‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 67 sur 113 · CATHERINE A PHILIPPE II · texte numérisé non relu

CATHERINE A PHILIPPE II

laquelle amitié je ne doute pas la faire cognoislre à Yostre Majesté par tous les bons offices que avons pu, comme je m'assure qu'il paroist pour le succès qu'a le duc d'Albe en vos affaires de Flandre, de quoi sentons le mesme contentement que si c'estoit pour nous-mcsmc, et eussions désiré qu'il eust eu encore plus de moyens, afin que plus aisément les autres places se fussent conformées à vos volontés , et que le bon traitement qu'il a faict à ceux de Monsieur et les gens qu'il avoit avec lui , ne fasse croistre le courage aux gens qui sont aux autres places; car Vostre Majesté n'aura jamais tant de prospérité que je lui désire.

Catherine.

» P. S. Je ne veux oublier, pour le plaisir que je m'asseure que Vostre Majesté recevra , de lui dire comment Dieu a faict la grâce à mon fils le roi de Navarre d'estre remis en nostre religion *. »

Et cette conversion du roi de Navarre et du prince de Condé préoccupait le roi d'Espagne , dont la pensée puissante, invariable était de tout ramener à la foi catholique, base de l'unité de son pouvoir. Il écrivait encore , le 29 octobre, à don Diego de Çuniga : • Donncz-moy des détails bien circonstanciés sur tout ce qui se passe.

' ArcJiivrsiic Simancas, cot. D 34^"".

LA S.-n.\KTIlÉLLU\ \ UOAlt (lô72). li'.î

Knivez-moi si les i)rinccs de Brarn et de Condé poursuivent leur eonvcrsioii ; si partout on exécute le chastinient des lauj^uenots : donnezmoi toujours ces particularités, car c'est chose importante au service de Dieu et de la religion *. » Pour Philippe II , c'était un grand coup politique que la Saint-Larthélemy. Désormais ses provinces de Flandre n'étaient et ne pouvaient être secourues : le duc d'AIbe allait dompter les rebelles des Pays-Bas en pleine sûreté , sans craindre les projets et les sourdes conjurations de Coligny et des huguenots.

Les mêmes intérêts se produisaient à Rome, où la nouvelle de la Saint-Barlhélcmy fut accueillie avec des acclamations enthousiastes. Grégoire XIII en exprima toute sa joie dans une lettre adressée au roi Charles IX et à Catherine sa mère; il les félicite d'avoir servi la foi du Christ en secouant l'adreuse hérésie. Le cardinal de Lorraine était parti pour Rome, à l'époque de la haute puissance du gouvernement calviniste; expression du parti catholique, il y représentait ses intérêts luenacés en France par les conseils de Coligny. Quand donc les huguenots eurent péri par la tuerie, les Guise expédièrent un (courrier au cardinal; et» le légat du pape qui estoit en France

* Archives de Simancas , rot. B. ;î4"', lellrc fin "2 octobre 1572.

242 LA S. MllTIlELEMY \ ROME (1572).

y donna tel ordre que le 6® jour de septembre les lettres que ce léj^at du pape avait escrites furent lues, de matin, en l'assemblée et conseil du pape et des cardinaux ; on y sçut que l'admirai et les huguenots avoient esté tués du vouloir et consentement exprès du roi; et pour ce, fut arresté en ce même conseil que le pape avec les cardinaux s'en iroient tout droit de là en l'église Saint- Marc , pour rendre grâces solennelles à Dieu, très-bon et très-grand , d'un tel bien qu'il avoit faict au siège de Rome et à toute la ebrestienté. » Le cardinal de Lorraine récompensa d'un don de mille écus romains le courrier haletant qui porta cette grande nouvelle. Un légat spécial , le cardinal des Ursins , fut chargé des hautes félicitations, comme le marquis d'Ayamonte l'avait été pour l'Espagne. « Le soir venu , à Rome en signe de grande liesse et resjouissance , on tira force coups de canon du chasteau Saint-Ange et par toute la ville; les François entre autres firent çà et là feux de joie; brief , on ne laissa rien de tout ce qu'on a accoutumé de faire quand on a reçu nouvelle de la plus grande victoire que l'Kglise romaine pourroit avoir de ses ennemis *. » Les instructions secrètes du cardinal des Ursins portaient « de faire instance pour que le concile de Trente fust reçu dans le royaume. Il traitera du

• De l'Fstîit (le France sous Charles IX, t. i.

L\ S.-B\KTIlLLL)n A llOUt (1372). 243

niariafje «le Monsieur avec* une fille d'Espajyiie. (À'peiulaiit il n'en parlera pas comme d'une chose certaine el désirée ; il tâchera seulement de savoir il quelles conditions on le pourroit l'aire; il répondra à Sa Saincteté afin qu'elle-mesme le fasse entendre en Espagne. Et , trouvant bonnes dis[)ositions en Leurs Majestés , il proposera de mettre l'inquisition en France. 11 cherchera à introduire parfaicte iiilcllif[cncc entre Sa Majesté et le roi d'l".spaf[ne ; et il tachera avec fine persuasion d'esloigner le roy llenri 111 des Allemands et des Auglois *. »

« Le 8" de septembre qu'on célèbre la nativité de la Vierge Marie, les Français firent une procession avec fort grande solennité à l'église Saint- Louis, où la plupart de la noblesse et du peuple de Rome se trouva. Les chambriers de dehors les murailles , ([ui sont les évéques, marchaient devant le papeet puis les cardinaux aussi chandjriers; après ceux-ci la garde des Suisses , les ambassadeurs des rois et princes , et le pape suivait ayant à ses côtés les cardinaux du 3Iotit et d'Kst; l'ambassadeur del'empercur portait la queue dupape, pour l'honneur (jui se fait à rem])ereur par-dessus tous les autres ; la cavalerie de chevau-légcrs tenait le dernier rang. Après (ju'ils furent arrivés en tel ordre à l'église Saint-Louis , la messe fut

.Vrchivcs de Simaiicns , col. n 34

244 LA S.-B\UTHÉLLMÏ A HOME (1572).

célébrée solennellement par un cardinal , l'église parée fort niagnifi(juenicnt ; le cardinal de Lorraine fit attacher aux plus grandes portes de ladite église des lettres qui contenaient ce qui s'ensuit : « A Dieu , très-bon et très-grand ; à très-heureux père Grégoire, pape XIIT de ce nom , et au collège sacré des cardinaux trèsillustres , au sénat et au peuple romain ; Charles IX^ , roy de France très-chrestien , enflambé de zèle pour le Seigneur Dieu des armées, soudainement comme un ange persécuteur envoyé divinement, ayant par certaines occasions exterminé quasi tous les hérétiques de son royaume et ses ennemis; pour souvenance perpétuelle d'un si grand bénéfice, estant rempli maintenant d'une liesse solide et parfaicte, pour ce qu'elle est advenue au commencement du pontificat de trèsheureux père Grégoire Xlir ; dénonce et signifie pour certain le restablissement des affaires ecclésiastiques et une vigueur et fleur de la religion , qui s'en alloit en décadence et comme flétrie ; pour ce grand bénéfice estant conjoinct aujourd'huy avec vous par prières très-ardentes , absent de corps et présent d'esprit, rend grâces trèsgrandes à Dieu très-bon et très-grand , icy en l'église Sainct-Louisson prédécesseur , supplie trèshumblement sa bonté (j[ue ceste espérance ne le trompe point, (iharles, du titre Sainct-ApoUinaire, j»restre de la saiucte l'.glise romaine, cardinal

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