‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 148 sur 202 · PLAINTES DE MORNAY · texte numérisé non relu

PLAINTES DE MORNAY

voies douces ; nous abhorrons le contraire ; nous ne desirons autre protecteur que vous. C'est à vous de retenir tousjours ceste qualité en nostre endroict , nous desfendant contre ceux qui nous veulent du mal , et nous establissant en tel repos d'esprit que nous n'ayons plus à songer à subsister. Le mal croist tous les jours, on ne nous tient en France que comme la lie du peuple; nous y vivons sans crédit , intéressés en l'exercice de nostre religion , en la justice et en ce qui est de notre sûreté. Ces griefs ne sont en une province seule , mais en toutes, et ont tellement touché le cœur de tous en même temps qu'on se résout de s'appuyer pour se tenir debout , sans attendre l'espoir de s'eslever quand on sera par terre. Je vous représenteray encore en moindres mots ce à quoy on s'est résolu : c'est que tout ainsi qu'on veut jusqu'à la mort persister en l'obéissance qu'on vous doit, vivre en paix et ne chercher la guerre en façon quelconque , aussi s'est-on résolu de subir plustost mille morts que de relascher un seul point de ce qui est absolument nécessaire à la conservation générale des Eglises. Je crois que vous ne condamnerez point un si sainct désir, pour lequel cfTectuer vous avez souffert tant de peines autrefois et courru tant de hazards aveec nous*. »

* Lettre de Duplessis-JIornay , écrite à Henri IV , sur une assemblée de ceux de la religion prétendue réformée, 1593. — .llss. de Déihune , vol. cet. 8476 , fol. 78.

268 rLA.I!\TtS DES CALVINISTES (1593).

Les calvinistes prenaient ainsi leurs précautions; ils se réunissaient en assemblée pour se préparer à saisir les armes. Leur langage était jusqu'ici digne , modéré; ils n'abdiquaient pas le protectorat du roi leur vieil ami ; ils ne repoussaient pas cette bonne épée du Béarnais qui les avait guidés aux champs de la victoire ; mais ils craignaient l'avenir ! Henri de Navarre allait cesser de leur appartenir. Sous quelle loi le calvinisme se placerait-il désormais ? Le roi comprenait tout le danger de ce mouvement du parti réformateur dans son armée ; là étaient ses serviteurs zélés , les hommes sur lesquels il pouvait compter. Le calvinisme était le principe de son pouvoir , le fondement de ses alliances, la force de ses batailles , le point autour duquel se ralliait un grand parti. Il venait d'en éprouver toute la puissance ; car par cela seul qu'il était huguenot , tous les pauvres Vaudois des vallées de Lucerne , Pérouse , Saint- Martin se reconnaissaient ses sujets ; et leur première épitre reposait tout entière sur la ferveur de la foi réformée , dont Henri IV s'était posé le chef *.

* Lettre au roi, des habitans des vallées de Lucerne , rérouse et Saint-Martin , étant de la religion prétendue réffirmée , qui se reconnaissent pour sujets du roi. — Bibl. du roi , inss. de Dupuy, vol. 441. — » Sire , ce grand Dieu «lui faict régner les rois a mis le ]dus beau sceptre de rEuro[)e

Page 1