‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 144 sur 202 · FIN DES CONFÉRENCES · texte numérisé non relu

FIN DES CONFÉRENCES

nostre Sainci-Pcre qu'il fasse ce bien à la France ; M. de Mayenne peut beaucoup nous aider, agissons de concert. »

Tout se résumait en pourparlers. On apercevait que les catboliciues ligues n'avaient pas confiance en la conversion de Henri de Navarre, acte immense pour réunir les esprits. N'avait-il pas déjà secoué le saint joug de l'Église ? et cette croyance qu'il avait ainsi trahie, ne pouvait-il pas l'abandonner une seconde fois? Le 11 juin eut lieu la dixième et dernière réunion ; on était convenu de ne plus procéder que par écrit; dèslors l'archevêque de Bourges remit à l'assemblée un écrit signé de lui et de MM. Chiverny, Bellièvre, de Schomberg, Camus, de ThouetRevol, dans lequel on résumait tous les débats qui avaient eu lieu dans les précédentes conférences, et ou répondait aux objections présentées par les députés de l'union *. On y faisait d'immenses concessions; les royalistes proposaient la soumission au pape ; la conversion de Henri IV, sans autre condition que la reconnaissance de ses droits héréditaires à la couronne.

On s'était vu ; on s'était entendu sur bien dos points. Quelles que fussent les nuances sur les articles particuliers, était arrivée cette conclusion

* 1 I juin 1593. — Collection des Étals-Géiiéiaur , toni. XV, pag. 533.

2Ô2 SITUAT10> DE PARIS (1593).

inévitable que s'il n'y avait pas possibilité d'admettre au trône ni la famille de Lorraine, ni l'infonte d'Espaj^ne, il fallait un roi catholique à une nation ardente dans sa foi; d'où la conclusion naturelle que la conversion de Henri de Navarre était la nécessité de son avènement. Ainsi, pour bien juger la position , il fallait se placer au milieu de la société alors fatiguée de luttes. Il y avait quelques années que le tiers parti formait une exception; maintenant il était la force, parce que la lassitude et un profond besoin de paix se faisaient sentir. Henri de Navarre avait-il encore à hésiter? Si la majorité n'était plus à la ligue, elle n'était pas venue aux huguenots ; l'union des deux fractions catholiques se détachant des extrémités formait un imposant parti. Henri de Navarre devait, en se rangeant sous sa bannière, profiter de l'opinion bourgeoise, dominer la puissance parlementaire : et pour cela il fidlait se rattacher au catholicisme.

Les résultats de modération que devaient préparer les conférences de Surène n'étaient pas de nature à plaire aux opinions extrêmes, à la ligue des villes, aux associations communales et religieuses. Dans la crainte qu'il n'en advint un accommodement, capable de nuire à l'autorité municipale et catholique de Paris, ou que les conférences n'exerçassent une action sur les esprits lassés, les seize quarteniers, tous les hom-

PROTESTATION CONTRE LES CONFÉR. (ISOii) 253

mes iiiflueiis sur le i)eiiple, firent ])ariiitro iiiiq protestation, déclaration et désaveu contre l'aeeord et les articles de la eoni'érenee requise par ceux du parti du roi de Navarre : » Le salut des catholiques, disait-on dans ce pam[)hlet, ne despend de la volonté d'un hérétique et de ses adhérons. Au contraire, c'est le moyen do ruiner leur cause. C'est l'ordinaire des hérétiques et de leurs adhérons d'user des peaux de lion et do renard, afin que, manquant l'une, ils ayent recours à Taulro. Protestent les catholiques que si, par-dessus leurs renionstranees, telle conférence se faict, et (jue par le moyen d'icelle leur cause en soit indubitablement retardée ou cmpirée, do demander, comme pour lors, vengeance à Dieu de tels inconvéniens et de toutes les misères du peuple ; désavouant ladicte conférence comme inutile, non nécessaire, dangereuse, importante, scandaleuse et desfendue. Sommant au surplus MM. les desputés dos Estats, sans s'arrester à costfe conférence, ny à la corruption du conseil, d'instamment passer outre en l'exécution de leur charge, dépendant d'un seul point qui est d'eslire et nommer un roy qui ne soit et n'ait esté hérétique, fauteur ny adhérent; mais catholique puissant et débonnaire pour conserver la religion et maintenir l'Estat, sous le bon plaisir de Sa Saincteté et du roy catholique; suivant la réso liilion faicte en l'assemblée générale tenue en

254 PAMPHLET CONTRE LES CONFÉPxENCES (1593).

ceste ville de Paris au mois de juin 1S92. Ceci a été aifiché par les carrefours de la ville de Paris, le SS'' jour d'avril Vôm \ »

Et puis, que de présages interprétés contre cette maudite conférence, bâtarde union des traîtres politiques! « La fille du curé de Sainct-Jacques, mariée à un procureur de la ligue, accoucha de deux en fans, l'un vivant, bien composé; l'autre, mort, est un monstre eslrangement difforme. M. Le Cousturier l'anatomisa, et remarqua que ce monstre avoit une teste plate et pelue, grosse comme un œuf de poule. Cesfe teste estoit joincte au corps entre deux espaules, sans col, et il n'y avoit apparence d'yeux ; toutefois se trouvoient deux ampoules comme deux petites cerises ; au nez n'y avoit qu'une narrine; la bouche faicte comme le bec d'un canard ; il n'y avoit j)oint d'oreilles; la partie qu'on appelle poictrine estoit derrière entre les espaules, et n'y avoit aucun bras; toutefois sur l'espaule sénestre y avoit apparence de main mal formée. On ne trouva dans le corps ny cœur, ni poumons, ny foye, ny aucun intestin. » Et aussitôt un pamphlet parut contenant la claire interprétation de ce que

Celte déclaraiîon fut envoyée imprimée par l'ambassadeur Taxis à Philippe H , qui a entoiiré d'une ligne toutes les phrases citées ; derrière cette espèce d'accolade se \ trouve un B( Bien ou Bueuo probablement ).

WJKTRAIT DES POLITIQUES (15<}3). 255

dessus : « (jestc femme, c'est la France qui a engendré deux enfans que depuis elle a tousjours nourris; l'un, qui est l'enfant dédié à Dieu, qui représente le corps des vrais catholiques de l'union-saincte ; l'autre, c'est l'enfant dédié au diable, qui représente le corps des hérétiques, schismatiques, politiques et leurs fauteurs. Tous ensemble font le corps de la synagogue de Satan, représenté par le monstre susdict, la diiformité duquel se trouve estre en leur chef le Béarnois, qui est en sa vie et mœurs difforme et monstrueux. En ce chef des hérétiques, schismatiques et politiques ne se trouve aucun œil; parlant sont aveugles , et comme tels cheminent en ténèbres. La beauté de la teste de l'homme est une belle bouche au lieu de laquelle ce monstre avoit un bec de canard, qui représente les politiques fauteurs des hérétiques, lesquels, comme le canard qui vient boire à la belle eau claire, aussitost va fourrer son bec dans la bourbe ; ainsi font les politiques qui viennent avec nous dans nostre Kglise, en la sacrée messe et ])resdication du sainct Evangile, et aussitost qu'ils en sont sortis retournent barboter en la race boueuse , les désirant ou l'un d'eux pour leur roy. Ce I corps n'a aucun bras qui signifie le Béarnois, chef des hérétiques, estre sans noblesse et sans justice, car la noblesse et justice sont représentées par le bras qui porte le glaive. Geste main,

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