« Je n'ai , ajouta-t-il , regret que pour deux ehosesque j'ai laissées à Paris: la messe et et ma femme ; toutefois, pour la messe , j'essayerai de m'en passer; mais pour ma femme je ne puis , et la veux ravoir *. »
Et comment après cet événement, si heureux pour les huguenots et la gentilhommerie provinciale, aurait-on hésité encore à faire la paix ? Les conférences s'étaient transportées à Paris, et les huguenots avaient envoyé pour les représenter, BeauvaisLa Nocle, homme de fierté insolente, qui demandait inq)éricusement les conditions imposées ou la guerre. La portion catholique du conseil .souffrait à peine les hauteurs de ce parti : '■ Le 19 d'avril, le duc de Nemours estant au conseil au Louvre, entra en vives paroles avec Beau-
■ .lûuinnl (le Henri lll . édition de 1744, tom. I, pag. 157 et 158.
398 NÉdOCIATlOlNS POUR LY PAIX (1576).
vais La Mode , jusqu'à dire que s'il oust esté en la place du roy, il l'nuroit envoyé en lieu où il auroit parlé plus bas ; à quoy ledict Bcauvais répliqua, qu'il estoiten la puissance du roy de le faire, mais que ses bons serviteurs ne luy donncroient pas ce conseil, vu les garands que les calvinistes avoient, — Je ne sçais, dit M. de IVeinours, quels subjects sont les huguenots ; mais si j'en avois et qu'ils me parlassent de la façon que vous parlez au roy, il n'y auroil garantie qui tinstquejenc les envoyasse sur l'échafaud. » Lors Bcauvais voulant répliquer, le roi lui imposa silence et dit à M. de Nemours : « Mon cousin , s'il y a quelqu'un d'offensé en cette procédure, c'est moy, et toutefois vous voyez comme je patiente; mon silence devroit vous apprendre à vous taire. — Je l'eusse faict volontiers, Sire, répondit M. deJNemours, s'il eust esté question en cecy de mon particulier; mais v allant du service de Vostre Majesté , je ne puis me taire. — J'ay, dit le roy, ouy-dire qu'il n'y en avoit de plus mal servis que ceux qui avoient le plus de valets, » et là-dessus se leva *.
' Journal de lletiri III , édition de 1744, tom. 1 . pag. 160 et 161. Les négocialei'.rs s'étaient aussi adressés à riIotel-de-Ville, mais ils furent repoussés. — 22 mars 1 576. Lettres du duc d'.\lencon, frère du roi , apportées ii l'Ilotelde-Ville par les sieurs de Deauvais La Nocle et Lafîn , lesquels ont témoigné cjue Mojisiei'R ne desirait que la paix , pt eihorlé la ville à s'employer près du roi à cet effet. Ré-
LA l'AlX UK 157H. 399
Ce fui la veille de Pâques que les conditions de la paix de 1576 lurent arrêtées; elles étaient plus lourdes , plus impérieuses que celles de ledit de pacification de 11570; les huguenots devenaient exigeans, parce que la méfiance était entrée dans leur esprit après tant de tromperies, et(fue d'ailleurs leur union avec les politicjues les rendait plus formidables. Ils profitèrent de ces avantages; il est rare que les partis n'en aient l'instinct. Quant à la tendance de cet édit , il poussait la monarchie aux \ ieux temps de la féodalité , en ravivant le système des niorcellemens et des villes indépendantes, en agrandissant les apanages. Le duc d'Alencon, qui s'était posé chef des confédérés, recevait, avec le nom et le titre de duc d'Anjou qu'avait porté son aîné, d'immenses domaines, sous la seule condition de rhommage. Les huguenots voulaient constituer une espèce de fédéralion féodale des provinces . qui n'auraient plus été unies à la couronne que par les rapports de fiefs aux mains des grandes familles; ils auraient
poiisc de la %illf. que le roi y saurait pourvoir, et que de leur part, magistrats de ladite \ille , ils feraient ce qui dépendrait d'eux ; et au surplus ils n'osaient ouvrir les lettres sans permission du roi , auriuel ils les porteraient toutes fermées, et y feraient réponse s'il le permettait. Uefiistre de lllotel - de- Ville , mss. de Colberl , \oi. tcLii, in-fol. pag. 293.