LES ROYALTSTES ET ROME
finir , parce qu'ils craignaient rexcommunication et les foudres romaines. Depuis leur réunion à l'armée des huguenots et cette obéissance qu'ils accofdaient à un prince hérétique , les royalistes étaient tout inquiets de leurs rapports avec Rome. Ils ne voulaient point renoncer à leur croyance, fouler aux pieds l'idole du pape , comme les ministres calvinistes et la brave chevalerie du Béarn ; et pourtant, sous un prince réformé , ne combattaient-ils pas les catholiques ? ne marchaient-ils pas contre la sainte association ? Dans ces circonstances , le marquis de Pisany ( Saint-Goard ) eut mission de se rendre auprès du pape en leur nom ])our « baiser les pieds de Sa Sainctetéet luy présenter ses lettres de créance, se congratuler avec luy de sa promotion et eslection au pontificat, laquelle apportera à ce royaume beaucoup de contentement et repos. Saint-Goard devoit expliquer les causes qui avoient donné aux susnommés subjects de tenir le parti de Sa Majesté , que lors du décès du défunct roy , celuy qui règne maintenant tenoit le lieu de la seconde personne en leur armée , lequel estant accompagné de beaucoup de qualités dignes de roy, ils ont estimé ne luy pouvoir desnier le droit que Dieu luy avoit donné, sans offenser leurs consciences. Qu'auparavant l'avoir eslu, le roy auroit promis , desclaré, juré et protesté de maintenir la religion catholique, garder et
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et conserver les ecclésiastiques en leurs prérngatives, dijifuités et honneurs , laquelle desclaration et promesse auroit esté enre{ifistrée en tous ses parleniens. Et qu'à présent , pour obvier aux ruines et pertes de ce royaume qui se commettent sous le prétexte de religion , ils ont unanimement sup])lié sadicte Majesté de trouver bon d'estre instruit delà religion catholique, à quoi il auroit faict response comme il a toujours faict par cy -devant qu il estoit docile et prest à recevoir ladicte instruction ; ce qui estoit un préjugé à rencontre des huguenots et une grande espérance pour les catholiques *. »
Cette instruction était signée spécialement par le duc de Nevers, le garde-des-sceaux Chiverny, Charles de Montmorencv, François d'O et Revol , chefs des royalistes unis à Henri de Navarre. Le marquis de Pisany avait eu jusqu'alors peu de succès; il fallait se décider à un parti , si l'on ne voulait encourir la foudroyante excommunication. Les royalistes écrivirent longuement aux modérés de la sainte ligue, pour solliciter des conférences, intimes, afin de se rapprocher, en posant un terme aux crises politiques. « Les princes . prélats, oflieiers de la couronne et autres seigneurs catholiques, ont tousjourseupour principal point la conservation de la religion catholique , et se
'Carton Fonlanieu. \nii. Mi^jl.
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soul d'autant roidis avec leurs armes et moyens , en la desfense de la couronne sous l'obéissance de Sa Majesté quand ils ont vu entrer en ce royaume les estrangers envieux de la grandeur de caste monarchie et de l'honneur et gloire du nom franoois , car il est trop évident qu'ils ne tendent qu'à le dissiper. Tous les bons François , zélateurs , doivent donc y obvier de tous leurs pouvoirs; le vray moyen seroit une bonne réconciliation entre ceux que le malheur tient ainsi divisés et armés à la destruction des uns et des autres; car sur ce fondement la religion catholique seroit restaurée, les églises conservées, le clergé maintenu en ses dignités et biens, la noblesse reprendroit sa force et vigueur pour la desfense et repos du royaume; les villes se remettroient de leurs pertes, j>ar le restablissement du commerce et des arts; les champs se remettront en leur culture ; Dieu seroit servi et le peuple jouiroit d'un assuré repos. Acestecause, lesdicts princes et autres seigneurs , au nom de tous et avec le congé de Sa Majesté , ont voulu par cet escrit, signifier au sieur duc de Mayenne et autres personnes assemblées en la ville de Paris, que s'ils veulent entrer en conférerce et communica- : lions des moyens propres pour assoupir les trou- ' blés , et desputer quelques bons et dignes personnages pour s'assembler en tel lieu qui pourra estre choisi entre Paris et Sainct-Denis, ils y en en-
PRÉLIMINAIRES DIS (:ONFÉRE?JCRS (1593). 2ù[)
Acrront et feront trouver de leur part pour recevoir et apporter toutes bonnes ouvertures. Ils s'assurent que les moyens se trouveront pour parvenir à ce bien , protestant devant Dieu' et les hommes que si ce moyen est rejette , la coulpe du mal qui en adviendra ne pourra ny devrf^ justement estre imputée qu'à ceux qui par tels refus, seront notoirement recognas en estre ia seule cause. Faict à Chartres , 2-C janvier 1393 \ »
Après quelques hésitations , les desputés des États , acceptèrent l'ofTre de ces conlérences "". Il
* Mss. de Mesnies, intitulés : Mémoires du rcgite de Henri III . in-fol., loin, m , n"»™^', fol. 86.
'*Les princes et seigneurs catholiques (jui sont encore à présent en ceste %ille de Chartres ont , avec nouvelle permission de Sa Jîajesié, voulu faire entendre par cest esoript , à l'assemblée de Paris, que dans le 15" jour du mois prochain , ils leur feront plus particulière desclaratiou de ce qui dépend d'eux pour l'acheminement et resolution de la conférence tant en ce qui touche les sûretés que autres choses qui y écherront. Pendant le([uel temps, s'il plaisoit ausdicts seigneurs qui sont en ladicte assemblée d'advertir lesdicls princes des noms ou de la qualité et nombre des personnes qu'ils voudront a ceste fin desputer , cela ayderdit à avancer d'autant plus la conclusion , laquelle Dieu veuille par sa grâce adresser au seul but de la conservation de la religion catholique et de l'Eslaf. — 29 mais I.">93. — Repose. Messieurs, pur ^o?
24U PRELIMINATRES DES CO>ifÉKEN€ES (1593).
y avait alors tendance aux arrangemens; on voulut en finir avec la guerre civile. 11 y a des temps où cette impatience se montre partout , ressort de tous les faits ; vainement voudrait-on alors courir encore aux batailles; la paix est dans les opinions, et la puissance de la modération triomphe. La paisible bourgeoisie reste maîtresse du pays.
Saint-Denis, puis Surène , furent les lieux indiqués pour ce règlement des intérêts du tiersparti. Les deux premières séances se passèrent en débats sans intérêt. Dans la troisième, on arrêta une trêve de dix jours à quatre lieues de circonférence. Les principaux députés de la sainte-union étaient rarchevêque de Lyon, Tévêque d'Avran-
dernières lettres , vous demandez f]ne nos conférences soient remises jusqu'uu 1.5 de ce mois. Nous eussions plu- (ost désiré de l'avancer, tant nous l'estimons nécessaire pour le bien commun des catholiques ; mais , puisqu'il ne se peut faire autrement , nous allendroiis vosfre commodité et le temps qu'avez |)ris , pourvu que ce soit sans plus différer. ?ious desputerons douze personnes d'honneur et de fiualifé , qui ont de l'intégrité, du jugement aux affaires , et sont (rès-desireux de voir la religion catholique , apostolique et romaine , en sûreté et le royaume en repos. Vous aviez choisi le lieu pour la conférence entre ceste ville et Saiuct-Denis , et nous l'avons accepté , ou tel autre qu'aurez plus agréable. Ne languissons plus , Messieurs , en ' attente. — )iss. de Mesmes, ibid.
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ches , l'abbé de Saiiit-Vinceut-de-Laon , André de Brancas , chevalier, lieutenant-général de Normandie ; le eouite de Belin , gouvernenr et lieiiteiiant-géneral de la vicomte et prévôté de Paris; Jeannin , président au parlement de Dijon; J. de Portalier, baron de Talme , député de la noblesse de Bourgogne; Louis de Montigny, député de la noblesse de Bretagne ; le sieur de Montolin , député du comté de Champagne; le Maistre, président au parlement de Paris ; Bernard , avocat au parlement de Dijon , député de Bourgogne ; Honoré du Laurens, conseiller et avocat-général au parlement de Provence. On leur adjoignit le duc de Yilleroy, alors absent. Leur pouvoir consistait à comparaître, au nom des princes et Etats de l'union , aux conférences, ouïr les ouvertures et propositions du parti contraire, y répondre selon leur prudence, et (aire d'eux-mêmes telles propositions et ouvertures qu'ils jugeraient utiles à la réunion des catholi({ues, à la conservation de l'Église catholique, apostolique et romaine; pour, lesdits moyens discourus et discutés , en faire le rapporta l'assemblée des Etats de l'union, qui prendraient sur le tout la mesure la plus utile et convenable. Les députés des seigneurs attachés h Henri IV étaient Farchevéque de Bourges, }Ul. de Chiverny, de Bellièvre, de Rambouillet , de Schomberg , de Pontcarré , de Thou , Revol , tous conseillers au Conscil-d'Etat. auv- VI. 21
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quels on adjoignit le seigneur de Vie, gouverneur de Saint-Denis *.
La quatrième séance fut ouverte par rarchevèque de Bourges, expression d'une petite fraction du clergé qui n'avait point adopté la ligue. Il exposa l'état misérable de la France ; la paix seule pouvait effacer les traces des discordes civiles. Alors l'archevêque de Lyon, au nom de la sainte ligue , répondit : « De nostre part , nous n'apportons aucune passion ; mais une pure et sincère volonté de trouver quelque bon et salutaire conseil à la conservation de la religion catholique et de l'Estat; nous desirons, au prix de nostre sang, transmettre sûre et entière à la postérité une religion si chèrement conservée par nos pères. » Arrivant au moyen de guérir les plaies publiques, il posa en fait que l'hérésie en était la source ; a elle seule il fallait attribuer le saccageluent des temples, la démolition des autels, la misère des villes. « La paix, les catholiques la demandent, pourvu que ce soit la paix de Dieu et de l'Eglise , cette paix pour laqvielle Jésus- Christ est venu séparer le père d'avec le fils, et commander de quitter biens, parens et alliances **.
* 4 mai 1593. — Collection des États-Généraux , tom. XV, pag. 412.
" Le duc d'Aumale au comte de Munsfeld. — « La conférence avcr les catholiques contraires continue tousjours,
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Pour jeter les fondemens d'une heureuse et solide paix, il faut que les catholiques soient unis, pour maintenir la religion et conihattre l'hérésie. »
L'archevêque de Bourges répliqua : « Si vous n'establissez pour base de la paix l'obéissance au rov et prince souverain, c'est en vain que vous parlerez de sauver la religion ; ce roy ne peut être que celuy donné de Dieu et de la nature, et qui a des droits par l'ordre de succession et les lois anciennes du royaume , étant issu de tige royale et de la famille de sainct Louis. Au reste, je ne vous présente point un roy idolâtre; il ne suit pas non plus la loy de Mahomet ; il Sst chrestien , il croit en un mesme Dieu , en une mesme foy, en un même symbole; il est seulement séparé par quelques erreurs touchant les sacremens, desquelles il sera facile de le retirer après l'avoir recognu. S'il n'est pas tel qu'on le désire , il faut
et n'en faut rien appréhender de préjudiciable au serinent <|ne nous avons faict à la conservation de nostre religion et le très-humble respect que nous devons à Sa Majesté Catholique. — Bien vous dirois-je que sans argent et forces il sera malaisé de rendre nos desputés et cestc ville disposés à ce (lue vous et moy desirons ; car la nécessité est si grande parmi eus , qu'ils n'ont rien d'agréable que ce qui les retirera de leur misère , qui est telle que ceux qui la voient ne la peuvent imaginer. — Archives de Siniancas ,
coi. n 77'^^
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lascher de le rendre tel ; employez-vous donc tous il ce bon œuvre, je vous eu conjure par communs vœux et intercessions. On a bonne nccasion d'espérer ce qu'on demande de luy ; il l'a promis plusieurs fois , et notamment à son avènement à la couronne *. »
« En efl'ect , répliqua Monseigneur de Lyon , la paix et prospérité des Kstals dépendent principalement de l'obéissance au. prince et de la concorde des subjects ; mais ceste concorde ne peut exister s'il y a diversité de religion; l'expérience des trente années passées l'a assez démontré. Tous les jours nous desirons recognoistre un roy et chef souverain ; c'est le vœu de toutes les provinces; il faut que ce roy soit prince trèschrestien de nom et d'effect . digne de la piété de ses ancestres. Recognoistre et avouer un héréti([ue pour roy dans ce royaume très-chrestien,
* C'est vers le milieu de ces conférences de Surène c|ue commence le franmeiit inédit d'un journal de Paris trouvé chez Pithou , et déposé ans archives judiciaires du royaume. Ce journal \a du 17 mai au 6 novembre 1593. ill. de Jlonmerqiié , qui a jjien voulu m'en communiquer une copie , l'attribue à un bourgeo s de Paris. Je ne partage pas l'opinion du magistrat, a qui l'histoire nationale doit tant de précieuses découvertes; je crois que ce journal est d'un parlementaire. C'est moins le récit des caquelages de rue qu'une notice exacte de tout ce qui se passe dans Il's corps judiciaires de Paris.
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l'aillé de FEglise , l'ancien erinemy des hérésies, c'est chose contraire à tout droit divin et humain , aux canons ecclésiasticjues , aux conciles généraux, aux lois primitives et rondanientales de cet Estât. » M. de Lyon invoqua l'autorité du concile de Latran , lequel concile imposait à tous les princes le serment d'exterminer les hérétiques , d'en purger leurs royaumes, terres et juridictions ; autrement ils étaient excommuniés, et leurs sujects absous du serment de fidélité et obéissance. Ce concile avait été adopté par toute la chrétienté, notamment en France; le serment que les rois prêtaient à leur sacre, était tiré mot à mot dudit concile.
L'archevêque de Bourges , infatigable , prit de nouveau la parole : « L'Escriture ne recommande rien tant que l'obéissance due aux roys et [jrinces souverains; elle est pleine d'excîuples du respect que les prophètes et les anciens chrestiens leur portoient. On ne lit pas ([ue les anciens pro- }»hètes se soient opposés et rebellés à leurs roys , mais les honoroient , les assistoient et estoient de leur conseil. Néron , Domitien, Dioclétien étoient tyrans et persécuteurs de l'Eglise; toutefois , ils n'ont jamais perdu leur auctorité ni l'obéissance de leurs peuples; Constance, Julien l'apostat , Valcns , Zenon , Anastase , Héraclius , Constantin IV et V, étoient hérétiques, néanmoins jamais l'obéissance ne leur a esté
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(lesniée. A l'égard des lois fondamentales , je réponds que ny les Estais du royaume , ny la roy même n'ont pu violer la loy de succession de cette couronne qui est perpétuelle , et ne peuvent oster ce que la nature et la loy ont acquis *. »
En entendant ce discours de l'orateur du tiers parti , l'archevêque de Lyon s'écria : « Nous n'avons jamais preste serment de fidélité au roy de Navarre. Au contraire , nous avons juré solennellement de ne le recognoistre jamais. Six papes , Grégoire XIII et XIV , Sixte V, Urbain VII , Innocent IX et Clément VIII , ont expressément défendu de lui obéir. «Les députés parlementaires , vivement émus, s'étant retirés pour la réponse à faire, l'archevêque de Bourges répliqua : » Dans les Sainctes Kscritures chascun trouve des argumens en faveur de ses opinions ; mais le vrai sens est dans les prédications de Jésus- Christ et de ses apostres : il faut craindre Dieu , honorer le roy; toute amc est subjecte aux puissances ordonnées de Dieu ; agir autrement c'est résister aux volontés du Créateur, et être perturbateur du repos et tranquillité publics. Au demeurant , le roy est un prince grand, généreux, dans la vigueur de l'âge, capable non-seulement de gouverner le royaume, mais de le defen-
* CoVertion des JJlals-Géncraur . 'oni. xv, pajj. 419.
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dre contre les estrangers, et de se rendre redoutable à ses voisins , ce qui sera d'un grand appuy pour la défense de l'Eglise. Messieurs , compter sur le secours et promesse du roy d'Espagne c'est s'appuyer yarieti inclinafo et materiœ defulsœ * . »
Dans la sixième séance, tenue le 10 mai , l'archevêque de Bourges pria tous les députés de s'expliquer aussi franchement que lui. « Nostrc intention peut facilement s'interpréter , répondit l'archevêque de Lyon ; novis n'avons eu qu'un but en entreprenant ceste conférence, c'est la réunion de tous les catholiques , assurer la religion et conserver l'Estat ; en tout , nous conformer à l'advis de nostre Sainct-Père. — Mais, dit l'archevêque de Bourges, que répondez-vous sur la conversion du roy? ne voulez-vous pas nous aider à le faire catholique? — Plustà Dieu, Monseigneur, qu'il fust bon catholi(|ue, et que nostre Sainct- Père en fust bien satisfaict ** ! »
L'archevêque de Bourges ouvrit la septième séance par un discours dans lequel il exposa de nouveau que le principal moyen de pacifier le royaume était la reconnaissance d'un roy : « Nousvous avons dictque nous n'en cognoissions
* 1 mai 1593. — Collection de États-Généraux, tom. xv, pag. 456.
** 10 mai 1593. — Collection ries Etals Généraux Aom. XV, png. 478.
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autre selon Dieu et l'ancienne observance du royaume, qu'en la personne du roy à la couronne par ordre successif, qui est sans controverse et lequel ne nous avez nié. Vous arguez seulement le défaut de qualité religieuse que nous desirons comme vous pour réunir les cœurs et les volontés de ses subjects , en un même corps d'Estat sous son obéissance. Eh bien ! Henry de Navarre est décidé à prendre à l'égard de la religion les moyens que ses principaux serviteurs lui ont conseillés. Sçavez-vous que le roi vient d'adresser une ambassade au pape pour obtenir la main-levée des excommunications prononcées contre lui, et qu'il a convoqué à Mantes un bon nond)re d'évèques et autres prélats et docteurs catholiques, pour être instruit et se bien résoudre avec eux de tous les points concernant la religion catholique * ? »
L'archevêque de Lyon, dans la huitième séance, lut le rapport de ce qui s'était passé à la précédente; puis, abordant les ouvertures faites par les catholiques modérés , il dit , à l'égard de la conversion, que personne ne la rejetait; c'était même la plus courte voie pour terminer les maux de l'Etat. Mais la plupart , et principalement l'ordre de l'Eglise , tiennent celte offre pour
* 17 mai 1593. — Collection des Étals- Généraux, tom. x\,
l-asi. Î84.
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fort suspecte et que cette conversion était plutôt un coup d'État que de religion. Une maladie si invétérée ne pouvait se guérir qu'avec une rare et evtraordinaire grâce et miracle spécial de Dieu. « L'hérésie est hypocrite ; elle dissimule quelque temps pour arriver à son but ; nous avons l'exemple d'un roy et d'une royne d'Angleterre ; Henry VI1I« et Elisabeth. Le meilleur conseil et expédient à suivre est de laisser le jugement de cette conversion au pape, véritable soleil de la foy , qui scaura bien fondre le mensonge s'il y en a : au surplus, Messieurs, les bons catholiques conféreront entre eux , et vous sera donnée bientost ample réponse *. »
Le Sjuior, à l'ouverture de la neu\ième séance-, l'archevêque de Lyon s'excusa d'avoir tant tardé à répondre : « Vous nous avez parlé de la conversion du roy de Navarre ; il est à désirer ([u'elle soit vraie et sans fiction; maison a lieu de croire que c'est chose feinte et suspecte ; la foy s'annonce par des œuvres ; s'il avoit vraiment le repentir, il blasmeroit et détesteroit publiquement son erreur. Au reste, il ne nous appartient pas d'à [)prou ver ou d'improuver ladicte conversion ; nous en laissons le jugement à nostre Sainct -Pnre le pape, qui seul a auctorité d'y pourvoir. — La conversion du
'20 mai 1593. Colleclior, des États-Génémiir , (oui. XV, itfig. 497.