‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 79 sur 113 · EFFORTS DU PARTI CALVINISTE. — CONJURATION POUR LE DUC D'ALENÇON · texte numérisé non relu

EFFORTS DU PARTI CALVINISTE. — CONJURATION POUR LE DUC D'ALENÇON

(>)iitiiiiniii()i) de la résislaiice niililaiic. — Tiers parti. — Le maréchal Dannille. — Kapprocheniciil avec les calvinistes. — 1,1- (lue cl'Alern;oii. — .Maladie du mi. — Les jours gras sous Charles IX. — La Môle et Oocouiias.

Le parti calviniste n'avait point déposé les armes; partout nirnie <|iM']([ues heureux ehanjjenieris s'étaient ojK'rés en .sa laveur. Les eU'orts des callioliiiues dsnaut La llcelielie a\aicnt été^ains:

SIÈGE UK LA KOLlIKLLi; (lâ7;i). 293

r;>lt;ujuo . ])oussr(' avec iiiollcsse. .nait in"Ovo((ué «me (lelViise prodi'jieusc. Le duc d'Anjou n'avait jioint retrouvé sa jeune ardeur de la victoire; il s'était vaillamment comporté , car il avait reçu deu\ coups d'arquebusade en allant reconnaître l'ouvrage d'une sape; l'un l'avait atteint à la main, l'autre au col ; grâce à Dieu il n'avait eu que la peau un peu froissée *; mais il ne déployait plus

* Cliarlcs I\ s'empressa de donner a\is de cet é%éiicnieiil a sn bonne ville de I^ris : >• C'est simplement deux coups de mousquets, écrivait-il , un au coi, l'autre à la main , ipii ne font qu'cfllfurer la peau. • Mss. de (Jolbert , vol. ctLii, in - fol. pa[;. '297. Les gouverneurs des provinces furent t'jjalement avertis. Cliarles IX écrivait au maréchal Damville et à M. de Matignon : « Je vous fais ce mot de lettre pour vous dire que dimanche dernier comme mon frère le roi de Pologne alloit recogiioisfre l'ouvrage d'une sape «pi'il faisoit faire a un endroit des murailles de la Roclielle, il lui fut tiré deux coujis d'arquebusade , dont l'un l'atteignit au col , et l'autre en la main ; mais grâce a Dieu il n'eut demeuré offensé de l'un ni de l'autre , ayant seulement la peau un peu froissée, dont j'ai grande occasion du louer Dieu de l'avoir ainsi miraculeusement préservé, et qu'il soit aujourd'hui en la même bonne santé que si la chose n'estoit pas advenue. De «(Uoi j'ai estimé bien requis de vous adverlir , de peur que si l'on faisoit courir aulre bruit de mondict frère . vous ne le croye?, : car ce que je vous mande est la pure vérité , et la laites cnlendre a un chascun comme elle est ci-dessus. » Mss. de Béthune , Aol. cot. 8754, fol. 73 , et vol. 870*2 , fol. 132.

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cette activitéde capitaine si remarquée aux champs de {juerrc. Catherine relevait son courage fatigué : elle lui écrivait cette belle exhortation : « Mon fils, j'ai reçu vos lettres et l'espérance que avez que bientost vous manderez de bonnes nouvelles ; Dieu le veuille par sa grâce ; par sa grâce avez votre conservation et de vos frères et de tous les gens de bien. Le roy vous mande son intention, en cas que auriez pris La Rochelle par force ou par composition , à quoi je vous prie vous résoudre et j)rendre cette sûreté de moy ; je vous ai trop montré que je vous aime mieux où pouvez acquérir réputation et grandeur que de vous voir auprès de moy , encore que ce me soit un grand contentement ; mais je ne suis pas de ces mères qui n'aiment leurs enfans que pour eux, car je vous aime pour vous voir et désirer les premiers en grandeurs et honneurs et réputation. Par ainsi je vous prie suivre ce que le roy vous en mande sans regret , car vous devez louer Dieu , si prenez cette ville , de vous avoir faict la grâce d'estre le restaurateur et conservateur du royaume, et que en l'âge de 21 ans en avez plus faict que grand caj)ilaine qui ait esté , et cela vient de Dieu, et de luy aussi faut que recognoissiez et à lui seul attribuiez toutes vos victoires. Ne me mettez plus en vos lettres que « n'aurez jamais de j)lusaflbclionnc «serviteur, » car je veux (juc me soyez allcctioiuié fils, et comme tel me recognoissiez pour la plus

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airectionnée mère (jue ait jamais eu enfant ; et ne lu'eserivei plus ce mot de serviteur, mais de ce que vous m'estes *. »

Le siège traînait en longueur ; la fleur de la chevalerie catholique succombait sous les coups d'arquebusadcs et couleuvrines. Le cardinal de Bourbon mandait de Paris au duc de Nevcrs , ({ui se trouvait au camp : « Nous sommes ici attendant tous les jours quchpie bonne nouvelle de La Rochelle , et vous asseure qu'il se faict en cette ville de grandes prières , afin que Dieu vous la fiisse avoir bientost. Mais nous sommes toujours en crainte pour vous autres, Messieurs, que vous hasardiez ])ar trop avec cette canaille-là ; ce n'est pas l'oflice des princes de faire le simple soudart '*. » La résistance des calvinistes s'accroissait avec le danger. Les ministres et tout le peuple combattaient en désespérés contre les catholiques trempés des pluies froides d'hiver.

Ce n'ét;\it pas seulement à La Rochelle que les calvinistes organisaient leurs grands moyens de résistance ; les réformèsde la Guyenne, du Vivarais.dn Dauphiné se montraient non moins décidés à défendre leur liberté et leur fover religieux. Le maréchal Damville poussait lentement la guerre dans la Languedoc; le conseil du roi

• Mss. de néthune , vol. col. 8702, fol. 92. •' Ibid. vol. cot. 8719, fol. 6.

2'JR CHAULES IX ET DAM VILLE (1573).

semblait mettre la ]>liis haute importance à s'attirer tout-à-fait Damville et la maison de Montinoreiiey dont il était l'evpression. A chaque événement de quehjue consistance, Ofi en donnait avis au maréchal * ; Catherine et Charles IX lui envoyaient sans cesse des témoiffiiages de confiance. Damville était modéré de principes et de parti; il menait la guerre avec mollesse , et prenait prétexte du défaut d'argent et de munitions. Le roi lui écrivit que la voie amiable n'ajant pas réussi . il f;\llait assaillir les rebelles et chercher des res-

* Le 'M avril 1573, (iliailcs IX écrivait au iiiarcdial Daiiiville : « Je vous jirie , mon cousin , vouloir solliciter ceux de INismes , et tous ceux qui sont de ce parti ; car il n'y a rien que je désire tant (juc de les embrasser et recueillir comme mes subjec:ts. Sauf leurs ministres , les preschcs et l'exercice de leur opinion, il n'y a condition é la([uelle je ne sois content d'entendre , leur donnant toute asseurance pour eux, leur femme, famille et jouissance (le leurs biens. Mon cousin , je suis contrainrt d'employer pour La Kochellc tout l'argent et les munitions (ju»* je puis recouvrer ; je ne veux abandonner l'aflaire que je Il 'en ave la fin; de manière que pour ne laisser manquer de rien à mon frère , je me retranche de toute despense , voire des plus nécessaires donicsti(|ues. Vous demandez des fonds, il n'y a aucun moyen de %ous en donner ; j'espère avec la grâce de Dieu (juc cetle occasion cessera bicntost ; car ceux de ladicte Rochelle ayant perdu l'espérance d'être secourus, ils perdront le cœur de se défendie. • t^lss. de néilnii'.r. vol. rot. 875 5, fol. 5B.

TREVE AVEC LES UK.lEi^OTS (1573). 297

soun-es au sein niriuo de la révolte armée : « Mon «•ousiii , laides moins de frais ((uc pourrez, car dicijcne vous puis seeourir d'ar^jerit ni d'assij'^nation , me trouvant si court de moyens qu'il est incrovable , et faudra ({uc vous aidiez «les deniers (jue levez par delà |)Our fournir au\ dépenses de \ostrc evercite , ou de ce qui proviendra des biens appartenant à mes rebelles qui ont esté saisis. J'escris aux sieurs de Carces, de Gordes et de Mandelot , que si les afl'aires de leur charge se peuvent passer de leur présence , ils vous aillent trouver avec le plus grand nombre de gentilshommes qu'ils pourront pour vous rendre mieux accompagné ; estimant d'autant que vous aurez plus grand nondjre de gentil^hommes , en serez beaucoup mieux secouru et moy servi. Estant besoin commencer l'entreprise gaillardement, afin de ne leur donner loisir de reprendre haleine après (jue l'on aura commencé à les atta- (|uer '. »

La guerre pouvait se prolonger indéfiniment. Le duc d'Anjou, le chef catholique , allait s'éloigner de la France pour monter sur le trône <le Pologne : les envoyés de la diète, que la ville de Paris fêtait encore . avaient demandé au roi de France (juclques concessions pour les sujets de la religion réformée. Sans consentir a toutes les con-

* ïss. de Délhune. \o\. col. 8754, fol. 30.

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