ARRIVÉE DE LA REHE 1)E NAVARRE
avec Mar{jiierite, les ministres hiijyuenots avaient ('•{jalenient entouré la reine de INavarre et réchandinent son zèle. Pouvait-eilc consentir à ce iuaria<i;e inixle ? I\'était-il ])as à craindre (jue son fils se laissât dominer par l'aduIatioTi et les sentimcns papisliques ? il y avait eu plusieurs synodes; le principal s'était réuni à La Rochelle, sous la présidence de Bèze *; les théolojjicns de Genève et de la réforme se montraient aussi scrupuleux (lue les docteurs romains. Au milieu de ces ditticultes, Charles IX pressait plus que jamais la célébration des épou.sailles; il écrivait lettres sur lettres à la reine de JNavarre pour la j)rier de a cnir en personne traiter avec lui. Knlin , au mois de mars 1372, la fervente Jeanne partit de La Rochelle et se rendit à IJlois. Son cortégfc sévère brillait néanmoins de l'éclat des vieilles armures , des casques d'acier , des arcjuebuses brunies. Après le.s {rentilshommes du Béarn venait bon nombre de ministres huguenots , en robes noires et traînantes, petit collet sous leur large chapeau. Jeanne lut
' • Recueil des sviiodes des Églises de France, contenant les actes , les dccreLs , les canuns de ces grands synodes , par Jean de Quick, ministre. Londres , \d\)'.i, in-fol. 2. ^ol. ■> — Voici la date des synodes calvinistes jusqu'il celui de La Rochelle : Paris , 1559; Poitiers, 1560 ; Orléans, 15fi2; Lyon, 1563; 2'" Paris, 1565, Verleuil , 1507 . La Kochell--. 1571 ; ISisines, 1572.
80 rOlKrAKLERS POUR LE MARIAGE (1572).
accueillie avec les mêmes jiompcs que l'aïuiral Coligny ; le roi ne l'appela (juc du nom de sa bonne larite ; Catherine se montra plus aimable et plus séduisante encore. Quand les discussions s'ouvrirent sur les nopces , trois points furent agités : « Adviscr aux articles des esj)0usailles , aux cérémonies (jui y seroicnt faites , et au lieu où se eélébreroit ce mariage. Quant au lieu , le roy vouloit que ce fust à Paris , alléguant qu'on avoit accoutumé de faire les nopces des filles de roys en la \ ille capitale du royaume , et qu'il ne vouloit que cette coutume fust changée; qu'il entendoit que le principal lieu de France fust le théâtre où l'on vist l'affection qu'il avoit à la paix. La royne de Navarre débattit (juelquc temps sur ce point , sçachant quelle ville est Paris; mais oyanttant de sermens et protestations du roy, elle se laissa aller en cet article. Quant à l'autre touchant les cérémonies , elle qui esloit fort aflectionnée à la religion , déclaroit qu'elle ne permettroit point que son fils fust marié à la mode de l'Eglise romaine; d'autre part , la roync-mcrc faisoit une ])rotcstation contraire, tellement (jue ces dames ([ui cstoicnt d'accord du mariage, estrivèrent quelque temps sur ces cérémonies. Le roy commença à prier la royne de Navarre (qu'il appcloit sa tante) avec infinies révérences, qu'elle lui fist ce bien et à M"'" Marguerite , que le mariage fust solennisé selon les cérémonies reçues entre leurs pré-
CONTRIT DE MARlvr.E (1572). 81
(Irresscurs, et qu'elle ne refusast ce point a la iiinjesté (lu roy de France. La royiie de Navarre s'cxcusoit hardiment : au moyen de quoi le roy , jurant en sa manière accoutumée, déclara haut et clair (ju'il donncroit dispense à son beau-1'rère cl à sa sœur de toutes les lois du pape et de la relijrion , et qu'il les secoueroit plutôt (jue de laisser ce mariage imparfait *. • Les articles qui furent conclus étaient rég-lés avec une exactitude et un soin (jui ne permettent pas de croire à une arrière-pensée : • Le roy constituoit en dot à madame sa sœur trois cent mille escus d'or soleil; moyennant celle somme , elle renonceroit à tous ses droits successifs , paternels et maternels , au profit de sondit frère. Ce|)endant, vu l'incommodité des tenq)s , on ne pouvoit pas donner laditte somme en argent comptant ; elle se feroit en achat de rentes sur la ville de Paris, duquel revenu laditte dame jouira. La royne-mère , pour li' singulier amour qu'elle portoit à madame s;i (ille , lui donnoit deux cent mille livres tournois; .Monsieur et .M. le Dur donnoient chacun vingt-cinij mille livres; il y auroit communauté de biens eîilre les espousés : au cas de décès de l'un d'eux, le survivant auroit le gouvernement et administration des biens et enfans jusqu'à ce que lesdlts
* • Ponrparler de mariage entre le prince de Navarre et la sœur du roy , 1572. • ( Urochure imprimée a Dlois.)
ë2 CONTRAT DE MARTAGE (1572).
enrans soient parvenus en âge, les fils de dix-huit ans et les filles de ([uinze; ledit sieur prince de Navarre douera laditte dame de ([uarante mille livres de rentes pour en jouir par elle sa vie durant. 11 est remis au bon vouloir de la royne de Navarre et dudit sieur prince de donner en faveur de ce mariage les bagues et joyauv de telle qualité et pour le prix ([u'il leur plaira. Kn laveur de ces nopces laditte royne déclarera monsieur son fils son héritier universel , car autrement l'union ne se feroit. Le premier fils né dudit sieur prince et de ladicte dame sera déclaré héritier universel , et au cas (jue le premier fils mourust sans enfans , sera à l'autre j)lus aisné d'âge ainsi consécutivement de fils en fils , et, en dél'aut de niasles, sera mesmc chose aux filles. La royne de \avarre donneroit à son fils l'usufruit et joui.ssance du comté d'Armagnac , et lui remettra les douze mille livres de douaire qu'elle a sur divers bien.s. M. le cardinal de Bourbon , en faveur dudict mariage et pour raftection qu'il porte à M. le prince, son nepveu , confirmera au profit dudict sieur prince les renonciations des successions paternclleset maternelles ci-devant par lui faites en faveur du défunt roy de Navarre *. ■ Ainsi se terminait
* « Arliclc (Ui pniirparlcrtiu inarinj^c d'cnirc inonseigni-nr le prince de !Na\arr(' , et de la sn-iir du roy de France , le 11° d'avril 1572. >> Bordeaux, iinprim. par Pierre de Ladime. 1572.
LE DUC D'ALOÇON ET ELISAHETH (1572). 83
1.1 grande alliance de la chevalerie provinciale avec la couronne des \alois.
On a dit les causes qui s'étaient opposées au mariage du duc d'Anjou avec la reine Elisabeth d'Angleterre : les négociations ne furent point abiindonnées, car le parti huguenot v mettait trop d'importance; et comme alors il connnençait à entourer le duc d'Alencon , ce fut à ce prince (|u'il destina la reine protectrice de l'hérésie. François d'Alencon n'avait que dix-huit ans; on le jetait dans les bras d'une princesse vieillie déjà; il était petit, grêle, d'une peau trcs-brunc ; et sa mcre n'aimait pas le petit maurico *. Mais les huguenots le poussaient de toutes leurs forces; Catlicrinc s'ouvrit a lilois de ce mariage avec Smith, {)remier secrétaire d'Ktat d'Klisibeth. Une dépêche de Smith est adressée à mylord Burlcigh : « Ne savez-vous point, me dit la royne-mère, si ma bonne cousine Klisabeth agréeroit le niariage avec
' Calheriiie écrivait au duc de f.uisc : «Je suis ce malin I■e^CIlue d'Aniboise , où j'ai vu un petit maurico qui n'est que guerre et que lempeste en son cerveau. Il se porte Irès-bien et sa sœur aussi. Pour le chasteau , je |)uis \ous asscurer «[ue (iMicoiu|ue y sera n'en sortira pas sans rr>n[^é , tant pour rstre la place très-bonne que pour la fortification que j'y ay foict faire. Je crois qu'il n'y a lieu en France on M. le prince puisse eslrc mieux ni plus seurcmenl. > — Mémoires du duc de ."Ncvers ; in-fol. ëdil. de l(>G5,t. i,p. 70.
84 C\TllKlU?iE DE Ml^DlClS ET SMITIl (1571).
mon fils le (lue d'Alcnron ? — Madame , lui dis-jc, vous me cojrnoisscz depuis long-temps; à moins que j'aye de bons ordres, je ne puis rien asseurer à Yostre Majesté. — Je ne vois pas, me dit-elle , où elle se peut marier ])lus advanta{i[eusement, si elle en a la volonté; et quoique en qualité de mère je puisse sembler suspecte, je vous dirai pourtant que le fils de l'empereur et don Juan d'Autriche sont l'un et l'autre au-dessous de mon fils, et plus petits de taille de beaucoup. Si elle eTi a envie , c'est dommage qu'elle perde dadvantage de temps. — Madame, lui respondis-je , si Dieu vouloit qu'elle se mariast et qu'elle eust des enfans, toutes les brouilleries et trahisons s'évanouiroient bientost ; et pourvu qu'elle en eust un de monsieur le duc d'Alcncon, je ne me soucierois que vous eussiez ici la royne d'Kcosse, car vous auriez en ce cas-là autant d'inlérest à la conservation de la royne nostre maistresse que nousmesmes. — Il est vrai , dit-elle , et je ne vois pas comment l'amitié qui est entre nous pourra se conserver sans ce mariage, ou si elle se marie ailleurs. — Il est vrai, Madame, lui re.spondis-je, que les amitiés scellées j>ar le mariage sont de plus longue durée et plus heureuses , quand Dieu les bénit, que celles ([ui ne sont que de cire. Néanmoins toutes les alliances ne sont pas accompagnées de mariage comme sera celle-c.y , s'il plaist à Dieu. — Je voudrois qu'elle le fusl , dit-
DKPKCHE DE SMlTIl (157!)- 85
L'Ile, et si cela cstoit , je passerois la mer i)Our la voir, car c'est la chose du momie ([ue je souhaite le plus. — Madame , lui respondis-je , si j'avois à présent une aussi ample commission ])our M. d'Alençon que je l'ai eue autrefois pour 3Ionsieur , la chose seroit bientôt terminée. — Je voudrois que vous l'eussiez , respartit-elle ; et si on vous la donnoit (juand vous serez en An{;leterre , ne voutlriez-vous pas repasser la mer pour la venir exécuter ? — Quehiue malade que je pusse cstre , Madame, je la repasserois avec joie ])Our une si bonne tLMn re. — Alors M. Walsinj^ham lui dit : Asseuréinent . Madame , ce n'a pas esté la rdij^ion (jiiia faict maïupier le mariage de Monsieur, mais qiiehjnc autre chose. — Point du tout, dict-elle, il ne m'a jamais tesmoi{ifné qu'il y ait d'autres raisons (jui l'eti aient euq>esché. — Je vous asseure , Jladaujc, repartit M. Walsinjjham , que j'ai bien de la peine à le croire ; car à IJhns . il y estoit si bien disposé, (ju'il ne me paroissoit ])lus satisfait que quand il parloit de la royne ma niaistresse ; et cela paroissoit en ses paroles, en ses actions; mais tout cela chan|;ca aussilost (|u'il vint à Paris. — Il est vrai , dit-elle, .M. rAud)assadeur , et cela nie surjiril estran<;ement ; néanmoins des IJlois , quoicpTil parust .satisfait des autres choses, il avoil un peu de répugnance pour le faict de la religion; mais ce n'cstoit rien en comparaison de ce (jui est arrivé dejjuis. » Après cela nous par- III. 8