CATHOLICITÉ DE PARIS
cil étaient fati{jués. Dans une {Jjrande chasse où il s'était écarté de sa troupe, Charles IX se blessa dlin épieu *, tant il était ac^harné contre un san- {jlier. Ces fatigues imprudentes développèrent la j)etite vérole avec tumeur et pustules , de sorte qu'il s'afl'aiblissait de toutes les manières. Il n'arrivait pas un accident, un événement de quelque importance pendant ce voyage, dont Charles IX ne s'empressât de donner avis à sa bonne ville de Paris ; car la cour, toute catholique, était en ])arfait rapport d'opinion et de scntimens avec les bourgeois et manans du corps municipal, qui à cette époque accablaient de dons Notre-Dame de Lorette. Le registre de ces présens subsiste encore. Que dirai-je de toutes les belles choses qui furent envoyées par les églises et les bourgeois? M. de Gucriy fit don d'une jietite vierge d'argent; les marguillicrs, de la part de monseigneur Sainct- Jac(iues-de-la-Boucherie , la somme de six vingtdeux escus et quatre deniers comptant; les niarguilliers de Saint-Hilaire, deux vingt escus; un particulier, id.; M. de Vimont , une petite escuelle
• Le 21 mars 1573, lettre de Charles IX à la ville de Paris, datée de Fontainebleau; il l'avise que , donnant d'un épieu à un sanglier, le contre-coup de l'espieu l'avoit k'giromcnl lik'ssé au-dessus du pied gauche , qui scroit guéri dans doux ou trois jours. Urgislii- de l'Ilolcl-de-VilIc — Mss. de Colbcrl, vol. 252 , in-fol. pag. 297.
tMrRUNTS SIR LES lUClIES (1573). 307
d'argent ; l'église Sainct-Severin donna forte soiunic comptant et un diamant petit, façon de lozange; M. de Genlis, une coupe d'argent et un {)etit chapelet, argent aussi; Sainct-ltenoist une cuillère et un anneau, dedans lefjuel est enchâssé une pierre rouge;Sainct-Méric, beaucoup de vaisselles et bagues et deniers comptant ; mais aucun ne se montra si généreux que Sainct-Germain-TAuxerrois : d'abord une bonne somme en escus et en carolus; puis, de la vaisselle et bagues, une pierre Lieue façon desaphvr: plus, de l'or et de la monnoye remis le 27 mai , et un petit ustensile d'or, d'argent et pierreries*. »
S'agissait-il d'entretenir les bonnes années catholitiucs, on pouvait faire emprunt sur les riches j»our monseigneur le roi. • M. Aubry et sa mère pa\èrent la somme de quatre cents livres prêtée à Sa Majesté pour subvenir à ses afl'aires; Jacques Lepeltier, marrhaiid bourgeois, la somme de trois cents liv.; .M. Canagc, advocat en la cour de parlement, six cents liv.; la veuve de déiiint Henry Lad\ocat, cent liv.; }[. Nicolas Parent, marchand dra[ner, bourgeois de Paris , deux cents liv. ; M. Godard, quarante-cinq liv.; >I. Le Camus, cent liv.;
* Estât des deniers donnés par les paroisses de Paris ot autres personnes pour le dnn et vœu de IHostrc-Dame de Lorelte, en l'année 1573. Biblioth. du roi. — Cart. de l'Ilotel-de-VilIf.
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Antoine Robincau, niarchantl bourgeois, deuv cents liv.; M. de Monlhelon, advocat, scj)t vingt et dix liv.; M""^ Boullangc, id.; MM. les Chartreux, trois cents liv. » Tous les bons bourgeois étaient satisfaits d'ainsi servir la cause catholique, même j>ar de fortes contributions*.
Le 1"'' novembre 1373, lettres du roi à la ville de Paris ** ; il lui annonce « que sur son chemin à îVancy , pour convoyer le roy de Pologne , il etoit tombé malade de la petite vérole , mais légèrement ; sessubjects n'en dévoient esire en peine.» Cet aflaiblissement de la santé de Charles IX ne tenait point à une préoccupation morale ; ce n'était pas du sang qui sortait par ses pores ; tous ces beaux récits des mémoires huguenots sont démentis par les pièces et chartes de .sa corres- ])ondancc folle et dissipée jusqu'à la crise de ])etite vérole qui mit ses jours en danger***. Catherine voyait avec douleur s'en aller cette vie si jeune, etdansles derniers embrassemens qu'elle donna au duc d'Anjou, elle sembla prévoir un
* Emprunt sur les riches et aisés de la ville de Paris de ('.(îiiiers fournis au roy. Biblioth. du roi. — (iartou de i'Ilôtet-ilc-Vilie , n" 9 (compte unique).
*• Registre de l'IIÔtcl-de Ville.— Mss.deColberl, vol. 252, in-ibl. pag. 297 , vers.
*** La correspondance de Charles IX est d'une grande activité , et d'une adinir.ible précision jusqu'à la lin de ba \ie.
U: DUC DALENC.ON KT LES POl.l T. (1573—1374). 309
triste et pruoliaiii luèiioiiieiit : «Allez, mon fils, vous n"v serez loiifj-teinps *. »
Pemlaiit ce royiU voyage le rapprochement du parti huguenot et des politiques s'était accompli. On avait entouré le duo d'Alenron des mêmes prestiges et des promesses qui avaient séduit le duc d'Anjou lors de la paix de loTO : la souveraineté des Pays-Bas , le gouvernement de la Guvenne avec l'espérance de la main dKlisaheth et de la couronne d'Angleterre. François dAlenron visait à la lieutenance-générale du royaume ; héritier du nom et des armes de son frère, roi de Pologne, il appelait aussi le litre de guerre qui le plaçait à la tète du mouvement armé ; et comme ce titre lui avait été refusé par Charles IX . il avait cherché à le conquérir dans la ligue des huj>ucnoLs et des polili([ues dont il se proclamernit le c.liel". Cette ligne comptait plusieurs sommités de parti : Henri , roi de Navarre, le prince de Coudé , héritier de ce roi des fidèles, que les calvinistes entouraient encore de leur affection**. Les maréchaux de Montmorency, Cossé, Damville qui gouvernait toujours la Languedoc, agissaient de concert avec la fraction Miéconlentc de la cour. La modération s'armait ; c'est chose rare dans l'histoire des opinions ; mais ce phé-
• D'Vi BicsË , t. n , I. \i , i>. ri()7.
•* De l'Estat de France sous Charles IX, t. i.