EXIGENCE DES HUGUENOTS
La première garantie avait été une prompte répression des tronbles soulevés à Rouen contre les préelies; lJri([ueniaut et Cavaj^ncs, qui étaient restés auprès du roi après le départ des autres députés, insistaient par des propos impérieux*: « Il scroit à craindre, disaient-ils, s'il n'en foisoit l'aire justice, que les catholiques devinssent si insolens qu'ils se permissent encore davantage, et que ceux de la religion ne les pouvant supporter, lussent contraints de recourir aux armes , s'ils ne vo\oient d'autre moyen d'en faire justice , dont s'ensuivroit qu'on retourneroit en guerre, aussi fort qu'auparavant **. Le roy , estonné de celte
(le cette condescendance ponr les huguenots. — Voyez « Ins- Iructions à M. de La Bfjurdaisière alhiiit à Kome , touchant l'édict de pacification. » Mss. Daluze , vol. iii-fol. cot. 238, fol. 50.
Ode sur les misères des Eglises de France , 1571. ** Tous les registres des chartes sont remplis de ce» plaintes, f'oy. lettre par laquelle l'amiral de Châlillon mande au roi qu'on contrevient à l'édit de pncifiralion, et qne depui* peu ou a tué deux de ses gens , (|u'ou lui refu.se des vivres pour de l'argent ; r[ue la reine de Navarre se plaint de» confréries catholi((ues comme de chose qui va à son préjndice ; ({ue dans les maisons du cardinal de Chntillon , particulièrement a Dresle, on impose de.s revenus, aussi bien c|ue dedans les terres de lui amir.il; que le capitaine Quartier a été rendu sans rançon ; qu'aussitôt qu'on recevra les cinq'juiile mille écus on paiera les reitres pour les obliger à
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hardiesse, ne sçut répondre autre chose, sinon qu'il asseuroit les prinees que honnc justice en seroit faicte et bienlost. » Le j)arù huguenot sentait qu'on avait besoin de lui; et c'est alors que pour se le rendre tout-à-i'ait favorable, le roi connnenca à mettre en avant « ({uclques propos du mariage de madame Marguerite sa sœur avec le prince de Navarre, desclarant que ce seroit le plus estroit et ferme lien de tous autres j)our maintenir la paix entre ses subjects, et un tesmoignage asseurc de sa bienveillance envers ceux de la religion. » On cherchait par toutes sortes de démonstrations à détourner les méfiances, et à cette épo({uc furent aussi conclues les fiançailles du prince de Condé avec Marie de Clèves, transaction de ])ersonnes qui cherchait à préparer une transaction de partis et d'opinions.
Une fois jeté dans celte voie conciliatrice, le conseil ne pouvait plus reculer; les huguenots se plaignaient de ce qu'il» n'étaient en sûreté dans aucune ville, car partout le{(euj)le était en armes
sortir du royaume ; qu'ils s'en retourneront le lendemain en Allcniiigiic. 11 assure au roi qu'il est faux <|u'on ail abattu des images et des éjjiises en sa |iréseiife , et se plaint en {^énrrai (ju'on ns lui rend pas i-e (|ui lui appartient. ( Mss. Colberl, in- foi. v. ii" 2'i;i. ) — Celle lettre est précédée d'une seinhiabic de la veille , portant les mêmes plaintes ù la rt-ine-mère.
MARIAGE 1)K IIF.NRI 1)F. NAVARUE (1571). (lO
contre eux. Des Icltrcs patentes du roi défendirent « de porter ou faire j)ort(M* aucune ar([uebusc , pistollcs, pistollels a feu ni arbalosles, sur peine de confiscation de corps et de biens *. »Une convention secrète fut encore arrêtée avec le comte Louis de Kassau sur les ati'aires de Flandre; toutes les idées du grand Mémoire des bugucnots étaient adoptées; on décidait la guerre dans les Pays-Bas; rin\asion devait avoir lieu au [>rintcnips suivant, et le comte Louis en donna avis au prince d'Orange. Comme saiu'tit)n à cette comcnlion spéciale, le roi autorisait l'amiral et les calvinistes réfugiés dans La Uochelle à faire la course contre les Espagnols et à vendre les prises **.
La pensée du mariage de Marguerite de France et de Henri de Héarn avait ébloui Jeanne d'Albret. La jeune Marguerite, arrachée à Fliérilicr ^des Guise, était un gage illustre ((u'on donnait auv héréli({ues; la pau>re maison de ^a\arre , cette cour de gentilhommcrie proviiniale, était élevée
* YoyiK^o^ , ad anii. 1;"»71.
•* Dans les painplilcts liiijjneiiols , toutes ci-s démonstrations de bon \ouloir de Cliarlcs 1\ sont Irailccs de faux sémillant , de trahison nu'dili'e. (l'est un syslèinc pris d'avance ; les partis fini ont le sciitiin-.iil tic leur faiblesse ne peuvent croire au\ concessions (pioii leur fait. Comme escnsple, voyez le Jauinnl île Henri III, véritable recueil de petites liislorietles parlementaires, et la compilation calviniste des Mvmoiiesdu lestai de la l'mncc sous Charles I \ .
70 MtSLllES POUR LA l'AClFlCATIO?» (1571).
ù toute la grandeur de la race royale des Valois; «juel honneur dans son blason et dans les annales de sa laniille! L'amiral voyait ce niariafre avec chagrin, car il allait porter trop haut Henri de Béarn, son compétiteur, celui qui était appelé à conduire les huguenots et à le remplacer dans son influence. Charles IX n'avait d'attention que pour Coligny, et la reine-mère lui écrivait « que le roy son fils avoit bien besoin de ses bons conseils et des autres seigneurs qui l'atH^ompagnoient , et que c'estoit une chose déplorable de voir les princes du sang de France si longuement e.sloigné <le la cour et de compagnie semblable à eux. Partant prioient ces députés d'adviser à tout moyeu propre pour réunir les uns avec les autres. Adjoustant que si ceux de Guise estoient irréconciliables, on les enverroit faire leur casa part*. » La tendance du conseil était alors toute huguenote; on s'était plaint de La Rochelle que l'édit de pacification n'était j)oint loyalement exécuté ; « Le roy délibéra faire marcher des commissaires par les provinces pour informer des torts qu'on faisoit à ceux de la religion et pourvoir que l'edict fust observé**. » Quand tous ces gages eurent
* « De Testât do la France sous Charles IX, 1571. •
Voyez le nom de ces cominiss.iites dans la grande col- Ipflion Fonfaiiien , année 1571. Le roi érrivait aussi dans les provinces ]iour assurer doucement la paciiîcalion. Voici