‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 78 sur 113 · ENG.VGEMENS AVEC L\ POLOGNE · texte numérisé non relu

ENG.VGEMENS AVEC L\ POLOGNE

eii{i;a{jeniens avaient été pris par les ambassadeurs avant l'élection; l'évèquc de Valence et M. de Lansac s'étaient obligés au-delà même de leurs j)Ouvoirs en faveur des huguenots de France; ils avaient ])romis liberté de conscience . oubli d'un triste j)assé de guerre civile, vengeance même contre les auteurs des massacres de la Saint-Harthélemy. Le conseil catholique pouvait-il ralilier de telles promesses * ?

C'était sans doute un grand honneilr que cette belle couronne de Pologne ** ; toutefois le duc d'Anjou devait-il abandonner ses droits sur le royaume de France? Le parti catholique, qui dominait le pouvoir, consentirait-il à subir l'avènement d'un successeur moins dévoué ? Il faut se rappeler que les calvinistes avaient cherché d'abord à entraîner le duc d'Anjou; ils lui avaient

]Hss. de Célhune, vol. cot. 8702, fol. 241. Charles IX écrivait la innme chose à >I. de Matignon ; il lui disait • qu'en considération d'une aussi grande nouvelle il avoit fairt faire procession générale , chanter plusieurs beaux cantiques , faict faire feux de joie et autres démonstrations d'allégresses , les plus grandes dont je me suis pu adviser, et je vous prie faire faire le semblahle. •

• M.SS. Fontanieu.n'" 327-328.

** l/l's(>agne j>onssait au trône de Pologne le prince Ernest d'Autriche , consin de Thilippe II ; elle vil donc avec jalousie l'c'îhîction du dur d'Anjou : il y eut à cette c|>o(nie froideur entre les deux cours. I.a correspondance de Tixx-

PRKCVrTlONS 1)1' DUC D'A?i.lOU (157o). 287

oiïcrt un riclu" ;ij)an;i|';c, la iiKiiii il'Klisabcth , la souveraincU- des Pays-Bas; mais le primée, un moment ébranlé , s'était rallié d'une manière cruelle à l'opinion catholique par les journées de la Saint- Barllielemv. Les cahinistes entourèrent dès-lors le duc d'Alencon son frère; Charles IX n'avait pas d'enfant niàle; toujours faible et maladif, sans espoir de postérité, n'élait-il ])as naturel (jue le duc d'Anjou . héritier présomptif de la couronne, laissât diihcilenient un trône où le portait tout un parti triompliani et en majorité? Ensuite, il fallait abandonner cette cour si douce, si plaisants' de France, pour subir un climat sauvage sous des hommes d'austérité et de vie nomade ; et pardessus tout se soumettre à un sénat de nobles vaniteux, doniinanf le prince de leur volonté sévère. Leducd'Anjou nuilla lesiéjro de La Hoclielle pour consulter sa mère et les chefs du parti catholique;

li)>|»o B\pc «Ion Diepo est empreinte d'un dépit <'oncenlré : il ne voulait pas rompre n\ec la France , mais il rhicanaU pour les nioiridics clioses, ur fiiisnit pas droit auKdpni.iudt'<:, auv rérlaniati«»n<; de lu Franrc pour sou couwucrce ; il taquinait l'ambassadeur français, )l. de Saint -Guliard , qui s'en plaint dans sa correspondencc. Philippe 11 appiit aver plaisir les dures londitions imposées par les Polonais au dur d'Viijon : • J'ay ri-çu , érrit-il à C.uniga , la copie du serment qu'a preste M. d'Anjou et les articles qu'il a promis nux Polonois ; l'un et r»ulre ne sont pas de nainre à exciter mon envie. • {Archives de Simanras, col. B 35^^.

2S8 ÎKTF.S POUR I.'F.LI.f.T. Dl' ROI nr. roL. (15T;i).

on convint de poser un principe : c'est que l'acceptation (lu trône de Pologne ne ])Ouvait priver le duc d'Anjou d'aucun de ses droits de prince et d'héritier de la couronne de France. Celte déclaration, émanée de Charles IX, portait» qu'après sa mort , son légitime successeur était le roi de Pologne, au cas où il ne laisserait point d'enfans mâles. » Dans cet acte, Charles IX reconnaissait « non-seulement pour son héritier Henry d'Anjou , quoique ahsent de France, mais encore les fils qu'il pourroit avoir et qui naitroicnt en Pologne; ceux-ci seroient déclarés François et auroient plein droit à la succession *. » Toutes les précautions ainsi prises, le duc d'Anjou attendit devant La Rochelle l'arrivée des nonces de la diète polonaise qui venaient solennellement lui offrir la couronne; on leur fit grandes pompes et fêtes. Enfin , les conditions étant acceptées et le duc d'Anjou proclamé roi de Pologne, le peuple et Ja cour saluèrent le vainqueur des huguenots comme un nouveau monarque élevé sur le pavois. La ville de Paris se distingua entre toutes les autres cités pour fêter Monsieur ; les confréries catholiques , les bons bourgeois s'enorgueillissaient des honneurs qu'ils recevaient dans le

* M*», de Mesmes , intitule : Mémoire» des règnes de Fiaïunix II et fie Charles IX , iii-foi. toiii. ii, n" «'"/^ pae 177.

FKTF.S A PAKIS (ir.73). 289

])rinoe proclamé aiiv halles t'oninu; lo pourfenileiir lies lit'réti([U(*s et le bras droit de la relijyioii. « Aux Tuileries , il y eut un haïujiiet orné avee magnificences et appareils de grands frais , de rochers , théâtres, salles et toutes sortes de passetemps descrits en vers latins et imprimes , à l'entrée desquels la roy ne-mère et ses deux fils sont dc'^peinls comme s'ensuit. La royne-mère a un uiorion en leste , un bouclier en la main gauche dans lequel est la Gorgone et une hallebarde en la dextre, appelée par conséquent 7'a//a¥ Gallica. Sur sa teste sont escrits certains vers latins en sa louange. Le roy est appelé Jupiter Servaior, estant wustenu d'un aigle et foulant aux pieds un dragon et un homme. Sur sa teste pendent plusieurs trophées eldes chapeaux de chesne. En mains, il tient le sceptre et la balance , et sous les pieds sont eserits des beaux vers latins en sa louange. Le duc d'Anjou est appelé Apollo Gallicus et despeint de mesme avec la lyre , le carquois et les flesches *. ■

Au milieu détentes ces pompes de la cité, les nonces rappelèrent les engagemens pris par

* Description vérilable de l'entrcîe des ambassadeurs polonais à l'aris, le 1 î*" jour de sepleml)re 1 ."îTS (Brorhnre). — 1,0 registre des dépenses du conseil municijial de Paris ,' à l'occasion de ces fêtes, existe encore. Dibliotli. du roi , carton de rilotel-de-ville.

290 DEMANDES DES N07ÎCES (1573).

Monlluc et Lan sac à la diète; ils demandèrent: « Qu'il plust au roy tros-chresticn abolir pour jamais la mémoire de toutes ehoses avenues en France à cause des troubles et ffuerres civiles ; que Sa Majesté accordast liberté de conscience à ceux; (jui feroient profession de la religion réformée , qu'on ne les recherchast point en leurs maisons, sans estre conlraincts d'assister à cérémonie quelconque de l'Eglise romaine. Qu'il soit permis à tous ceux de la religion qui voudroient quitter la France , d'en sortir , de vendre leurs biens et emporter l'argent avec eux ; il leur sera loisible de revenir quand bon leur semblera. Davantage, que le roy très-cbrestien , pour souvenance perpétuelle de démence et bénignité , remette et rcstablisse en leurs biens , noblesse et honneurs précédens tous ceux qui ont esté condamnés pour cette prétendue conspiration de Paris, au mois d'aoust 1572, ou leurs enfants et héritiers, nonobstant tous arrests , édicts et jugements , s'il y en a, le roy cassera et mettra au néant *. »

Cétait chose dillicile que de concéder tant et de si grands articles. Le parti catholique, puissant en France, aurait-il souflert qu'on abandonuiil tous les avantages conquis au prix de ses

* Dcmanth's faites par les nonces de Pologne estant à Paris (Urorliurc ).

OriMON DES CATHOLIQUES (1573). 291

sueurs laborieuses, en face surtout de l'oplniou ealvinisle en armes , taudis ([ue se poursuivait le siège de la Roehelle cl la uiervcillcusc défense des huguenots?

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