C.VRACTtUK DE CHARLES IX
point cruel par nature : esprit maladif, tourmenté par les tempêtes, il subit l'énergie d'une des puissantes ojiinionsqui dominaient la société. >ivant au milieu des guerres civiles, il chercha d'abord à concilier les partis sous la haute inlluenee de sa mère, et quand il ne le put , parce que leur coevistence était impossible, il voulut les dompter l'un par l'autre. Il ne fut point le maître, et jamais roi n'eut une volonté moins libre et moins spontanée. Dès son enfance , les huguenots dominent ses conseils; ensuite il passe successivement au tiers parti, aux catholi(|ues , revient aux huguenots, dont la Saint-15arthélemy le débarrasse. Quand l'une des grandes factions a\ait la victoire, elle courait s'emparer de son nom , car le scel royal était alors un ()restige invincible. En examinant même ce jeune prince, adulé par les calvinistes à son origine, puis traîne dans la boue par leurs pamphlets; quand on le voit victime de ses inquiétudes, de ses tourmentes de guerres civiles, périr à l'œuvre à vingt- (juatre ans, on sent je ne .s;us quelle pitié douloureuse pour tant d'infortunes.
Les regrets du parti cathoIi([ue furent vifs. Kn jtlcine chaire et dans son oraison funèbre, messirc Sorbin s'écriait : « François ! quel heureux règne et prospère vous aviei moyen de vous promettre, si les jours d'un si sage roy n'eussent esté abrégés ! Mais nostrc misérable raison ne méritoil pas Thon-
3;r» OKAISOÎS FUiNEBRE DE CHAULES IX (1574).
neur d'un tel roy : ainsi furent retirés Josias et Kzéchias du milieu des maux de leur temps ! Ce {>rand roy ! il a esté si avide et cognu de tous, si aH'ectionné à ôuyr la parole de Dieu , et niesme y avoit tellement prolité , que quelquefois en la ville de Melun, à la fin de son repas , il discouroit particulièrement de tous les articles de la foi, détestant l'hérésie, à la grande admiration de tous les spectateurs. Et qui , bon Dieu , ne regretteroit la beauté d'une tendrelette fleur, qui n'est si tost espanouie qu'une tempcste , ou le tranchant d'un soc ne renverse et fasse périr du tout? Et qui par mesme moyen y)ourroit avoir le cœur si ferme, ou plustost obstiné, qui, voyant la jeunesse de nostre bon prince si tost renversée et fanée , que la beauté et fleur de son aage commençoit à fleurir et se rendre odoriférante devant toutes les nations du monde , ne la regrcttcroit ? 0 mort , combien amère est ta mémoire * ! »
On fit aussi de nombreuses épitaphes et de touchantes élégies : « Ce boa roy estoit mort avant
' « Oraison fvinèbre du très-haut, puissant et très- chrestien roy de France Charles IX*", piteux et débonnaire , propugnateur de la foy et amateur des bons esprits, prononcéeen l'église Notre-Dame à Paris, le 12 juillet 1574 , par A. Sorbin , dit de Sainctc-Foix, son prédicateur ordinaire.» Paris, r.uillaumc Chaudière, rue Sainl-Jac(iues , à l'cnsei; gne du Tenij)s et de rilomnic sauvage.
OBSEQUES DE ClUr.I.RS IX (1574). 3:^5
le temps, par trop tl'ainovir qu'il porloil à la France, ainsi qu'on voit »in tendre père mourir d'entinv j)our ses enfans : sa grâce gentille abattroit les cruelles rages et feroit rougir l'ennemi le plus edronté *. » Kt en ses obsèques et enterremens eheminoient en teste cinq cents pauvres vestus (le deuil, portant chascun une torche de quatre livres de cire jaune, avec armoiries doubles; lesdicts estoient conduits de vingt conducteurs tenant chascun im baston noir à la main pour les guider et l'aire garder bon ordre ; les cent suisses de la garde portant leurs enseignes dedans le fourreau ; les mesmes oHieiers de la maison dudiet seigneur et ceux de la bouche, marchant derrière comme plus honorable lieu; les maistres d'hostel avec leurs bastons; puis six pages vestus de velours noir avec le chaperon de drap , mon-
' L'amour qu'il portoit à outrance , A noslre désolée France , L'a faict mourir avant le temps ; Tout ainsi qu'on vcrroit un père Acrahlé de tristesse amère , Mourir d'fMinuy pour ses enfans.
Sa beault- , sa gentille grâce , La gravité peinte en sa face , Et sa naturelle bonté , Abattront la cruelle rage , Et feront rougir le visage De l'ennemi plus effronté.
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tés sur six grands coursiers couverts et housses de velours noir traisnaiit jusqu'à terre avec une grande croix de satin blanc; les vingt-quatre archers du corps vestus par dessus leurs hocquetons d'orfèvrerie , de robes à chevaucher de drap noir; estats de la ville estoient venus proccssionnellcincnt au-devant du corps, avec quelques prcsidens de la cour et grande partie des conseillers vestus en deuil. En l'ordre de marcher et tenir rang, se murent quelques diflërens et propos d'altercation entre messieurs du parlement et les esvesques et gentilshommes de la chambre du roy ; toutefois la cour de parlement gagna et tint les plus prochains lieux de l'eUigie du roy. Le samedi dixième de juillet , le corps fut porté en l'église Sainct-Anloine, latiuelle estoit garnie d'autant de luminaires qu'elle en pouvoit porter, et tendue de drap noir, et le dimanche, révérend père en Dieu , messire Pierre de Gondy , esvesque de Paris , chanta le subvenite , etc., et chascun à son rang donna de l'eau bénite au corps; après quoi commença l'oraison funèbre qui dura environ une heure , et après la dernière messe dicte , le corps fut mené en la fosse , et chascun se despartit pour disncr *. » Les huguenots n'épargnè-
* o Uiscoursdps ob.sci|nps ot cnlcrroinciil ilii roy Ch;irlcs IX'. esciil par un calliolicjiu-, ir)74. » ( Brochure. ) Vnypi aussi le vrni discours des derniers propos mémorables du trépas du feu roi di- (rès-bonne mémoire Charles IX*". —
LES IIUOUF.NOTS SUR CllVKLES IX (1574). 337
TCni pas ctMtr joniio cl triste nit-moire. Ils coinparèroiil (lliarles 1\ ativ (;»'sars perséculeurs, à Tibère, à Néron, et comme une étoile éclatante avait brillé au ciel cti cette année, ils ra|)|)clèrent qu'alors qu'Hérodc massacra les saints innocens un astre lumineux était aussi apparu aux mages *; rapprochement des saintes Ecritures, auxquels se complaisaient les ministres et les écrivains de l'école genevoise.
Lyon , Geoffroy Martin. — ■■ Histoire contenant un abrégé de la vie , mœurs et vertus du roy très-direstien et débonnaire Charles IV, vraynient piteux projiugnatcur de la Utv catlio|i{|ue et amateur des bons esprits ; oii sont nonlenues plusieurs choses merveilleuses advenues durant son règne, à bon droict dict le règne des merveilles; par Sorbin dit Sainctc-Foix, son prédicateur. » Paris, Guillaume Chaudière. ' .\prè8 la mort de Charles IX , rhili()pe M envoya don R. Ponce de Léon , comte de Raylen , à la eour de Fraiu;o pour visiter la reine-mère. Ses instructions (archives «le Simancas , B 37' ) portaient • qu'il regrettoil bien la mort d'un prince qui avoit tant favorisé la foy catholique et romaine et qui estoit dévoué à la royne, sa mère; mais la chreslienlé ne perdoit rien , car son autre fils qui succédoit à la couronne estoit bon cnth(dique et avoit combattu les hérétiques l'espée à la main.» Le comte de Daylen <levail visiter tous les princes et princesses , et de là se n-ntlre en Pologne pour remellie au roi Très-Chrétien une lettre de la main de Philippe 11 , et lui dire ut laire toutes sortes de démonstrations sur la bonne amitié qui devait régner entre eux et lui offrir son assistance.