RÉPONSE DES ETATS
Les États , toujours dominés par le parti parlementaire et national , ne firent poini attention à cette lettre si singulièrement impérative; ils répondirent nettement aux ambassadeurs d'Espagne et au légat : « Messieurs ; sur la proposition que vous nous avez faicte de la part de Sa Majesté catholique d'eslire et desclarer pour roy l'archiduc Ernest , nous aurions désiré donner une response conforme à vos désirs , par rapport aux grandes obligations que nous avons à Sadicte Majesté à laquelle nous devons, après Dieu , la conservation de la religion et nostre salut , comme aussi nous avons esté bien informés des hautes qualités dudict archiduc , digne et capable en tons points de commander un si puissant royaume comme est celui de France. Cependant nous vous supplions de prendre en bonne part si nous vous représentons que nos loix et coustumes nous erapeschent de recognoistre et nommer un roy qui ne seroit pas de nostre nation ; le naturel des François s'y oppose. Si nous adoptions ce conseil, nous renforcerions nos ennemis , car il destruiroit plustost nostre cause qu'il ne la fortifieroit : ce qui est loin des intentions de Sa Majesté Catholique ; elle ne veut approuver i[ue des résolutions qui puissent ruiner les hérétiques et conserver la religion en ce royaume. Si Sadicte Majesté Catholique veut avoir pour agréable l'eslection d'un de nos princes pour éstre roy, lequel seroit donné
^12 PRÉTF.NDANS A LA COURONîNE (1593).
en mariage à l'infante sa fille, nous luy aurons une infinie obligation, et nous pourrions, par le moyen de ce remède , mettre fin à nos misères en conservant la religion et l'Estat; chose qui seroit bien difficile si le consentement des François de tenir un prince de leur nation , n'est pas soutenu par l'auctorité , protect.on et forces de Sa Majesté. Si la volonté de Sa Majesté est telle que vous autres, Messieurs, ayez charge et pouvoir de traiter, nous desputeronsdes personnages de bonne volonté pour conférer avec vous, de nostre par» , et prendre ensemble les moyens et conditions pour terminer ceste bonne œuvre. Et nous ferons cognoistre dans nos rapports que nous ne desirons rien tant que de donner contentement et satisfaction à Sa Majesté *. » L'élection de l'archiduc étant ainsi repoussée, malgré les vives instances du roi d'Espagne et du légat, c'était un échec pour le parti de la sainteunion; ce parti avait été si cruellement affaibli par les dernières mesures du duc de Mayenne ! Ses forces municipales étaient éteintes ; les parlementaires triomphaient, et la grosse bourgeoisie avait ses intérêts , ses instincts pour le roi de Navarre converti au catholicisme, grande négociation prête à s'entamer **.
Le duc de Savoie aurait-il plus de faveur ? Dans
Archives de Siinnicas , cof. B 15'*'.
" Voir le chapitre xtu pour les conférences de Surcncs.