BATAILLE DE LEPANTE
les vents les ]»lus impétueux, ettVoyables et horribles qu'il seroit possible d'entendre. A l'eflroy des honnuesfutadjoutére.slonnenienldes bestesirraisonnables, rar les chiens burloientet chanloient très-esfroyableinent ; il n'esloit en la puissanee d'aucun de faire taire ces hurleurs. » Il était né des animaux et des enfans difTornies. En toutes les abbayes on priait le ciel de détourner ces tristes présafjcs; et n'avait-il pas lieu d'être irrité du pacte impie qui venait de se conclure avec les maudits héréti({ues ?
La force calholi([ue s'était d'ailleurs accrue par une mémorable victoire. Les Turcs avaient menacé l'Hurope. Le célèbre Pacha-3Iustapha s'était emparé de l'ile de Chypre sur les Vénitiens , et de là sa flotte immense si^j^nalait l'Italie comme une proie offerte au courage ottoman. Cet imminent danger avait remué le zèle du pape ; les huguenots ne pensaient qu'à leurs intérêts de fiefs pour s'assurer le pouvoir; mais Pie V réveillait l'Kurope catholique; il avait ])réparé la ligue de rKsj)ague , de la France, de VcMiise et de Rome contre l'ennemi commun. Don Juan d'.Vutriche, le grand capitaine, ce bâtard du puissant empereur , avait arboré l'étendard de la foi. C'était encore l'esprit des croisades qui sauvait l'Europe à Lépante *. Cettevictoireavaitretentidansl'univers
' lue curieuse pièce sur la bataille de Lcpanle se trouve
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fidèle; elle avait préservé la chrétienté d'une si vaste ruine! Les récits des héros catholiques circulaient partout; on criait sur les places publi- «jues, dans les halles: « Le Ircs-excellent et somptueux triomphe de la trcs-hcureuse et vraiment miraculeuse victoire obtenue par l'armée chrestiennc à l'onconlre du grand turc *. » tt puis le peuple se demandait si, après avoir versé le sang des infidèles à Lépantc, on pouvait encore se laisser outrager par d'autres maudits athées dans les églises bénites.
Les huguenots ne se conduisaient pas avec prudence. L'édit de pacification ordonnait d'efifacer les vestiges et les souvenirs des guerres religieuses ; un pamphlet calviniste raconte luimême les causes d'une vive émotion populaire : «L'an 1569, pendant la plus grande fureur des troisièmes troubles, le parlement de Paris fit pendre et estrangler iVicolas Crocjuet, rhili])pe et Richard de Gastines, marchands honorables, pour autant qu'ils estoyent de la religion. Entre autres
dans les mss. de Dcthunc, vol. 892f>, fol. 1 28. Elle donne l'ctat des forces respectives avec la plus minutieuse exactitude. * Paris, clicz l,\iillicr , 1571. On trouve des détails essentiels sur les riL|i[)urls de la France et de la Porte ottomane dans • la Notice de l'ambassade de niessire François de Noailles , esves(|uc d'Arq, à la partie du graud-seigneur. • Uibliof. du roi , mss. Dupuy , vol. 521
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choses contenues en leur arrest, <{ui fut prononcé et evécuté le dernier de juin audict nn , ce ([ui s'ensuit doit estre noté pour le discours: ladictc cour de parlement a ordonné et ordonne (jue la maison des cinq croix blanches appartenant auxdictsde (iastines, assise en rue Sainct-Dcnis , en laquelle les presches , assemblées et cènes ont été l'aictes, sera rompue, démolie et rasée par les charpentiers , maçons et gens à ce cognoissant; et cependant ladicle cour a ordonné et ordonne que le bois et serrures de fer qui proviendront de la démolition de ladicte maison , seront vendus, et les deniers du prix seront convertis cl employés à faire faire une croix de pierre de taille, au-dessous de laciuelle sera mis un tableau de cuivre, auquel sera escrit en lettres gravées, les causes j)Our les(juelles ladicte maison a esté ainsi démolie et rasée^ Quehjue temps après la publication de l'édictde pacification, les héritiers desdiets de Gastines et ceux de l'Kglise réformée de Paris, vovant cette pvramide demeurer rlebout, expressément contre le 2'!' article d'iceluv édict, en firent instance vers les princes et l'admirai, lesquels voyant les choses encore esmues, furent d'advi-s dedeslayer. rinalcmcnt l'admirai estant en cour, fut solli<'ité d'adviser à ce point, ce qu'ayant considéré , remonstra au roy le contenu en ce 32° article, qui porte (jue toutes maripies , vestiges et luonuniens des exécutions faicles contre ceux
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de la religion, tant vivans que morts, livres et actes din'anialoires contre leurs personnes, mémoire et postérité seraient ostés et efl'acés. Cette pyramide fut abbattue de nuict par gens députés de la justice, à qui il fallut commander plusieurs fois. Kt pour faire le tout plus scurcment et éviter l'esmotiou de ce peuple qui adorait les pierres et le bois, on choisit exprès un temps nébuleux, venteux et assez estrange , ce qu'un certain badin nonnné Belleforest ( qui s'est mêlé de brouiller les annales de France ), impute à un fort grand miracle. Toutes les pièces de la pyramide furent trans- ])0rtée9 en ce cimetière des Saincts-Innocents , où le tout est demeuré debout au grand profit des prcslres de ce lieu , auxquels le bien vint en dormant ceste nuict-l;i. Le matin , le menu peuple voyant ceste croix transportée, accourut de fureur et brusla une maison voisine , massacra un serrurier . puis alla sur le pont ÎVotre-Dame, où furent bruslés les meubles d'un des Gastines. II y eut tel bruit que le Palais demeura fermé tout ce jour, et ceux de la justice cachés. Enfin ces mutins , qui ne savoieut bonnement à (jui s'adresser, encore à demi-forcenés, se retirèrent, sans qu'aucune justice fust faicte de tels ravages, commis tout en public, au vu et .sçu de tout le parlement et autres magistrats (jui sont là *. » Voilà ce qu'était alors
* «Discours de ce qui advint touchant la croix de Ga5-
FERMtMVriON CATHOLIQUE (1571). 5'J
le peuple de Paris, et Ton peut iaeilemeiit s'imaginer quelle devait être .sa rage lorsqu'il voyait s'aecroilre eliaque jour la grande influence des huguenots; or, il ne faut pas l'oublier, la forée en France était encore dans la vieille société catliolique, huiuelle se mêlait à ses sou\euirs, à ses gloires , à ses émotions.
L'esprit de cette société n'était pas tellement éteint qu'une fermentation religieuse ne se fît sentir à l'aspect des faveurs de cour qui entouraient les chefs des calvinistes. Les halles, les métiers, les capitaines de compagnies, même les bourgeois, ne supportaient pas avec patience les prêches qui s'élevaient à cùté de la vénérable c;Uhédralo. On se réunissait dans des confréries
tiiics , l'an 1 57 1 , vers Noël » ( Brochure ). — • Ordonnance faicU- au Cliàtelet portant défense à toute personne de se jironicner au cinielière des Saiiicis-Innocenis ni ès-rups d'eii\iron , eux assembler en icvllc , ni tenir propos l'un à l'autre en plus j^rand nombre cpie deux persdnnes , ni faire acte tendant à sédition ou esmotion populaire , ni autre chose pour desmouvoir le peuple de l'obéissance du rov et exécution de ses conuiinnilenienls , sur j)eine d'cslre présentement pendu et estranglé ; aux pères et mères qu'ils seront responsables de leurs enfants , et les maislres de leurs serviteurs.» Kxirait des registres du juré crieur coiirernaiit la sédition arrixée à l'occasion de la translation de la croix dite de Gaslincs. — 9 décembre 1571 , Archives de la préfecture de police , vol. mm. ( Collecl. Lainoi;jnon.)
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secrètes, sous les saints patrons et la Vierge; on y réchaudait les anciennes idées de ligfucs, de confraternités politiques et de croyances pour la défense de la foi. Des lettres confidentielles du pape au cardinal de Lorraine contiennent des instructions ])our maintenir la sainte religion menacée , et surtout pour la ruine de l'hérésie *. Le légat se plaignait sans cesse de l'insolence des calvinistes **; le roi d'Espagne donnait ordre à son envoyé de se concerter avec les chefs du parti catholique , les maîtres des halles et le peuj)le , afin de détourner l'expédition française dans la Flandre , diversion nuisible auv 0])érations militaires du duc d'Albc. Charles IX répondait à tous d'une manière évasive , qu'il fallait attendre , espérer une conciliation. De toutes parts on dénonçait au roi de France les projets des hérétiques ; ils venaient d'armer La Rochelle , d'y faire entrer une nombreuse garnison. Du fond du Vatican Pie V écrivait à Catherine : « Quant aux hérétiques de France , (pioique Votre Majesté les oblige à vivre en paix, cependant ils ne cessent d'entretenir une
* Corrcspondnnre de Pie V, ad ann. 1570-1571.
'* Le clergé faisait lin grand nombre de renionlranrcs : il y fut fait droit. — t'oyez «Lettres ]>aleri(es sur |)liiKiouis doléanees , plaintes faites au roy de la part des prélats et gens dn clergé de ce royaume. » Rouen, Martin le Mégissier , 1572 ( Broi liiiie ).
CORRESPONDANCE DE ME V (1571). fil
corrcspoiidanre avec rAiiglclcrrc; ils avertissent la reine Elisabeth de tout ce qui se fait, non-seu- K'inent en France, mais encore dans tout le monde dirctien. Nous savons que , soutenus par les secours qu'ils tirent d'Angleterre, ces hérétiques s'occupent sans relâche à amasser de l'argent. Outre les sommes qu'ils reçoivent régulièrement cl publiquement des églises anglaises, ils ont encore l'habitude de rançonner et de piller les biens des catholifjucs sur les bords de la mer. Jamais ils ne se croiront assez trancpiillcs tant (ju'ils n'auront pas entouré Sa Majesté Ïrcs-Chrélienne d'embarras cl de dilhcultés; tant qu'ils ne l'auront pas mise dans le cas d'avoir besoin de leurs propres forces, et qu'ils ne l'auront pas, sous prétexte d'étendre les frontières de la France, poussée à porter la guerre en Espagne *. »
Dans ces circonstances agitées, le conseil résolut de se retirer à Blois. Dès le moment qu'on se séparait des opinions catholi(jues , le séjour de Paris n'était plus (ju'un danger. On choisit Dlois, cité rap[)rochée d'Orléans, alors mieux assouplie à la foi huguenote. La seconde mesure devait être de satisfaire entièrement les intérêts calvinistes, afin de trouver appui dans leur force militaire; car les catholiques s'organisant tout en dehors, n'obéissaient (jue faiblement aux volontés
* Janvier 1571 , cdition Goubau , liv. V, Ictf. 10. III. 0