BB DÉPÊCHE DF. SMITII
lasmcs (les affaires de la royne d'Ecosse et des conspirations qui se laisoicnt tous les jours contre Sa 31ajesté à cause d'elle. Sur ([uoy elle me dit : « Mon Dieu , vostrc raaistresse ne voit-elle pas bien qu'elle ne sera jamais en repos qu'elle ne soit mariée? Si cela estoit faict, qui est-ce qui oseroit entreprendre (iuel([ue chose contre elle ?
Kn vérité , Madame , lui respondis-je , je crois
que si elle estoit une fois mariée , tous ceux qui ont en Angleterre quelque mauvaise volonté, perdroient courage , et si elle a\ oit enfans, toutes les prétentions de la royne d'Ecosse et de tant d'autres s'évanouiroient. — Je ne doute point , dit-elle , qu'elle n'en puisse avoir cinq ou six. — Plust à Dieu, respondis-je, que nous en eussions ,in ! — Non, dit-elle, il faut au moins deux garçons, afin que s"il en meurt un , il en demeure un autre , et trois ou quatre filles pour faire alliance avec d'autres princes et fortifier son rovaume. — Vous crovez donc, Madame , lui disje, <{ue M. le duc iroit bien viste. «Elle se prit .i rire , et me dit : « Je le désire infiniment, et suis ]»ersuadée que j'en verroisde mon vivant du moins trois ou quatre. Mais ])uis(ju'elle a eu agréable mon fils d'Anjou, comme vous me l'avez dit , po»ir(juoi celui-ci ne lui j)lairoit-il jias, qui est de mesine famille , de mesmc j)èrect de mesme mère, et (jui n'est pas moins vigoureux et gaillard que lui . et peut-être plus? La barbe commence a lui
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venir , et je lui dis dernièreiueiit que j'en cstois Ijuschéc, parce que je crains qu'il ne soit j)as si f[raiul (jue ses frères. — Madame, dis-jc, les hommes ont accoutume de eroistre à son àjje , la barbe n'y laid rien. — Il n'est j)as si petit, dit-elle; il est aussi haut (jue vous, ou peu s'en faut. — Cela ne m'cndiarrassc pas. Madame; et je voudrois ({u'à cela près il jmst plaire à la royne ma maisircsse; car Pcpin-le-Href, qui cspousa Kerlhe , estoit si ]>etit en comparaison d'elle, qu'il ne lui alloit pas jusques à la ceinture ; cependant il en eut (]hailema[jne , ([ui estoit, à ce qu'on dit, un géant; et Bertrand du Guesclin, (Iciiil \ous i'ailes tant de cas, n'a\oit pas plus de <jualre [)ieds de haut. — 11 est vrai, dit-elle, c'est le cœur et le courage qu'il faut considérer en un homme. Mais n'avezvous point quehjue marque de l'alfection de la royne? ne sauriez-vous me donner quchjue espérance ? — ]\on , je vous asseure , Madame , ear mes lettres sont du jour d'avant (jue noire courrier est parti d'ici avec nos despcsches. Cette jouruée-là se passa de la sorte entre la roync-mèrc et moi. Tout le monde .sçait <{ue nous souhaitons à S.i Majesté une entière félicité; (jue son mariage et des enfnns .sont les plus grandes asseurances <le bonheur pour elle et de grandeur pour le royaume. Mais .s«'avoir où et à qui ? C'est ce (jue je remets, quanta moi, au jugement de Sa Majesté *. »
*• Despcsches secrètes escriJcs de Blois, le 22 mars 1571 . -
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Ces nc'golîiations pour le niariafje tl'Klisabctli se continuèrent ])cnilant tout le {vouvcrnenient des calvinistes à Blois ; suspendues par la catastrophe de la Saint-lîarthéleniy, elles furent ensuite reprises avec des circonstances curieuses encore, et qui retrouveront leur })laee.
L'action des huguenots dans le conseil s'étendait sur toiis les points de la France. Les évangélistes ardens , si portés à se ])laindre, à criera la ])ersécutlon , avouaient (ju'ils étaient depuis <[uelquetenips favorablement traités; le ministre Toussaint écrit à la duchesse de Ferrare : « Madame, maintenant, il nous semble que le Seigneur no.stre Dieu nous regarde d'un meilleur œil et veut sur ce printemps faire reverdir Testât de nostrc Kglise qui cstoit connue tout mort. Car il a plu à la majesté de notre roy faire tant de conunandemcns à ceux de Orléans de nous laisser j)aisiblclucnt en ce lieu jouir de l'exercice de nostrc religion , que ce peuple tant séditieux commence un peu à s'apprivoiser. De sorte que nous avons fai(!t la cène par deux dimanches en bien grande compagnie, et csjjère que désormais les lundi je pourrai ([uchiucfois aller à Montargis vous rendre le très-luiinl)!c service ({uc je vous dois*. »
Tous les ordres (jui partaient du conseil étaient eiiqircints de cet esprit de modération. Le 4 mai
• lôaMil l572,iiiss.dcBclhuiic, vol. cot. 8739, foi. 114,
MESURES rOlR LA PACIFICATION (1572). 89
lo72, une lettre de Charles IX , adressée ;i M. d"Huinière , lui prescrivait très-e\j)resséinent • do l'aire observer l'édit de pacificaticm plus (juc jamais ou taisant l'aire de tous ceux (pu y contre- \ iendront telle et si rigoureuse punition, sans aucune acception de personne ni de religion, qu'elle serve d'exemple , et garde les autres de tomber en semblables fautes *. »
Une ordonnance du roi portait « injonction à tous subjects de vivre en amitié les uns avec les autres, et défenses très-expresses de renouveler les querelles passées ni en faire de nouvelles, tirer d'aucune ar([uebiise , pistolcs ni pistolet, se itattre ni desgaisner l'espée en querelles sur peine de la vie **. » Ces actes étaient trop coordonnés dans un intérêt de paix religieuse pour (}u'on puisse croire qu'ils tenaient à une conjuration contre les huguenots. Quand un projet est formé contre un parti puissant . il n'v a pas ce silence absolu; mille imprudences servent de révélations, l.a multitude ne conspire pas; elle va sur la [)lace jtublique , secoue dans le sjing les ennemis qu'elle ;> ]»ros(rits, et voila ses complots. La conduite du conseil s'expliquait seule; il n'avait pas d'arricrepcnsée. Abandonnéspar les calboliques, Charles IX et sa mère se jetaient un moment dans les bras
• Mss. de Béllumc , vol. col. 8700 , fol. 43. •' Paris, inipiim. par Ficdéric More! , 157'-.