DERNIERS MOMENS DE CHARLES IX
Prise d'armes des hugiienots réunis aux politiques. — Le roi à Viiicennes. — Coiijnrntion. — Mesures de violence. — (ihnrics IX avant sa morl. — Préranlions de llatheriue. — Mort du roi. — Portrait de (Charles IX.
Les mesures violentes prises contrôle tiers parti ne s\''tendaient pas au-delà d'une cour effrayée. Plusieurs gouverneurs de province avaient secrètement adhf'ré aux intentions du maréchal Damville, et partout les huguenots restaient en armes.
MESIRFS DU CO^iSRlL (1574). S'iT
(iliiii-Ios IX retrouvait une activité factice qui procédait par soubresauts; la Normandie était agitée par l'expédition de Montgoinnicry et les secours cachés de l'Angleterre. Des dépêches seercles de M. de Dagny, envoyé en Dancniarck et en Suède, annonçaient un arnieincnt de seize vaisseaux suédois et danois qui se dirigeaient vers les cotes de France. Les rcitres, niécontens de ce que le roi ne les avait pas payés, en conformité des conditions de la paix de 1570, étaient en outre excités par le prince de Condé et les intrigues des huguenots. Dans ces grandes dillicultés d'affaires et pour préparer ravcncment du duc d'Anjou, la reine-mère di'cida ([ue le conseil et le roi devaient se retirer a \ iiicennes, car à l'abri des bonnes murailles , défendus par les forts donjons, on pouvait encore résistera ces entreprises armées qui tourmentaient les derniers momens de Charles IX.
Le jeune et malheureux roi, toujours sous l'aile de sa mère , était eflVayé de ce spectacle d'une guerre nouvelle (jui de toutes parts se préparait ; il écri\aità chaijuc instant aux gouverneurs des provinces afin de calmer ces séditions menaçantes ; il les priait « de se comporter paisiblement avec ceux de la religion, desclarant qu'il ne vouloit aucun tort leur estrc faict , ni dissend)lablc traitement en toutes leurs affaires qu'à ses autres subjects, et les faire prendre en la sauvegarde de leurs voisins r,itlioli<[iies pour les faire assurer cl
32S rRÉCAUTIO?iS DE CHARLES IX (1574).
garantir de ia violence qu'on leur voudroit faire, de laquelle , où elle seroit entreprise , il coniniandoit à ses oiliciers foire la plus ronde et exemplaire justice qu'il seroit possible , et les priant d'y tenir la main , appelant Dieu à témoin tju'il n'avoit autre volonté que de voir tous ses subjecis en repos *. » Connue l'arrestation des maréchaux Montmorency et Cossé avait fait une impression profonde, le conseil sentait le besoin d'en justifier la nécessité. Charles IX écrivit encore aux gouverneurs de province : « Ayant trouvé j)ar le procès faictà La Mole, comte de Coconnas et leurs complices , que les mareschaux de Montmorency et de Cossé estoicnt les principaux auteurs des conspirations faictes contre ma propre personne et mon Estât , et ayant présentement descouvert que , continuant leurs malheureuses entreprises et intentions, ils estoient sur le poinct de tenter et exécuter encore un coup, ce qu'ils avoient failli auparavant , j'ai esté contraint de me saisir de leur personne et iceux faire mener en la
*• Lettres du roy aux gouverneurs des provinces. Paris, 1574. • (Brocbure. ) foya atissi : Lettre à M. de Saint-Eslève. Charles IX proteste qu'il n'a autre désir que le bonlicur et eonservation de ceux de la nouM-lIc opinion ; il lui ordonne de prendre sous sa sauvegarde ceux qui se contiendront doucement. — Pièces justificatives pour servir à l'histoire de France. Paris , 1759. Chamherl et llcrissaiil , f. 1, part. 2.
ntlN -roi: VOIR de la RKI>E-.MÈRE (J574). 329
Baslille à Paris. Dont je vous ai bien voulu ailverlir *. »
Pouvait-on éviter uru^ prise d'armes générale ? Le roi avait des retours à la vie, mais prescjue aussil(»t il retombait dans un malaise jiréiurseur de la mort. Tout était en désordre. Le parti du duc d'.VIençon nes'était pas éteint par le supplice de La Mole et de Coconnîvs ; la reine-mère avait frajipé fort dans cette triste procédure , mais tous lesressentimens n'étaient pasétoullés. Ou avait à la cour les principaux otages ; le duc d'Alencon , le roi de ÎVavarre. Les maréchaux de Tossé et de Montmorency étaient captifs a la Bastille. Damvillc seul n'avait pu être surpris, et il était à la Iclc d'une pui.ss;xnte armée dans la Liinguedoo. Pour assurer la transition du régne sans secousse, Citherine de Médicis avait besoin du grand ])Ouvoir (ju'clle préparait en silence; elle s'était ju.siju'ici .soutenue en publi;\ut partout que la santé du roi était lueilleure. Mais cette vie s'en alluit sans espérance ; elle pensa (ju'il fallait cnlin l'annoncer auv sujets etiussurer les voies a son pouvoir. Dans de nouvelles chartes scellées d'une main tremblaute, Giarles l\ disait :« Considérant ((uil est très-nécessaire de jniurvoir auv alVaires qni .se j)résentcnt ordinairement tant au dedans qu'au dehors le royaume , pour renlreteneiuent , gran-
• ilss. de Déthunc , ^ol. col. 8763 , fol. 89.
SM) SUCCtSSlO.N AU TRONE UL FR.VMCE (1574).
deur et conservation de cette couronne ; n'y pouvant vacijuer et entendre ainsi qu'il est requis, [)Our raison de l'indisposition de maladie, nous ne saurions faire élection de personne sur laquelle nous nous puissions plus reposer que sur la royne notre trcs-honorée dame et mère ; pour ces causes et autres grandes considérations , nous avons donné et donnons à la royne notredicte dame et nirre plein pouvoir, puissance et auctorité d'ordonner et commander auv ])rinces tant de notre sang qu'autres, nos cours de parlemens, mareschaux de France , gouverneurs des provinces , et généralement à tous nos subjects , de quelle qualité et condition qu'ils soient , tout ce qu'elle verra et cognoistra estre bon et utile et nécessaire à la conser\ation de cet Estât ; faire et ordonner toutes les desposclies qu'elle adviscra devoir estre laicles tant dedans (jue dehors notre royaume. » (Charles IX renouvelait la déclaration en faveur (lu roi de Pologne pour la succession au trône de France ; il y était appelé d'après les lois observées de tout temps dans le royaume : « La royne notredicte dame et mère aura toute puissance et auctorité d'ordonner ce qu'elle verra devoir estre faict pour faire rendre l'obéissance au roy de Pologne notredict frère, faisant cha.stier et [)unir tous les desobéissans *. » Maîtresse
Kc;;. du iiarleiiiciil , vol. 2 G , fol, lUI. — Fo^rv^o?! , l. Il, p. -22.
RÉGENCE DE C\THERl?iE (1574). 331
tle cette \(»lonté dans une existence éteinte, Catherine , avec sa force de caractère , fit venir auprès d'elle le duc d'Alenron et le roi de Navarre; rappelant leur toute récente conjuration , elle les menaça d'une procédure en parlement; puis, reprenant son (on de douceur, elle c\i{;ca d'eux le serment solonnel de leur bonne \oIontc: et affection envers S. M. le roi , promettant de s'opposer de tout leur pouvoir à ceux qui lui seraient rebelles. La reine se hâta de faire publier dans Paris celte déelAratiou qui comprometlail les deux chefs de parti , afin de déjouer toutes les espérances.
La première charte du roi mourant ne lui paraissant pas sullisantc, Catherine s'entendit avec le chancelier de Birajjues pour se faire olliciellement ai'corder le titre de réïfente. « Klle entra en la chambre du roy suivie de Biragues, par le(juel elle lit derechef remontrer au roy , d'autant que la maladie enifieschoit, (ju'il ru' pouvoil cnt»;ndre à plusieurs afl.iires où sa présence cstoit retjuise, il seroil bon qu il donnast autorité de régence a la royne-mère, et eommaïuiast que lettres lui en fussent expédiées. Le roy se voyant par-là comme condamné à mort , fit venir les secrétaires des connnaiulemens et les capitaines de ses gardes , auxquels il dit : Faictes tout ce que la royne ma mcre vous connuandera , et lui obéisse/, comme à moi-incsrae. Et peu avant sa mort In pria de pour-
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suivre ju.s([ues au bout ceux ([u'il appcloit ])crlurUiUeurs du repos pul)Iic; et de {jrande véhémence lui diot par deux fois : Madame, je vous en prie bien afrectueuscment *. »
Tous ces actes se passèrent avant le {jrand calme de la mort. Les pamphlels hun;ueuots rappelèrent des circonstances odieuses sur la fin de Charles IX, les remords d'un grand crime , le sang qui sortait de sa bouche furieuse et de ses membres convulsifs. La nourrice calviniste du jeune roi, présente à sa mort, rapporte qu'au milieu de douleurs aiguës et en larmoyant, il s'écriait : « Ah ! ma nourrice , ma raie , ma nourrice , que de sang et que de meurtres ! ah ! que j'ai suivi un méchant conseil ! 0 mon Dieu ! pardonnc-lcs-moi , et me fais miséricorde, s'il le plaist; je ne sais où j'en suis, tant ils me rendent perplexe et agité ; que deviendra tout ceci ? que ferois-je ? Je suis perdu, je le vois bien **. »
Les eahinistes s'acharnèrent sur ce cadavre de roi , parce qu'en efl'et c'était sous son règne qu'avait éclaté la plus sanglante des réactions populaires ; les catholiques, au contraire, le placèrent haut. En temps départis il n'y a, ])Our certains noms, qu'un Panthéon de gloire ou les Gémonies. J'ai j)cint le caractère de Charles IX ; il ne fut
* De l'Kstat de France sous Clinrles IX, t. m. •* Le roi luuurut le 30 mai 1574.