‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 102 sur 113 · L'HOTEL-DE-VILLE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

L'HOTEL-DE-VILLE CATHOLIQUE

mille quatre cents hommes soudoyés par les bourgeois pour la défense de la ville *. Et le 24, assemblée générale, en laquelle Sa Majesté dit qu'elle avait bien voulu y venir pour exciter ses bons sujets les bourgeois et manans de cette ville à la garde et conservation dicclle, étant fort contente du secours et accord qui lui avait été fait de deu\ mille hommes de pied et de deux cents hommes de cheval , priant qu'ils soient promptenient levés et aussi soudoyés **. M. le prévôt des marchands ayant remercié Sa Majesté de l'honneur iju'elle faisait à la ville de la venir visiter, la supplia , entre autres choses, d'ordonner que les délibérations et conclusions des assemblées générales qui seront faites en l'Hotel-de-Ville seront exécutées tout ainsi que si elles avaient été faites

■ lU'g. de rnôlel-de-VilIe. — Mss. de Colbert, vol. ulii. iii-iol. pag. 288, vers. — Voyez ' Ordre du roy pour la surfit' de Paris et des environs. » Même volume , pag. 289.

** Le [larti politiciue faisait roiirir des pasqiiils sur ra>idilô du roi et sur son hypocrisie catholique qui voulait en imposer aux bourgeois :

Le Toy pour avoir de l'argent A fait le pauvre cl l'indigent

El l'iijpocrite , l.c grand pardon il a jnré ; Au pain et ea»i il a jeûné

Comme un hermile.

( Jniirtlfil lie Ifriiri III. )

i;il()TKL-DE-MLLK CATIlOLKjLL (1575). 38:{

es-cours souveraines ; sur (juoi Sa Majesléordoiuia ([ue la ville se pourvoirait en son conseil privé *.

An milieu de cette émotion générale, Catherine appelait la paix ; politiques , huguenots nianifeslaient des intentions bienveillantes; le prince do Condé écrivait à Henri III pour lui annoncer le chagrin qu'il ressentait de se voir banni de la cour et privé de charges et honneurs ; il blâmait les entreprises qui avaient lieu : « Et ce qui ma le plus sevré , Sire, a esté de voir votre auctorité royale tant s'abbaisser qu'elle semble vouloir céder à l'audace de ces certains seigneurs et prendre la loy de ceux qui la doivent recevoir humblement de vous.» Le prince protestait de sa fidélité , de son amour pour le roi , et le priait de le couvrir de sa protection ; il l'assurait qu'il ne ferait aucune démarche hostile : «Car Vostre Majesté a pu voir par cy-devant mes actions et combien mon naturel est paisible et tranquille ; aussi veux-je protester devant Dieu fjue je me comporterai toute ma vie avec la mesme tlouceur cl modestie, m'aceonnnodant le plus discrètement f(u'il me sera possible, n'ollensant personne, n'ayant ny ne voulant user d'aucune voie «l'hoslilité". .'

Quand les huguenots exprimaient leurs griefs ,

• Ueg. de l'H.Uil-de-VilIc , X. fol. 231, n;r. '• Mss. (le Hilhunr, vol. col, 8'J2f>, fol. 1 1«.

384 IIOIONTUANCES DES llUGUEMOTS (1575).

ils parlaient toujours de leur respect pour l'autorité royale; ils présentèrent à Henri III un long Mémoire de remontrances. Protestant de leurs bonnes intentions , ils déclaraient n'avoir pris les armes que pour la liberté de leur conscience. Ils remerciaient le roi des articles proposés par M. de Biron et du bon vouloir qu'il manifestait; ils réclamaient seulement l'exercice de leur religion , ne faisant la guerre que pour ce motif : « Nous n'avons jamais obmis moyen de rechercher la paix, ny man([uc aucune submission à Vostrc Majesté; et il sera cognu à tous les vivans et à la postérité qu'il n'y a que le seul désir de l'exercice de nostre religion qui ayt empesché la perfection de la paix. S'il plaisoit à Dieu incliner votre cœur à nous octroyer ce bien au ])lus tost pour le soulagement de vostrc royaume , les sieurs de Téligny et de Beauvais ont tout pouvoir d'accepter et négocier ce <[ui poiirra amener une bonne trêve et une heureuse fin *. » Toutes ces négociations n'étaient point ignorées du roi d'Es})agne. Don Diego de Çuniga cherchait à les pénétrer avec toute sollicitude. Dans une dépèche chiffrée, l'ambassadeur écrivait à Philippe II : « Il est venu à mes oreilles que le roi de France et sa mère ont déjà tenu conseil pour traiter de la paix, et on dit pu-

• rortcfenillcs Fonlaiiicu, ii"" 3;i9, 340. — Jlibliolhctiuc royulr.

nTUIGl'F.S DE L'ESPVr.NE (I57.j). 3R5

bli(jiUMncnl ([u'ils dounnit aux h('réli((uos la Hberlé de coiisciciice. Je me suis rc'solu à deniaiidcr audience, et j'ai déclaré au roi que rcLi lu'étonnait beaucoup d'avoir enlciidu dire que les rebelles éuiient sur le point de s'accorder avec lui; que Votre Majesté, pour l'amour qu'elK; lui porte, en serait de même bien t' tonnée; ({u'il était renommé pour bon ca(lioli(|iie et justement roi très-ciirétien , et que lui ([ui avait \aiin'u dans tant de batailles .sous le rc;;ne de son l'rcre pour maintenir dans le royaume la sainte Kglise romaine, ne devait pas aujourd'hui favoriser l'hérésie, car Dieu l'avait liiit roi pour défendre la foi l'épée à la main. Il me répondit qu'il croyait que ses voisins seraient contens de la paix, (ju'il en serait de même de \ otre Majesté, parce (jue vous lui étiez bon frère; mais il éluda la question delà religion catholique. Alors je lui dis: Je crois que Votre Majesté ne m'a pas entendu, puisqu'elle ne me répond pas à tout ce que j'ai avancé ; et je l'exhortai de nouveau à persévérer dans la religion. Il me réporulit rpie je sivais en combien de batailles il s'était trouvé pour défendre la religion catholique, mais la nécessité et le besoin qu'avait le royaume d'avoir la paix l'engageaient à la lui procurer. Je lui répli({uai que c'était bien pensé; mais il fallait ([uc ce fut a l'honneur de Dieu et de son Eglise, et que \otre Majesté , a la persuasion de l'empereur , était rein. 33

;i8(> IINTlUGllES DE LESP\GISE (1575).

solue de pardonner à ses rebelles de Flandre à des conditions honorables pour Notre Seigneur. Il me répondit avec paroles fort rfracieuses qu'il ferait le traité de manière (jue Dieu en serait servi. La reine-mère me répondit la même chose; elle ajouta que les allaires de ce royaume réclamaient la paix ; ({u'en Flandre les rebelles n'occupaient qu'un point, en France ils les orcupaicnt tous. J'adjoutai qu'après la paix j'étais bien sur que ni Vostre Majesté, ni personne en ce royaume tant soit peu catholique ne pourra être en sûreté. — Mon fils , rcpliqua-t-elle , y réfléchira bien ; il est entouré d'un bon conseil , et avant de se déterminer il s'assurera de tout. — P. S. Aujourd'hui- les principaux présidens du parlement et des autres tribunaux sont venus à la cour pour parler sur la paix , à laquelle le roy est si décidé qu'il sacrifierait tout pour l'obtenir *. » Catherine résolut de se rendre auprès du duc d'Alençon pour solliciter une trêve aux nouveaux désordres qui se préparaient. Klle partit avec la gracieuse cour de ses filles, avec ce train de plaisirs et de fêtes qui l'accompagnait partout dans ses négociations**. La reine-mère trouva le duc

Ar( lihcs de Simancas, B 38''"'.

On ctuichail à donner des méfiaiiccsà Henri llisurce voyjipe. (pii laissait le jeune prince isolé à Paris. Calhcrine senijircssa d'écrire a son thci fils-, que le seul dtsii de faire

LF, PARTI IUT.UE>. ET LES KTRAISGERS (1575). 387

il'Alençon très-irrité , entouré surtout d'une asseiuhléedc politiques et de huguenots qui imposais de dures lois; mais la paix était un besoin profondement senti; Catherine écrivait à Henri lll, en lui envoyant un 3Iénioire contenant les conditions proposées par le duc d'AIençon pour une trêve, « qu'elle la re^yardoit comme indispensable, quoique les conditions soient fort dures. Si elle savoit un moyen de lui asseurer la victoire contre ses ennemis, elle luy conscilleroit la guerre, mais il n'y en a aucun; il faut donc de suite rompre par une trêve les engageniens que le due d'AlençoH est sur le point de contracter avec la rovne d'Angleterre et les princes d'Allemagne. Le duc d'Alençon n'attendoit plus que le refus du roy pour signer ses engagemcns avec les étrangers*. » Ce n'était pas sans motifs (|ue Catherine craignait

une bonne paix el d'être utile a l'Etat et an roi est le oiotif qui l'engage h suivre le duc d'Alençon son frère ; elle le prie de ne point écouter ce que des {;ens malintentionnés peuvent lui dire contre celle drniarrho. Porlcfc uillcs Fontanieu, n"* 337, 338. — l'oyez aussi» Instruction de la propre main de Catherine de Médicis à M. de Diron, pour traiter de la paix avec les huguenots. • Fo:<ta:<ibd , collect. porief. vol. L(cxnix-C(;iM-

* Portefeuilles Fontanieu, n"* 3o'.), 3 il). — Dihiinthcque royale. •Ad^is écrit de la main de '.'ailuTiiie de Médicis pour la paix , et mémoire au roy de ladiclc sur !<■ iiicsmc suLjoct. •Portefeuilles Fontanieu , ii"'34l — 342.

388 ACCORD DE CllAMHGISY (1575).

cette alliance en dehors! la correspondance du due d'Alençon constate toute sa sollicitude à méiiafjer les Suisses , Elisabeth et les bandes de reitres qui arrivaient en France : « Je ne sçaurois trop vous reniercùer, disoit-il au comte Palatin, de la bonne volonté et résolution qu'avez prise de me faire secourir pour remettre ce royaume en repos, et en sa première splendeur. J'ai grand désir d'entretenir bonne, ferme et mutuelle correspondance avec Vostre Altesse*. » Il écrivit aussi au\ magnifiques seigneurs du canton de Zurich, ajoutant « que ce qu'on devoit le plus religieusement observer étoit la foy des choses promises; il avoit cherché les moyens les plus gracieux pour rendre à tous bons témoignages de sa protection. 11 leur annonçoit la trêve accordée par M. son frère , et il les remereioit de leurs offres de secours bien afiectueusement ; il en demandoit la conservation.** » Catherine pressait la trêve , car elle devenait un besoin pour sauver la France d'une invasion de reitres; elle fut arrêtée à Champigny aux conditions suivantes ;« Suspension d'hostilité jusqu'à la Sainct-Jean procliaine ; toutes les prises faictes par les deux armées seroient resti tuées ; on aceordoit au prince de Coudé les places de sûreté suivantes : Angoidesme, IVyort, Paulmier,

• Mss. (IcColbeil, vol. :j()i>.

•• llnd., ibid.

ALCOIU) Ui: l.H.VMritlN^ (1575). 389

Bourges, La Charité et Mt'zières sur la Meuse; le roy devoit liccneier et faire sortir hors du royaume les forées étrangères, excepté les Suisses de sa garde et les (Jlorses, et ce, dans le délai de trois semaines. L'exercice de la religion se continuera pendant la trêve dans les villes où il est à j)résent sans que les gentilshommes soient recherchés aucunement en leurs maisons ny en (juelque ])art que ce soit. Le roy fourniroit la somme de oOO,000 livres pour le paiement des reitres qui \enoient au secours du prince de Condc. Dan.s toutes les villes accordées par la présente trêve a ceux de la religion, Monseigneur le Prince y meltroit tel nomhrc de troupes que bon luy scmbleroit, et les hahitans d'irclles, de Tune ou de l'autre religion , seroient au préalable désarmé»*. »

* ■ Ce qui a esté accordé cuire la royne-uu-rc du roy et uionseigucur le duc d'Alciiçou , sous le hou jilaisir et \ouloir du roy. • >lss. de Colbert , origin. vol. tôt. 7, fol. 625. — 0 PublicalLon de la trcve (jéuéralc par tout le royaume, accordée cnlrc le roy cl M. le duc d'Alençou sou frère. » Mss. de Héthunc, vol. eot. 88I'J, loi. 12. — Le 28 décenibrc 1575, le roid'Espague écrirait à don Diego, l'ambassadeur : • J'ai reçu , dans votre lettre du 27 novembre, les articles de la trêve conclue cuire le roi de l'raucc cl sou frère, articles si préjudiciables dans tout leur contenu a notre religion ; et certes j'en ai éprouve une vraie peine. .1 aperçois aussi les grands malheurs qui en pourront naître , ce qui va'm'obli^cr à prendre des mesures dans mes Etal-:. . Archives de Simanens , H 'ÎS^'.

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