OPINIONS DES VILLES
n'élait-il pos naturel qu'il éprouvât une indignation vive et profonde ? Depuis vingt ans il avait pris les armes pour se rallier sous l'étendard de ses opinions et de sa foi ; son sang avait coulé aux chanijis de guerre , et pour résultat il voyait les huguenots s'emparer du pouvoir, établir leur influence et leur gouvernement dans le conseil ! Les bourgeois de Paris , si zélés pour Notre-Dame, pour le saint de leur bannière, pour la benoîte croix plantée en la place publitiue ou sur la Sainte-Chapelle ; ces métiers , ces halles ardentes n'écoutaient pas un sermon où il ne fût question de l'insolence des hérétiques , gentilhommerie de province rustre et mal aj)prise, qui voulait imposer ses lois à la bonne bourgeoisie, à sa grande Église , à sa raellifiante Université. On avait eu soin de défendre les prêches à Paris ; les huguenots l'avaient même demandé par prudence; mais les villes étaient entre elles en grands rapports de chartes et lettres. Le bureau municipal de la Grève savait ce qui se ])assait à Lyon, à Rouen, à Marseille, à Toulouse, vastes cités catholiques. Tous s'exaltaient par cette correspondance de clocher à clocher, de commune à commune , sur les insultes des calvinistes , sur la multiplication des prêches et de la cène au milieu des cathédrales en ruines. Quand cet inlolérable état cesserait-il ? Ne valait-il pas mieux saisir encore une fois les armes, courir sus à ces rebelles à Dieu et au
SINISTRES PUÉS.VGES (1570—1571). 53
roi, ou s'en débarrasser par de bonnes vespres sicilieiiiies ?
Telle était l'opiiiioii j-omniunc dans ce peuple de la grande cité; et alors semblaient se multiplier les sinistres présages; « depuis la mauvaise paiv , une comète à ([ueuc longue et flamboyante cstoit apparue; elle qstoit d'une forme estrangc et vraiment merveilleuse*. » Les rivières avaient débordé avec grand fracas en diverses j)artics du royaume: « Le samcdy , deuxième jour de décembre loTO , sur les onze heures avant la )ni-nuict , le temps estant assez trouble et nébuleux , le lUiosne , fleuve fort violent et impétueux, se desborda si subitement et avec telle impétuosité qu'il n'y a mémoire d'homme qui se puisse souvenir de semblable. J'accorderai bien qu'on l'a vu desborder , s'enfler par les pluies ou neiges fondues, faire ({uelques dommages au pays, mais non si violemment et d'une telle vistesse. Je laisse donc à penser quelle frayeur et espouvantement de ceux ([ui ont esté surpris, et la compassion et crainte des spectateurs et contemplateurs. Le peuple , j)Our avoir rcpentance de ses fautes, fit, le dimanche après ledict déluge , une procession générale conduite et menée avec merveilleux ordre. Ur Dieu nous lasse miséricorde **.
* • De la griindc estoilc apji.irue en l'aiincc 1571. • Paris, à l'enseigne du Moulon-d'Or, 1572.
** « Discours sur l'espouNautablc et merveilleux dosborde-
5î SINISTRES PRÉSAGES (1570—1571).
A yViivers il advint une tempestc , orage cl tourmente de nier qui cru.st et s'esleva en peu d'heures ; plusieurs vaisseaux furent enuncnés , on ne sçait ce qu'ils sont devenus; furent noyées oiiKj cents brebis , furent bruslées deux maisons et suffoqués plusieurs beaux chevaux *. A Ferrare, un très-grand mouvement de terre souleva la ville en avant et en arrière , en manière que les hommes en tomboient dans les maisons ; moy et ma femme et mes enfans no.us estions mis un peu avant à la fenestre, mais advint de terribles secousses, surpassant tout accident naturel et hors de l'humeur de mémoire; les murailles des niîiisons churent autour de nous ; et nous enfuisnies vistement sous la couverture du ciel **. »
Le village de Saint-Marceau avait été presque submergé par un furieux débordement : <• On ouyt
meut du Uhosne (Itins et alentour de \a \ille de Lyon , et les misères et calamités «jui y sont advenues. • l.yon , Reroist Rigaud, 1570. — Paris, au mont Saint-Ililairc, à l'enseigne du Pélican,
*« Merveilleuse et cs[)onvantabIe tourmente de mer, cl enVoyaliles Irombles advenues en la ville d'.Vnvers. ■> Rouen, de riin|irimerie de Martin le Mesgissier , tenant sa boutique au haut des degrés du Palais , 1570.
" « Discours sur l'espouvantable, horrible et merveilleux trembleuient de terre advenu en la ville de Ferrare.» Pnri.i, de rimprimeiie de niiillaume delhvcr, imprimeur ordinaire du roy eu langue frnnçoise , 1570.