PREPARATIFS A PARIS
peuple par l'appareil formidable d'un siège meurtrier. On connaissait mal la multitude belliqueuse des halles et des confréries, son dévouement à sa religion et à la cité. Tandis que le tiers parti voulait ouvrir des conférences à Noisy, le peuple s'organisait en armes, et l'activité puissante du légat et du duc de Feria réveillait les sentimens d'énergie et de patriotisme municipal. Dès le 13 mars, le serment de l'union catholique avait été renouvelé par tous les habitans. « M. d'Aubray, colonel, disait le bureau de la ville; nous vous prions et au besoin mandons que demain, une heure de relevée, vous fassiez comparoir avec vous, en la grande salle de l'Hostelde-\ ille, tous les capitaines, lieutenans et enseignes qui sont sous vostre charge, afin de signer le serment de l'union par vous et eux preste es mains de monseigneur le légat ^. Ayez aussi à assembler tous les capitaines qui sont sous vostre charge, et leur enjoindre de par nous, de bien faire sçavoir à tous les bourgeois qui sont sous leurs enseignes, et qui ont accoutumé de porter mousquet et arquebuse, de se garnir de bonne heure et en la plus grande diligence qu'ils pourront, de la plus grande quantité de balles, mesches et poudre à canon, et de tenir leurs armes en bon estât, pour s'en servir, quand la néces.sité
* Registre de l'IIôtel-de-Ville, XII, fol. 585.
Ifi MESURES TOUR LA DEFENSE DE PARIS 1590).
s'en présentera, et qu'ils aient à conserver lesdietes munitions sans tirer inutilement ni les dissiper. 20" mars *. »
Et comment n\iuralent-ils pas été confortés, les bons bourgeois, dans la résolution d'une belle défense, quand ils recevaient la lettre suivante de M. de Mayenne?» Messieurs; je fais toute la plus grande diligence qu'il m'est possible, afai de vous pouvoir aller secourir avec toutes les commodités que je vous pourrai mener; croyez, je vous supplie, que je n'y perds une seule heure de temps, pour le désir que j'ai de voslre conservation, qui m'est plus chère que toute autre chose, ayant donné charge à ce gentilhomme de vous dire plus particulièrement de mes nouvelles **. » « Or, le jeudy â* de may, en assemblée générale faicte en la grande salle de l'ilostel-de- \ ille de Paris, de MM. les prevost des marchands, eschevins, conseillers, desputés des cours souveraines, corps, collèges, chapitres et communautés, quarteniers, capitaines, lieutenans et enseignes, etsix notables bourgeois de chascun quartier, sont venus messcigneurs les ducs de Nemours, l'archevesque de Lyon, en présence desquels et de toute la compagnie, M. le prevost des marchands a amplement i'aict entendre comme il
' Registre de riIotel-de-\ ille, XII, fol. 589, vers. *' Ibld., XIII. fol. 13, vers.
TROUPES ÉTUANGKRtS (1590). 17
estoit très-nécessaire adviser sur la nécessité urgente qui se présentoit de fortifier, garder et défendre la ville contre les entreprises des ennemis qui approchoicnt . et si les forces des bourgeois et habitans d'irelle estoieut suffisantes pour empeschcr l'ennemi d'entreprendre aucune chose, ou bien, si en cas d'extresme nécessité et estant assiégés, l'on feroit entrer et loger des forces estrangères. Le tout mis en délibération, a esté advisé et conclu que l'on doit se remettre à la prudence et sage ronduicte de M. le duc de Nemours, et le supplier ne nous abandonner, selon ce que ci devant il luy a plu de promettre., et que son plaisir soit de ne placer aucune force ni garnison en cette ville, si ce n'est qu'il le juge très-nécessaire, auquel cas seront logés es maisons les plus proches des portes et appartenant aux absens et estant du parti contraire à nostre saincte-union, et sera prescrit toute obéissance audict seigneur ; et parce qu'il faut avoir quelques moyens pour donner du pain aux Suisses, lansquenets et autres, semblera bon de lever encore l'irapost sur les riches pendant un mois *. »
Le 10 mai, règlement pour les guets et gardes, et le 18, mesures pour la conservation des chaînes **. « Les prevost des ni.Hcliands et eschevins
* Kegisde derUôtel-de-Ville, Xlll, fol. 17. ** Ibid., Xlll, fol. 20 à 22.
18 DÉFEINSE DE TAKIS (1590).
de la ville de Paris, ayant recofjnu le zèle et affection des bourgeois et habitans de la ville à la conservation et manutention de nostre saincte religion et de l'Estat, toutes les fois que l'usurpateur d'ieelles s'est eflForcé de l'altérer, par intelligences , pratiques et menées des fauteurs et partisans qu'il a parmi nous, mesme en ce qui s'est dernièrement passé es fauxbourgs de Sainct- Dcnis et Sainct-Martin, d'où il n'a rien emporté que honte et confusion. Si nous voulions recognoistre nos forces, il ne nous eust tenu de si près assiégés, par les sorties que les plus afiectionnés d'entre nous eussent faictes sur lui, s'ils en eussent esté requis et recherchés. Afin qu'advenant une bonne occasion de leur courir sus et faire csloigner de ladicte ville, nous ne manquions de forces, MiM. les colonels sont priés de faire assembler tous les capitaines de leur colonelle, pour en desputer par leur quartier tel nombre qu'ils adviseront, et rechercher parmi les bourgeois ceux qui voudront monter à chevel ou aller à pied, avec quelles armes et équipages, dont ils feront un rôle, contenant les noms et armes qu'ils se voudront servir, pour marcher toutes les fois qu'il leur sera ordonné, sous la charge de sages capitaines, nobles, gentilshommes ou autres que monseigneur le duc de Nemours, ou nous, nommerons. 26" may *. « Et Paris s'était garni de sa
* Registre de IHôtel-de-Ville, XIII, fol. 23. ..