SITUATION DES ÉTATS
La harangue du légat était toute dans la pensée de l'exclusion de Henri de Béarn ; elle appuyait les intérêts de l'Espagne , confondus avec le catholicisme. Porter une infante sur le trône , proclamer le concile de Trente comme loi fondamentale , tel était le but des instructions de Rome. L'élection d'Isabelle n'était pas sans difficultés; il n'en était pas de même de la grande loi du concile ; les Etats ne demandaient qu'à en faire la concession , car leur penchant conciliateur n'affaiblissait en rien cette efiervescence religieuse qui les dominait. Au reste, toutes ces discussions aux Etats n'étaient qu'une manière de cacher les intrigues réelles. Les paroles du duc de Feria et de Taxis n'étaient elles-mêmes qu'une expression ofllcielle des intentions de l'Espagne et du pape. Toutes les affaires pour l'élection se faisaient en sous-main , et se déterminaient par d'autres mobiles que les discours publiquement proférés.
Les négociations s'engagèrent dès l'origine pour l'infante , qui , avec le consentement des Etats, deviendrait la femme de l'archiduc Ernest, frère de l'empereur. Dans une instruction envoyée au duc de Feria , celui-ci dut exposer les raisons pour lesquelles le roi catholique ne pou- Plaisance, légat deNostreSainct-Père le pape Clément VIII >
DÉPÊCHE AU DUC DE FEIUA (15y;i). 207
vait donner sa fille qu'à un prince de son sang. « Sa Majesté n'avait, qu'un fils unique encore jeune, qui ne pouvait se marier de long-temps; de plus , une fois marié , on ne sait pas si Dieu lui accordera des enfans , faute desquels la sérénissime infante est seule héritière de l'Espagne et de tous les royaumes , terres et seigneuries qui en dépendent. Sa Majesté catholique est issue de la maison d'Autriche , si haute et si puissante et si digne d'être conservée pour le bien de la chrétienté. Ensuite , ne fallait-il pas , autant que possible, maintenir la pureté du sang entre les princes souverains ? Cela fortifie l'amour et l'obéissance des sujets , qui est une des considérations de laquelle Sa Majesté ne peut se départir ni se désister sans donner un grand dégoût et faire naître des dangers qui entraîneraient des inconvéniens notables. Le roi catholique voulait donner sa fille à l'archiduc Ernest, vu qu'il était prince bon catholique et d'une vie si religieuse et exemplaire , qu'elle peut servir de modèle ; il est vaillant, aimable, d'un abord facile; aimant les gens d'honneur, naturellement généreux , homme d'un âge mùr^ assez versé dans les lettres et qui sait diverses langues , et l'on ne doit pas douter que bientôt il ne se fasse à vos mœurs et coutumes à votre grand contentement *. En somme , il faut
' Es valeroso, amigahle. favil en Incomunicacion, ama-