PROJET DES POLITIQUES
nomène se produit, lorsque les politiciucs menacés trouvent un parti qui consent à les seconder. Le plan ctait vaste. (]oninie condition foiulanientale on ])rivait le roi de Polofjnc de la couronne de France pour la placer sur le front du duc dAlcnçon ; on tenait pour non advenu l'acte de (Iharles IX qui , maintenant les droits de son puîné, l'appelait au trône ; on accordait liberté religieuse; et, pour se rattacher la classe des bourgeois , on convoquait les vieux Etats-Généraux. C'était principalement contre la reine Catherine de Médicis que cette conjuration était conçue ; on lui enlevait l'administration des affaires et toute rinflucncc qu'elle avait voulu s'assurer *.
Pour préparer l'opinion au projet qu'on se proposait, les huguenots publièrent une suite de brochures sur les droits réciproques de la couronne et du pays. La plus notable de ces brochures , sous le titre du Politique , traitait en dialogue» delà puissance, auctorité et du devoir des princes; des divers gouvernemens ; jusques où l'on doit sup])0rter la tyrannie ; si en une oppression extrême il est loisible aux sujets de prendre les armes pour défendre leur vie et liberté ; quand , comment , par qui et par quel
r'oy«?5 lo procès manuscrit (le La Mole cl de Ci)connas . ou le |il;m csl iliHcloppô. Collection Déthiine . niss.( Uibl. roy.) , cl cullcction Fontanicu, ad ann. 1574.
PAMIMILKIS rOLITlQlES (157 i). ;iil
moyen cela se doit et jieut liiire; puis un notable discours de raiictorilé des princes et delà lilxTté des peuples , en l'orme de parlagc entre Archon etPolitie. » L'auteur de ce panijdilet, le dédiant a un sien neveu , advocat en l'un des parlemens de France, lui écrivait; « Je prétends monstrer à vous et à ceux qui sont atlligés comme nous , que le salut des particuliers consiste en la providence de tous , et que chascun soit muni de ce qu'il doit respoudre pour maintenir la juste prise des arjues (jue les chrestiens manient contre leurs oppresseurs : et user tellement de cette prudence, qu'en considérant le passé , on puisse bien ordonner de l'avenir , pour ne se point [trécipitcr ni laisser circonvenir *. » Un autre écrit a pour litre : « Discours ])oliliques des diverses puissances establics de Dieu au monde , du gouvernement légitime d'icelles et du de\oir de ceux qui y sont assujettis , lecjuel cscrit est plein d'excellentes instructions à toutes sortes de personnes , car on y traite des diverses prééminences , de la supériorité de l'honnuc sur la femme, prouvée ])ar la Genèse et les épistres de saint Paul : • L'auctorilé d'eslire les princes à (jui appartient ? dit l'auteur; on trouvera ([ue par droit naturel, par l'usage
• Paris. Frc'dér. Mord, ini|iriiii. 1574.
312 CARACTÈRE DES PAMPHLETS (l.')74).
fies choses de loujours acroutuni('' , ])ar toute é([uité et raison , après Dieu l'autorité est vers la niultitutlc du peuple ; c'est pourquoi elle est nommée autorité publique ou des peuples lesquels la communiquent auv princes , pour l'exercera l'utilité d'iceux peuples , et non pour leur ravir et en abuser. » Le Réveil-Matin des Français attaquait plus ouvertement encore la royauté , et posait en fait la souveraineté ])opuIaire *. Jamais la presse n'avait été si hardie, si puissante sur les opinions. Ce grand principe du libre examen , jeté dans la société par le protestantisme , avait soulevé je ne sais quelle edervescence de pensée ; on avait nié l'unité de L'Église; on arrivait par la force des choses à combattre l'unité royale , ce prestige de la couronne consacré à Reims sur l'autel. La lutte avait été , dans l'origine de la monarchie , entre les honmies d'armes et le chef qu'ils avaient élu ; ])lus tard entre l'Kglise et le roi qu'elle avait oinet ; puis entre les grands tenanciers , les fiers vassaux , la papauté et la couronne; maintenant arrivait la dernière lutte terribleentrc les sciitiniens jxipulaires , les principes , les théories de la multitude et l'autorité royale. Les panqjhlets de la réforme et de la
Le Jiêccif-Aïfitinaéié plusieurs fois imprinu': la raeil- Iciiic cdiiion est relie dr Basic , 157».
IIE.NRI DE IVVVAKRK \ I,\ COIMI (1574). 31»
Ii{;uc , toutes cos (locttriiies do rr{yici(lc , alors partout si prodiguées, quoicpic puisées à des sources diverses , eurent pour résultat d'afl'aihlir Ja grande force du pouvoir ; et cela avance les révolutions.
Le jeune roi de Navarre et le prince de Condé s'étaient complètement associés aux projets des politiques; ils étaient dans nue très-lausse position à la cour; plusieurs l'ois Henri de IJéarn avait demandé à retourner dans ses bonnes terres pour mettre ordre à son ffonvernement qui de toute part s'en allait ; on se gardait bien de lui doniu-r telle licence : Henri cherchait à s'oublier luimême dans les folles mascarades, les tendres intrigues où 31""" de Sauve dominait tout de ses charmes. Le pauvre roi de .>avarre n'était pas ])lus heureux en amour que dans son gouvenuMuent, et les dits de cour et du peuple le dénommaient: ■ Roy des cocus 5 » Madame Margucrile le trompait ; voire même toutes ses maîtresses. La race des IJourbous était en ce jioint peu favorisée, et le beau roi de Pologne portait pendu à son eou le portrait de la princes.se de (Jondé , gage de .sa tcnilressc. Henri de >avarre ap|)renait ici à dissimuler , à ne dire (ju'une partie de ce qu'il sentait et de ce qu'il voyait. Lui-même nous a décrit ses inquiétudes de palais : • Je vivois à la cour où j'eus advertissemenl de plusieurs endroits (ju'on vouloit tuer le roy, M. le duc et moy , et faire le m. 27
314 IlEINRI DE NAVARRE A LA COUR (1574).
roy de Pologne roy , ce que je ne voulus jamais croire. Toutefois faisant entendre ce que j'avois ouï à M. le duc, il nie dit qu'il avoit eu beaucoup de pareils advis , et que M. de Guise faisoit assembler à Joinvillc pour faire l'exécution de ceste entreprise. Et nioy estant à la cbasse , je trouvai dix à douze cbevaux avec armes , comme vit le guidon de M. le prince de Condé qui en trouva quarante ou cinciuante en ce mesnie esquipage, qui estoit assez pour nous en faire croire quelque chose. Puis Vostre Majesté de retour de Hlieims, vous me fistes une si maigre mine et roiiinuMiçastes à avoir une telle desfianoe de moy, que cela me fit penser qu'il y avait mescontentcment *. »
Au retour de Charles IX et de Catherine de Médicis , tout était organisé par les politiques et les chefs des huguenots pour mettre leur projet ]irom])lemcnt îi exécution; on devait choisir les folies des jours gras , favoriser l'évasion de Henri de Navarre et du jirince de Condé (jui iraient soulever la gcntilhoninierie provinciale. Le parti politique , sous les ordres des trois maréchaux Cossé, Montmorency, Daniville qui s'en faisaient les représentans militaires , se réunissait pour proclamer le duc d'Alençon héritier présonq)tif
* Intprro(;atoirc faict par le roy an comte de Coromiiis. — Dôpii^ilioii du roy de Navaiie , l^*" avril 1574. Mss.
CATIIF.U. DE MEDICIS ET LKS C0!^JURÉS(1574). 315
do la couronne; les lettres de convocation poulies Ktats-Gcnéraux riaient toutes prêtes.
La cour s'était retirée à Saint-derniain ; le roi Charles IX se Irouvait parlailement {ifardé par les Suisses , les gentilshonmies de sa maison, hallebardicrs et arcjucbusicrs ; mais un coup de uiain de la chevalerie provinciale devenait facile, parce que la population du château était peu nombreuse, et que la conjuration s'étendait même parmi les {jardes. L'état de Charles 1\ empirait ; les fati- {i^ucs du vo\a{je, les suites de la petite vérole avaient menacé sa faible constitution ; les souffrances l'avaient rendu sondjre , colère, vindicatif; il ne pouvait supporter la moindre contradiction . et il abandonnait >olontiers le pouvoir i\ sa mère. Pour cacher leurs desseins, les hujrucnots et les jioliticpics faisaient courir mille bruits ; n'allait-on pas rcnou\elcr les massacres des Vêpres Siciliennes et de la Saint-Harthélemy ' ? on supportait avec impatience le dernier édil de yiacilicalion. Il y avait eu entreprise sej'rète sur plu-
2 fé\rier 157-*. Ltttrc du roi aux pre\6l dru niurchaiids cl tcheviiis , sur le faux bruit i[u'ï courait (jue le lendemain se devait ri-iiouvelcr le massacre de la Saiiit-Harllié- Icmy. Regislre de rUotel-de-Yille. — Mss. de Colljcrl , vol. 252, in-fol. pa{;. 297. — Lettres iiiissi\cs du roi |)our découvrir et faire chastier ceux qui ont lait courir le bruit «ju'il devait y avoir une autre Sainl-lJarlliéleniy. Ilegisl. de l'llôlcl-de-Villc,i, fol. 334 cl suit.