CHARLES IX AVOUE LES MASSACRES
uc .soiile\t' mes siijt'ls les uns fonlre 1rs autres , et ne fasse {jraiid massacre par les villes de iiioii rovauine, de quoi j'aurois un nierveilleuv rejrrel, je vous ])ric do faire publier et entendre que chacun ait a deniourer en repos et seureté en sa maison , faisant observer et soigneusement garder nostre édict de pacification à ces fins, le((uel je veux cslre entrenu autant (jue jamais, ainsi que fais scavoir par tous les eiulroits d(î mon royaume *. » Catherine de Médicis adressa de semblables lettres aux gouverneurs, afin de montrer (ju'elie partageait les douleurs de son fils sur les evénemens de Paris.
Mais le roi était dépassé ; il fallait se mettre à la tète du mouvement si on ne voulait être emporté par lui. Le due de Guise était tout-à-fait d'accord avec le peuj)Ic ; les capitaines des gardes en permanence corrcspoiulaient avec lui ; si Charles I\ restait en arrière, il y a^ait un gouvernement ((ui se substituait aux Valois. Catherine lui en fit l'observation le soir dans tin conseil privé. « \oulez-vous (jue MM. de Gui.se deviennent roys de France ? » On résolut (jue Charles IX se jetterait entièrement dans le jiarti catboliijue , et qu'il considérerait comme son propre ouvrage tout ce qui avait été accompli par le peujde, les capitaines des ([uartiers et la garde bourgeoise,
' rorlcfcuilles loiilumuu , n" 324, 325, 326.
^■fi
188 POPULARITE DU IlOI (1572). I
Ce lïit le leiideinaiii 26 août que Charles IX se |>roiionra contre les htij^ueiiots *; et chose triste dans rhistoire,le jeune roi ne jut jamais si populaire que ce jour-là : il se promena dans Paris suivi d'une cour brillante au milieu des morts, comme pour applaudir à ce qui avait été fait; il alla visiter Montfaucon , et insulta par des plaisanteries de loi de cour, au cadavre de l'amiral pendu par une ciiisse au\ fourches patibulaires. Ces insultes contre les cadavres entraient dans les mœurs du temps; et Brantôme a ouï dire par les damoiselles de Catherine « que les dames de la suite du roy considéroient toutes les parties du corps des gentilshommes huguenots , et jugeoient par certains objets quelle étoit leur force au jeu d'amour **. » Charles 1\ fit dans celte journée tout ce qui j)ouvait grandir sa popularité. « Au cimetière des Saincls-lnnO('ens il y avoit une aubespine déjà desséchéa par la chaleur d'esté; tout à coup dans les deux premières journées de la Sainct-Barthélemy , elle développe et déployé
• Je n'ai trouvé que dans le pamphlet huguenot de VEstal de France sous Châties f.\ , (juc ee prince ait tiré du fameux balcon sur les huguenots ; ce balcon même, que l'on montre encore aujourd'hui , n'exislait pas. Je m'en suis assuré par l'inspcclion d'un plan du Louvre à cette époque et l'opinion des gens compétens.
*• Reamôme, t. i\.
LKTTRFS V LKTK V>T.F.R (1572). 18'J
SCS fleurs brillantes ; les bourf^cois, les conCrérics «•rii'iit ail inirarle: Jésus et la Vierjye approuvent la tuerie des hérétiques; le t;uulK)ur )>at , le ciMU'tière s'emplit de compagnies bourjjeoises, (b?s confréries de pénitens , et le roy vient visiter ladite belle aubespine et s'afyenouiller en procession devant elle et les saincts tombeaux *. »
Cependant Charles IX avait des alliances panni les huguenots à l'étranger; l'ellet produit par l;i Saint-llarthéleniy devait être hrus(jue, impétucuv, et pouvait entraîner la rupture subite de ces rapjtorts si iniportans a ménager. Nombre de (-(îurriers furent expédiés avec des lettres ;» la répuliliijue des Sui.s.ses , à la reine d'Angleterre, ;» plusieurs des ])rinees d'Allemagne; toutes contenaient un désaveu complet de ce qui s'était fait par le peuple et le du<; de Cuise. L'Allemagne surtout . (jui avait manifesté tant de joie lors de la ]»aix (le loTO, l'Allemagne (jui protégeait si intimement ses coreligionnaires, comment recevrait-elle cette triste nouvelle ?
Charles 1\ connaissait celte position difficile^ et des instructions furent envoyées à M.deSchomberg en forme de Mémoire. Le roi ra|ipclait aux princes la prompte justice (ju'il avait faite lors do l'arquebusiulc advenue à l'admirai : « Ledict admirai et gentilshommes de la nouvelle religion
' Juunial de Henri III, 1572, \t. 55.
l'JO INOTES AUX PRIISCES D'VLLKM.VGJiE (1572).
ses adhérens qui estoicnf près de lui ont eu occasion désire «ontens dudict bon ordre pour le tenir en sûreté en sa maison , et eiupcseher ([uo ses lualveillans et le peuple de Paris pour beaucoup de respects particuliers assez cognus à un ehascun mal afl'ccté envers lui, ne lui fissent aucune offense ; ce néanmoins il s'est descouvert (jue luy et les autres gentilshommes de la nouvelle religion qui cstoient en assez bon nombre en ceste ville , avoient machiné une entreprise et conspiration pour s'attacher à Sa Majesté, la royne sa mère et messeigneurs ses frères qu'ils vouloieut mettre à mort ; ainsi que leclict admirai , Téligny, La Rochefoucauld, avant que de mourir, l'ont confessé. De quoy advertie, Sadicte iMajesté, pour se garantir d'un danger qui luy estoit tout certain, à la royne sa mère et à messeigneurs ses frères, a esté coutraincte de lascher la main â messieurs de la maison de Guise, qui le "tLi" de ce mois d'aoust, avec (|uel(iue j)etit nombre de soldats, ont tué ledict admirai et quelques autres gentilshommes de sa faction, s'estant l'esmotion grandement accrue parmi le peuple aigri de voir ainsi Leurs dictes Majestés obligées de se cacher pour sauver leur vie , et a evercé grande violence sur veux. de la nouvelle religion (jui ont est<; tués; ce qui est advenu au grand regret de Sa Majesté. De quoi elle a bien \oulu prévenir Icsdicis princes, afin qu'ils sçachcnt à la vérité comme les choses sont
?!OTî:s aux ca>'to>'s suissrs (1572). ivti
pas.^écs, dont elle ne veut rien dt'guiser comme à SCS jiliis priiiciftatix et chers amis. M. de Schomborj; asseiirora auxdicts princes , de la part de Sa Majesté, qu'en ce qui est ainsi advenu il n'est point (juestion du faiet de la religion ni de la roni[)ture de lesdiet de pacification, mais seulement de la malheureuse conspiration faictc contre leurs personnes et cognue par tant de certains indices que l'on ne pouvoit tarder à y pourvoir. EtSa Majesté prie les susdicls ]»rinces d'ajouter foi à ce que elle leur faict sçavoir présentement de de ce faiet. et resfutcr ce qui leur en seroit dict au contraire ])our mensonge et calomnie , n'ayant autre volonté (pie de continuer tousjours en leur bonne amitié et intelligence, la sincère affection qu'elle leur porte connue à ses plus bons et parfaiots amis *. »
Cette interprétation donnée par le roi aux causes delà Saint-Harihélemy avait son côté d'exagération et d'habileté, mais elle était vraisemblable. Il V avait dans ce triste événement haine de famille , émotion |»opulaire que l'autorité rovale n'avait pu dominer. Charles IX écrivait également .à M. de La Fontaine, son ambas-
' . Mémoire envoyé par le rny au sieur de Schombcrg , estant de la part de sa Majesté >ers les princes de la GerlUiinir, pour faire entendre auxdicts princes sur la mort de ladmiral. ■ Vss de Btlhuuc, \o\. eut. 868 i. fol. 02.