HENRI SUR SON ABJURATION
dénaturait les principes de l'alliance , et bouleversait l'équilibre des relations d'Ktat à Etat en Europe. Plus tard Elisabeth se calma par l'assurance qu'elle reçut du Béarnais, qu'au fond dosa conscience la réforme avait encore tout son pouvoir. Indiirérente d'ailleurs sur les croyances , Henri de Navarre se moquait et se gaussait de sa propre abjuration. « J'arrivai hier soir de bonheur, escrivoit-il à sa belle maitresse, et fus importuné de Dieu garde jusqu'à mon coucher. Nous croyons la trêve , et qu'elle se doit conclure aujourd'hui ; pour moi je suis à l'cndroict des ligueurs, de l'ordre de Sainct- Thomas. Je com- ^ mence ce matin à parler aux évesques, outre ceux que je vous mandois hier. Pour escorte je vous envoie soixante arquebusiers, qui valent bien des cuirasses. L'espérance que j'ai de vous voir demain, retient ma main de vous faire plus long discours. Ce sera demain que je ferai le saut périlleux. A l'heure que je vous escris , j'ai cent importuns sur les espaules qui me feront haïr Sainct-Denis comme vous faictes Mantes. Bonjour, mon cœur ; venez demain de bonne heure, car il me semble qu'il y a desjà un an que je ne vous ai vue. Je baise un million de fois les belles mains de mon ange et la bouche de ma chère maistresse *. »
*23'' juillet 1593. — lleuri IV a la marquise de Mous-
306 RÉSULTAT DE L'ABJUR.VTION (1593).
Ce fut donc moins l'inspiration de Dieu, la parole des évoques et des prêtres qui amenèrent l'abjuration de Henri que de sérieuses réflexions sur sa position politique. Quand l'assemblée catholique de Surène eut dénombré ses forces , il fallut vite aller à elle. Le Béarnais craignait une défection des seigneurs qui s'étaient unis à lui depuis la mort de Henri III; il s'était maintenu par eux; il lesavaitniénagés;il devait leur donneranjourd'hui le pouvoir, car ils étaient la force; les huguenots ne devenaient plus que des auxiliaires. Dès-lors Henri ae Navarre se résolut à sa conversion; il ne s'agissait que de choisir un moment opportun pour ne pas trop profondément blesser les huguenots ; et surtout il fallait les préparer à ce brusque changement dans la croyance de leur chef. Henri accomplit tout avec une grande habileté politique ; sans briser ses alliances à l'extérieur , il fit une immense concession à la vieille société catholique. Il se posa roi de France avec les conditions de durée et de force.
seaux; Mémoires de M. de L'Estoilo, mss. cot. P, n° 30. — Supplément franc. '*^^/^.