‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 2 sur 113 · CHARLES IX · texte numérisé non relu

CHARLES IX

guerres civiles, avec toutes les ciuotioiis d'une cvislcnee agitée , tantôt aux conseils , tantôt aux batailles. Sa figure était douce et paie; sa taille grande , un peu voûtée ; sa comj)lexion faible. Ses yeux brillans l'animaient de colère à la moindre contradiction ; il aimait la chasse avec frénésie; doué d'un courage téméraire, on l'avait vu se précipiter sur un sanglier haletant , et le bras déchiré par un épieux durci , j)longer sa dague dans les flancs de l'animal furieux *. 11 aimait les mascarades, les jeux , toutes les folies d'une cour de gaité et d'amoureuse vie; il écrivait beaucoup, faisait des vers avec élégance **,et il passait quelques-uns de ses instans de repos à composer son beau livre du déduit des cerfs, tout resplendissant de miniatures" sur lesquelles bondissoient daims, chevreuils, au milicudes cors et trophées des bois et forêts **'. »

Le caractère de Charles I\ était populaire; la bourgeoisie et le peuple le considéraient comme son gentil roi, et voyaient avec douleur la faiblesse

' I.a (initlaiice du médci-in qui le soigna reste encore. — Voyez collerf. roiitauicii , inss. ami. 1571.

*' C'est à torl ([uon lui atlribuc les (jualie verssur liipui»sance des Guise , que j'ai cités tom. ii, pag. 90. Je les ai trouvés dans un (lamplilet luigueiiot.

•" Publit' par Villcroi sous ce litre : Chnsse wi/alc. compose par ('Italien f \' . iii-8".

CARACIÈKK 1)1. CHAKLtS 1\ (1570—1571). Il

de son tenipéraïuent qu'ainiauvrissaient encore ces agitations de chasse et de plaisirs. Jamais ])rince n'avait eu ])lus d'amis sincères parmi cette jeunesse de jjentilhommerie (jui habitait w\ cour; il se raclait aux jenx; sa familiarité était abandonnée, quebiuefois trop libre, « car il s'esbattoit à foyter les jeunes gentilshommes au lict *. » On l'aimait pour les grâces de sa figure, pour ses bonnes manières ; sa pénétration était grande , et ([uoiiiue Catherine de Médicis se fut eflbrcée d'as- .souplir ce caractère . il conservait une force de jugement et de volonté dans le conseil. Ceux qui ont tant rapetissé et flétri cette figure de roi , n'ont (ju'à parcourir ses lettres nombreuses et manuscrites **; il ne fut ni une tète faible ni un cœur abominable se couvrant à plaisir du sang de ses sujets; comme sa mère, il vint dans des temps dillicilcs, au milieu des orages et des calomnies de partis. Sa mémoire y a succombé.

La paix du mois d'àout , si violemment attaquée par les extrémités du j>arti catholique, avait été un besoin si prolondémenl senti, (jue toute la genlilhonnnerie quitta les armes pour aller au repos et aux fêtes de la cour. C'est le

* Collection Fontanieti . 1 57 I - 1 572. *' Collection Fonlanieu, années 1569 a 1574. J ni rnuipté cent ciu(|uanle-rinq leltri-s nri{;inales.

22 LA COLK Ut CHARLES IX (1570—1571).

résultat des grands troubles politiques que la coexistence des dissipations de la vie , à côté des scènes de carnage et de sang. On a besoin de s'oublier soi-même ; et cette vie si courte , si menacée , on vient Tabimer sous le plaisir. Quand ou parcourt les annales des guerres religieuses, et à côté , quand on lit Brantôme, les }>etits contes de femmes galantes, les esbattemens des houimes de réputation alors , on est entraîné à la grave observation d'un vieil historien de nos discordes : que» la fleur du plaisir se teint de purpurine sansguinolente. » On a quelque peine à répéter les récits naïfs de cette galanterie licencieuse , et la jeune fille ne pourraitsans rougir entendre l'histoire vraie d'uneepoquo triste et débauchée. A la cour de Catherine de -Médicis , ce n'étaient que dissertations « sur la dilcction desnuictsoù l'espousée s'en va du lict marital aux bras de son amant.» C'était le règne de François I" , avec plus de licence encore et sans ce vernis de galanterie qui excusait les emportemens de la passion. On usait sa vie eu bals, mascarades, noëls de nuit, astrologie, pompes parfumées , jours gras , duels de sang , tables accablées sous le poids des mets délicatement préparés par des cuisiniers italiens, tint aimés de Catherine de Médicis , et dans ces fêtes il y a\ait amusemens, dires bizarres, où le roi Charles 1\ pariait avec M. «le (ihaulnes . de

PtTlTS \EUS DE PASQIJIKR (1570— 1 -)71). Xi

baiser son pied d'ici à trois ans *, » Les mauvaises mœurs ne se concentraient pas dans quelques folles tètesde jeunes hommes ; les caractères les plus graves s'y laissaient aller. Dans les poésies du chancelier de L'Hospilal , il est des pages enfièrcs que le vieux libertinage d'un courtisan alfaibli aurait pu seul dicter , et Pasquier écrivait , (piclqucs jours avant la Saint-Barthélémy , cette jolie épitrc à Catherine des Roches, « sur la pulce pucelette qui s'hébergeoit dans le paradis de la noble danioiselle . paradis terrestre qui réveille ce pauvre Pascjuier , tandis que la pulce prend un doux esbatqui met en émoi la jeune Catherine des Roches '*. »

* Mss. de Bt'iliuiic , vol. coté 87fi5 , fol. 12. Hrevet dune gageure faite entre (iharles IX et M. de (Jhaulnes. • Aujoiirdhuv , le roy estant é Gaillon, se voulant coucher , ayant faici gageure contre le sieur de Chaulnes , au cas que de cedintjouren trois ans à pareil jour, Sa Majesté pust baiser son pied , ledicl sieur de Chaulnes payera à sadirle Majesté la sonune de trois mille escus soleil, et ne le pouvant faire, payera audicl sictir de (Chaulnes pareille somme , et nu ras uue Sa Majesté gagne, elle fairt don^e cestc somme a f|uatre de ses valets de garde-rohe. Signé par le rov el .M. de (ihaulncs. »

Petite pulce frélillnrde.

Qui d'une bourhette mignardr

Su(;nttez le sang incarnat

Qui colore un sein délicat.

2i INQL'IEITDES DE LESPAr.!VE (1570—1571).

C'est au milieu de cette cour si galante . si dissolue que la noblesse provinciale et c.ilviniste accourait pour oublier les fatigues de la guerre. Cette brave et digne gentilhonnnerie avait abandonné ses sombres castels, sa vie de rudesse pour assister aux fêtes de cour qui étonnaient son existence laborieuse. Catherine , belle et engageante dame, ne négligeait rien pourdistraire ces vieux et jeunes débris des batailles : ballets, tournois, grandes tragédies, César et Pompée, les gaies histoires, toutes sortes de joyeusetés pour passer son temps d'une manière délectable: princes du sang, cardinaux, vaillans gentilshommes, tousse défatiguaient des tristes débats et des longues guerres *.

L'Espagne , depuis la paix de Saint-Germain ,

Vous pourroit-on dire friande

Pour désirer telle viande ?

Ainsi pulce pucclette ,

Tu volettes à tastun

Sur l'un t't l'autre teton ;

Soudain tu vas t'iiébergcr

Au milie\i d'un beau verger ,

Paradis qui me resveille

Lorsque plus elle sommeille.

( La Pulce de Catherine des Roches eld'Estionne Pasquier.

édition de 1619 , pag. 379. )

Les ministres calvinistes se plaignaient vivement de

re que la noblesse de province se laissait amollir par la

Rabylone prostituée. «Estât de la France sous Charles IX. "

DÉPF.CUF. DE D. lUANÇOIS DE ALAV.V (1571). i"»

sui\ait avec inquiétude la tendance do la <'Our de Charles IX, et l'on peut s'en convaincre en parcourant une curieuse dépêche do l'anihassadeur espagnol don François de Alava. Philippe II lui avait demandé son jugement particulier sur chacun des grands qui entouraient Charles IX et Catherine; l'anihassadeur ré{)Ondait : «Le duc d'Anjou est de bonne et brave condition : il donne tout aux dames ; à une il lui regarde les mains, à l'autre il tire les oreilles; il passe de cette manière une partie de sa vie ; je considère la reine-mère comme excellente pour les négociations. Le duc d'Anjou assiste le roi à tous les conseils ; il a un grand rcsj)ect pour l'ambassadeur de Sa Majesté ( Philippe 11 ) *. Le duc d'Alençon est de peu de poids, c'est un cavalier sans consistance; dans le conseil il est toujours de l'avis du duc d'Anjou. Il ne sait faire aucune réponse avec justesse ni aux ambassadeurs ni à personne. Le frère bâtard, que l'on nomme le chevalier d'Angoulémc , est un esprit distingué en toute manière, grand ami de Montmorency et de Vamiial. M""" Marguerite . fort vertueuse, princesse de bien et de beaucoup desprit; aucun des trois frères n'a autant de sagesse et de force**. La duchesse de Lorraine , bonne femme et gran-

* Archives de Simancas , rot. H 33'.

•• riid , cot. B 33".

•2« DEl'ÉGHE DE D. FRANÇOIS DE ALAVA (1571).

deiueiit calboliquc. M™'' Marguerite et la duchesse de Lorraine sont fort dévouées à la maison de Guise. Le cardinal de Kourbon, premier prince du sang, est un homme de peu d'entendement; il ne propose jamais rien et jamais il ne répond. Le cardinal de Lorraine est la plus grande ambition du monde; d'abord homme de yjeu d'autorité , et plus tard le soutien de la loi en ce royaume; afin d'avoir la faveur de iSa 31ajesté et de se maintenir dans ses grâces, il se montre son plus zélé serviteur. On ne parle pas du cardinal de Guise; celui de Pellevé , bon catholique, dit peu la vérité. Les maréchaux sont six , et s'ils étaient se])t on pourrait les comparer aux sept péchés mortels, d'après leur mauvaise foi et leur fausse conscience. Le premier est 3Iontmorency , le principal protecteur des huguenots; il va à la messe avec les catholiques, et il encourage tous les séditieux et rebelles des pays basques; il les soutient par sa présence, sa maison est peuplée de réfugiés dudit pays; enfin c'est le plus notable ennemi (}ue Votre Majesté ait en ce royaume : il est ambitieux et ])assionné. La femme de ce Montmorency est une sœur bâtarde du roi ; elle se dit catholique , mais elle ment ; elle est toute pour le parti hngiienol. Il \ a [)eu de diliérence entre elle et le bâtard (rAiigoulémc. Le maréchal d'Amville est un honunc très-ambitieux et de peu d'es- )Mii: il est fort recherché par la reine-mère, et en

DÉPÉlillt Dt D. FKA><.01S DE ALAVA (1571). Il

temps de {guerre elle le préférerait a Montmorency *. Le maréchal de Cessé est celui qui dirige les menées secrètes de la reine-mère pour la guerre et les finances : c'est un athée, le portrait de l'amiral et de Montmorency. Le maréchal de \ ieilleville est considéré aussi comme athée; cependant il se confesse tous les ans; ami de l'amiral et de Montmorency, grand conseiller de la reine-mère , honune incapable et de cause perdue. Le njaréchal de Tavannes est plus soldat que tous les autres; il est dévoué au duc d'Anjou , et en cas de guerre , c'est celui sur le({uel la reinemère compte le plus. Le maréchal de Villeroi est tenu pour catholique , frère de la connétable, ami de Montmorency et ennemi de Guise, homme de peu de poids et substance.

« Les princes sont le duc de Montpensier , le meilleur homnie et le plus franc catholique: il est cependant de peu de capacité . et fier de sa condition. Le duc de Longue\ille est tout à la fois catholique, huguenot ou athée; gouverneur de Picardie , il n'est ni soldat ni honune de justice et de courage. Le duc de Nevers est frère du duc de Mantoue ; conscicm-e catholique et de bien ; dans les matières de religion il n'est jamais présent au conseil ; on fait peu de cas de lui , et il a peu d'autorité. Le duc de Guise est fort

' Vrchi'M's (le Simanras, rot. 1>. 3ï'.

28 l)Kl>ÉCHL DE D. rr.A.>ÇOIS DE ALAYA (1571).

lU'crédité , et je le pousse *. » Ces curieuv tableaux de la cour étaient envoyés à Philippe il presque chaque semaine. Le roi d'Espagne les annotait de sa main , écrivait sur chacun des observations à son ambassadeur; et l'on en trouve un grand nombre dans les archives de Simancas, avec ce scel de la royauté espagnole : El Rey.

L'amiral Coligny , après avoir sollicité les bonnes grâces de Catherine et du roi . s'était rendu une première fois à la cour où il cherchait à efiacer les préventions que Charles IX avait con- ^•ues contre lui durant les guerres civiles **. La présence de la gentilhommerie provinciale avait grandi son crédit , et à peine l'édit de pacification était-il publié que l'amiral présenta au roi les députés de La Kochelle qui demandaient pardon pour leur conduite passée***. Les mécontentcmens catholiques ne permettaient ])lus qu'on s"aj)puyàt sur la maison de Guise. Coligny multipliait les actes d'obéissance et de bon vouloir ; il montrait un vif attachement au roi, à Cathc-

* Ce Mémoire , qiii contient plusieurs feuillets , est intitulé : Adverliniienlos y rclacion de las cosas de Ftnncia, dada por don Fiances de A laça.

" Il ne faut pas confondre ce séjour passager de l'iiniiral ;i\ ce son second voynj^tî à riiiiiiée 1571 , jtoui prendre le {{ouvernernrnt.

••• Mss. (le liéiluine, ii" R732 , UA. :i8

l'LA> UKS CALVlMSTtS (157J). '10

rine de Médicis ; il l'aisuit olTrc de toute espèce de {garantie. Le parti hufjuenot soiifyoait à établir sa domination sur des intrrèls positifs, prott'jjt'-s par Charles 1\ , qui se tournait encore une l'ois vers les opinions réfornices.

Le plan des calvinistes était vaste; il se rattachait à la pensée d'assurer des alliances extérieures à la couronne de France, telles qu'elle fût forcée, en se séparant de l'Espagne, d'entrer dans le mouvement de la réforme. On ])Ouvait ainsi le résumer : 1° Kmpéeher toute union de famille avec Philippe 11 ou avec le roi de Porlu^jal , son vassal obéissant; 2" resserrer les rapports de la France avec les électeurs luthériens ; -i" préparer un mariage dans la race des Valois avec Elisabeth d'Angleterre, protectrice des Calvinistes ; -4" favoriser la révolte des Flamands en déclarant hautement la guerre au roi d'Ks])agne. A l'intérieur, s'organiser dans chatjue ])rovince de manière à se retrouver en armes dans toute circonstance , et à l'abri des places de sûreté ; puis lilierté de jirédication, indemnité matérielle pour tous les sacrifices; enfin le désarmement des bourgeois et du peuple dans les villes, afin d'éviter les séditions contre les prêches.

Ce large plan, que les huguenots ne purent entièrement exécuter, se développa dans plusieurs de ses parties. Depuis deux années (iatlicrine de Médicis songeait à juarier .son jeune fils;

30 MAKIVGE DE CU.VULES IX {I57ft— 1571).

elle s'était tournée à l'époque toute catholique vers le roi d'Espagne, à qui elle écrivait de Metz , le 22 mars 1569 : « Il faut, Sire, que mon fils se marie bientôt; il en a grandement envie, et je serois bien aise, avant de mourir, de lui voir des etifans; je luy ai parlé de l'infante [sabelle que Vostre Majesté a voit promise; il en a paru fort content , mais il faut que dans trois mois l'affaire soit terminée. Et quant au désir qvi'avez manifesté de donner ma fille au roy de Poi^|J;al , je vous dirai librement que le mariage de mon fils laict et eflectué. le roy de Portugal se pourra asseurer d'avoir ma fille : vostre volonté sera ainsi suivie. Toutefois il faut que ledict roy nous fasse entendre ceste volonté *. »

Sous Tinfluence de la pacification, toutes ces alliances de famille avec l'Espagne furent délaissées; on s'arrêta à un parti mixte, au mariage du roi avec la fille de l'empereur, conclu le 26 novembre 1570**. Charles IX en reçut les félicitations de tous les princes électeurs. Une ambassade spéciale vint à Paris , toujours dans le dessein de grandir la force du parti calviniste : «1623 décem-

* Archives de Simancas , B 26' ''.

**Cc mariage t'iait un teriiie moyen outre le i)arlicalviriiste et les opinions catholiques ; car Philippe II épousa la nn'nic année une anlie fille de IVin|tercnr. f'ni/o: Archive> de Siniiinr.is , U H,"' ', " '.

A.MWASSADE DKS PlUNCES PROTESTAIS (1570). 31

bre il y tnit liaraiiguc faite au roy par les anihassadeurs d'aueuii prince et électeur , et autres princes de l'Empire, tant pour se rcsjouir avec Sa Majesté de l'alliance qu'elle a l'aicte avec l'empereur, que pourl'exciter à l'observation de l'édict de la paix. Ces ambassadeurs représentèrent au roy que dans un royaume il pouvoit bien exister deux sortes de religion; il l'alloit surtout comprendre que c'est autre chose d'être bon <-hrestien et être bon subject ; car combien qu'un subject soit d'autre religion que son prince, il ne laisse pour cela de lui taire service ([uand et où la nécessité le requiert. Il ne falloit pas se laisser corrompre par les propositions des esvesques de Rome; u'avoit-on pas l'exemple du grand empereur Charles, puissant et advisé prince? Et combien que les esvesques de Rome aient toujours esté assez diligens H solliciter ceux de l'Empire à ne nous point endurer, eux toutefois n'ont pas este si maladvisés de troubler la patrie pour obéir aux affections d'autrui. Plusieurs princes chrestiens n'endurentils pas les juifs, et l'esvesque de Rome lui-mesme n'en tire-t-il pas un grand profit? » Il était donc licite de conserver la nouvelle religion et d'entretenir inviolablcment les édits de pacification ; la tranquillité du royaume en dépendait. « Dieu seul a jtuissance sur les consciences des hommes, (jui eux-inesnies ne l'ont point sur la leur propre, tanl s'en faut qu'ils la puissent avoirsur celles d'autrui.

32 IIÉPOASE 1)E CIIVKLtS IX (1570).

Sire, estimez toujours que ceux qui vous conseilleront d'observer ce que vous avez promis par vos édits de pacification, vous seront fidèlessubjects et serviteurs, bons voisins et amis. » Kt Charles IX, après avoir ouï trancjuillemcnt la susdite harangue, répondit : « Je prends en fort bonne part les, sages et prudens recors que mcsseigneurs les électeurs et princes me font faire touchant mes édicts de pacification; je n'ai rien tant à cœur en ce monde qu'à conserver la paix, union et repos entre messubjects; c'est le seul moyen de la prospérité des royaumes et Kstats. Chacun a pu voir comme j'ai bénigncment embras.sé mes subjerts qui ont montré l'envie de reconnaître leur devoir. Au surplus, je remercie bien affectueusement mesdits électeurs et princes de leurs bons conseils, et dictcs-leur que suivant les vestiges de mes ancestres et ma naturelle inclination, je les aime et estime autant qu'il est possible*. »

Après cette belle réponse, le roi députant le sieur de Schombcrg en Allemagne, lui donna charge de visiter de sa jtart M. le duc Auguste de Saxe, électeur du Saint-tmpire, « etdeluydire et asseurer sur les ofl'res qu'il lui faisoit, qu'il entreroit volontiers avec luy en amitié et intelligence défensive , «'omme aussi avec les autres grands princes de la Germanie, ses anciens amis, qui sont ceux «lu Palatinat, de Brandebourg, de

liii|>rim(' pur Pii-nc l.cioux . I")T1 ( limcliui"'' ).

INOCES ilO^.VlJ.S (ir)7(l). -.v-i

liriuisw irk, deWirltMiilx'ip,. le l;ui(l<^jra\e, et autres iissoî connus amis mutuels; Sa Majesl»'' laissant auilictéleclcur de Save la conduite de cette sainete intention, se réservant d'adviser plus tard à ses conseils. »

M. de Sehomberg , au retour de son vova{ife , ayant fait entendre le contenuci-dessus audit électeur, rapporta « l'avoir trouvé fort enclin et dis- ])0séa embrasser cette allairc d'ad'ectiou: il arrêta den faire Touverture à rassemblée des princes qui (knait avoir lieu au mois de septembre prochain. » Sur celle réponse , Charles IX expédia de nouveau M. de Schomberjj , avec charge de se rendre à ladite assemblée : « il présentera à l'éleeicur les lettres que Sa Majesté luy écrit , dans lesquelles elle le remercie de sa bonne affection , et le prie d'embrasser l'exécution de celte all'aire. M. de Schombcrg représentera de ])lus à l'électeur le désir que Sa .Uajeslé a que la chose s'effectue au mutuel contentement des uns et des autres*.»

Le conseil mil toute la pompe possible aux noces royales , afin d'éblouir les bons bourgeois disposés pour l'Kspagne et le parti callutliquc : « Madame la rovne Isabeau n estoit point hujjuenotc . mais elle vivoit dans le j)a\s de ccUe maudite hérésie. Le roy commanda a .M. le])revost de

' Mémoire hdille au sivuv de Schoinhcrtj . le 28 août 1.'>7I. — '»Iss. cJf ni'tlmnt- . vdl. lot. 8821, loi. iO.

3i FÈITS DE L'UOiEL-DK-MLLt (1570).

iiiulli|jller les festes. » Le 26 novembre , « Messieurs de la ville, accoinpafjiiés des eoiiseillers , quartenicrs et autres , furent en l'église ÎNostre- JJaiue assister à la grand'niesse pour l'heur du mariage, et après ladicle saincte-messe , furent lesdicts sieurs en l'Hostel-de-Ville, où estoit préparé le disner en la manière accoutumée en tel cas; et il avoit esté dressé devant ledict Hostel une grande pyramide de bois, haute, eslevée , pour faire feu de joie, auquel y avoit force fusée, de lances à feu ; et après disner , se trouvèrent en rilostel (IcIadicteNille, grande quantité de dames et damoiselles de bourgeois auxquelles fut donnée , environ vers les trois heures , une fort excellente collation de confitures , dragées , ])àtisserie3 de toute sorte , et autres choses en tel cas requises, avec instrumens et musique aussi fort excellente ; en même temps on faisoit allumer ledict feu de joie, tirer l'artillerie, et fut donné un muid de vin au peuple , (jui fut défoncé en ladite place de Grève ; on fit publier à haute voix certaines ])aroles resjouissantes , et les choses furent bien dcxtrement faictes et exécutées avec une grande joie du peuple qui par-là desmonstroit le contcnloment qu'il avoit de tel mariage *. »

Charles IX et la reine-mère ne se tenaient ]»lus «l'aise de j)arcillcs démonstrations, car ils crai-

• Keg. du rilolel-(lc-\illc , 1\, fnl. 21 il Tl.

ENTREE ROYALE (l.>:i). 35

{^naii'iit bien ropj>osilion des Parisiens; le ii déeeiubre, ils écri\ ireiit a la \ille: « >lessie>irs , a esté un l'orl grand plaisir pour nous d'avoir entendu la joie et allégresse que vous et vos bons concitoyens ontfaiete; ee nousa donné bien grand cuntenlenient. Et quant aux voleurs qui ont esté |)ris,jedésirequ'iisoitprocédéexemplairenient*. »

Kt lorsque Leurs Majestés firent leur entrée à Paris , le fi" jour de mars (loTl), les six eor[)s des marchands dépiitérent chacun» quatre personnes vestues de robes de velours de couleurs diverses et portoienl le ciel sur Sa Majesté le roy : et tout le long de la marche desdictes Majestés l'on voyoit arcs de trionq)he fort richement ornés ; à la porte »Saincl-Dcnis , par laquelle ladicle Majesté entra, fut faict un avant-portail a la rustique, d'onvra"^»? toscan , dédié à l'antique source et première origine des roys de France, fertilité et grandeur d'iceluy royaume invincible, et plusieurs autres peintures et architectures; mais ledict portail rustique estoit le plus grand qu'autre (ju'on cn>it veu par ci-devant, et ressembloii tout-a-laict au naturel a cause des herbes , limaces et lézards entrenieslés parmi, ce dont les spectateurs estoient en singulière admiration. »

« La roync estoit dans une licli<'re descouvcrir reveslue par dedans et dehors d'une toile d'ar-

• Rrg. rie IHolei de-Ville , l\. fol 23.

M FETKS POri'LvlKhS (1571).

gen( , et les mulets qui lu traisnoieiit estoicnt aussi tout cou\erts de toile (fargcnt ; ladicte rovne cstoit habillée de surcot d'hermine couvert de pierreries de très-grande , excellente et inestimable valeur , portant sur la teste une couronne d'or enrichie d'infinies perles et pierreries très-exquises, curieusement appliquées. Va Messieurs , frères du roy , estoient bien richement habillés et montés sur grands chevaux d'Espagne , superbement enharnachés. Messieurs de la Ville firent plusieurs belles et notables harangues ; ils firent présent à la royne d'un bufifet d'argent vermeil doré, ciselé, de grande valeur pour l'excellence de l'ouvrage et beauté des histoires dont il cstoit orné ; puis le roy , Messieurs ses irères, et autres seigneurs , furent au bal qui estoit fort magnifique ; ensuite passèrent tousavec la royne en la salle prochaine où estoit la collation, et cette collation estoit bien merveilleuse par le nombre infini de toutes sortes déconfitures sèches et li(iuides , diversité de dragées , massepains , biscuits , et autres singularités qui y estoient ; n'y a sorte de fruits qui se puisse trouver au monde , en quelque saison que ce soit , qui ne fust la, avec un ])lat de toute viande , de poissons, le tout de sucre si bien ressemblant le naturel que plusieurs y furent trompés, nicsmc lesplats rsloient faicis de sucre *. »

• Registre du rHotel-ae-MlIr, l\. f.il. lOfi a I6tt. l/oi-

Page 1