INQUIÉTUDES DE L'ESPAGNE
de là à Saint-Dominfjue j)Our faire le plus de mal qu'ils pourraient dans les Indes ".
Ces projets de la cour de Trauce préoccupaient de plus en plus le roi Philippe II. Dans une dépèche chiflrée daiée de TEscurial, 17 avril 1371 , il annonce à don Franc, de Alava « qu'il a eu avis de bonne part (jue plusieurs principaux hu{jucnots avaient persuadé à Charles IX de prendre ])Ossession des Etats basques. Il le chargeait avec le plus grand secret et dissimulation de se procurer tous les renseignemens possibles afin de savoir si cela était vrai. Dans ce cas , il en aviserait de suite le duc d'Albe , qui prendrait sur-le-champ les mesures convenables **. »
Sur ces renseignemens, Alava redoubla de zèle. Il écrivait au duc d'Albe « qu'il tenait pour certain, et qu'il n'y avait aucun doute que le 28 juillet 1571 Montmorency avait eu une entrevue fort secrète avec le comte de Nassau à Fontainebleau. Le comte Louis était parti ])0ur l'Allemagne avec l'assurance du roi qu'il lui donnerait mille écus, et au prince d'Orange deux mille; il ne pouvait faire autre chose ***. »
Ces graiuls mouvemens que se donnait l'ambassadeur étaient connus de la cour de Charles IX.
* Archives île Sijr.aiicas, co<. U 30 ''". •• Ibid., cot. B iï "'•.
••* Ibid., cot. IJ 30 '^
RELATIONS AVFC LTSPAr.îNE (1571). 47
(ialhcrine de Médicis , qui rraifynait une surveillance aussi soupçonneuse , deuinudn le rappel d'Alava , sous j)réte\te que les intentions du roi son fils avaient été caloinniées.
Depuis cette année 1571 . les relations entre les deux cours , toujours fort actives , sont moins amicales et expansives. L'ambassadeur français à Madrid , assurant que Sa Majesté Très-Chrétienne n'avait nulle idée de faire la guerre , appelait des explications sur les arméniens du roi catholique dans le duché de Milan; « car on ne taisait pas de pareils préjjaralifs sans une cause nécessaire. » Il exigeait pour sa décharge réponse par écrit. La cour de France était dans l'inquiétude sur certaines révélations *. Des lettres de la reinemère, remises au roi d'Espagne par l'amLassadeur français M. de Fourquevaux, le 21 août 1571, insistent pour la révocation de don François de Alava : il avait écrit un pasquil si méchant, si malin , qu'on ne pouvait plus le soufl'rir a la cour **.
Catherine de Médicis envoyait à Madrid Jérôme de Gondi dans l'intention de rassurer le roi d'Espagne sur les projets du con.seil de Charles IX à l'égard des Pays-Bas: la lettre de créance est conçue dans un style obscur et ambigu : » Monsieur
* Archives de Simanras . rot. B 30 ■'*. •• Jbid., cot.B. 29''-'-'^''.
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mon frèro, je vous envoie ce porteur pour l'oecasion qu'il vous dira à mon tri's-jrrand desplaisir, et pour ce que je l'ai chargé de toutes les particularités que je m'asseure qu'il vous fera bien au long entendre de ma part. Je vous dirai seulement ([uc j'espère tout do vous et de vostre amitié que par une bonne providence et par le bon ordre que vous y sçaurez donner , cette fascheuse occasion prendra fin telle que je désire infiniment, et de conserver de mon costé notre fraternelle amitié , d'aussi grande aflectioa que vous l'avez toujours jusqu'ici cognue *. »
* Archives de Siniancas , cot. B 30". Le roi d'Espagne entretenait un j^nind nombre d'agens secrets en France , lesciuels correspondiiient avec lui. Eu voici la preuve " : Sire, je vous écris que le comte Louis ( des Pays-Has) avec son armé(^ de mer, est parti de La Rochelle le 4 de juillet se dirigeant vers l'Espagne ; on dict (pi'il a des intelligences dans ce pays . d'autant que par plusieurs fois deux personnages lui sont venus parler. L'un étoit un homme assez, puissant , et de corps et de jambes, avec des sarayolles de velours rouge , le manteau petit, fourré de velours vert. Incontinent a|>rès la dernière fois qu'ils sont venus , cette armée de mer partit ; l'un d'eux se mit avec, et l'autre retourna par la poste que l'on lui fit dresser. Ils assuraient , Sire, qu'il y a plus de vingt-cinq ou vingt-six mille Espagnols de la religion , (pii ne demandent que secours.» Archives de Simancas , U 31 ''-'. — Axis donné piir un personnage mystérieux au piiein
TVCTIQIE DES UUGUOOTS (1571). 49
Le parti ralviniste était resté niaitre des relations ;i l\'\lrrieur. II savait bien qu'une fois la
I rance on{;a<;t''e dans la voie d'un svstrino cnrol)éon dontiné parla réiornie , elle subirait les mêmes lois à l'intérieur. Les chefs et prolecteurs do la hujjuenoterieà la cour s'occupaient également de leurs intérêts particuliers dans Tordre féodal; ils cherchaient à consacrer l'indépendance pro-
des frères prêcheurs à Paris. On le priait de clierrher un moyen sur et (iili;»rnt pour avertir le roi catholique des l'>(>agues de quel<[ues points d'iinportiince découverts par dcrd. 11 n'y avait que deux personnes qui en avaient connaissance : elles s'étaient adressées à lui pour a^crtir Sa Majesté , et lui ne voyait autre moyeu «pie de la confier à ce prieur , pensant (ju'il aurait l'occasion de quelque religieux espagnol qui pourrait s'adresser ù l'ambassadeur d'Espagne, ou ù tout autre bon chrétien fidèle a son roi , qui remplirait certainement cette expédition volontiers : le fait était de conséquence. Archives de Sinianras, IJ '28'^^. — Le 9 novembre 1370 , un certain frère .laciiues Albert, de l'ordre de Sainl-Dominicjue , éeri\it au roi d'Espagne une lettre fort humble , datée de Bourges.
II lui disait < qu'on veuoit d'arrester plusieurs hérétiques A Hourges . desquels il a>oit sru ([u'i! eiistoit en sa cité de barcelone, en Catalogne, ini prcsche, et grande compagnie de ces gens- là ; pourquoi moy, Sire, qui suis catholique, et vosire très-humble ser\iteur . je n'ai voulu man(|uer de \ous advertir que de telles assemblées cl conventiculcs evisloient en vostie royaume , bien seur que vous ne l'aurez pour agréable. ■ .\relii\cs de Siniancas, 11 10 '; et U 'iS' '.