INSTRUCTION POUR ELISABETH
servation comme elle en a reçu fidèle service. Et pour ce que Sa Majesté a entendu qu'on a voulu donner quelque ombrage à ladicte dame que Sa Majesté s'accomraodoit par ses traités non-seulement avec ses subjects, mais avec le roy d'Espagne à son j)réjudice, ledict sieur de Merlans lui dira et assurera qu'il n'a encore ouvert aucun propos de traicté avec ledict roy, qui au contraire, par ses actions , faict bien voir que sa volonté en est aliénée. Si quelque chose en est mise en avant , Sa Majesté n'y entendra en aucune sorte , et respondra seulement qu'elle ne peut rien advancer sans la volonté de ladicte dame royne avec laquelle elle est particulièrement liée. La suppliant sembiablemcnt conserver Sa Majesté en ses bonnes grâces , la favoriser tousjours de son amitié , et d'autant que les ennerays de Sa Majesté dressent plus grands efforts contre elle , luy vouloir estre d'autant plus favorable et continuer son bon service *. »
Quand Elisabeth eut connaissance des projets de Henri IV , le noble protecteur des huguenots , elle ne se tint plus de dépit et de colère. Les dépôts manuscrits conservent encore la lettre autographe qu'elle écrivit en réponse aux dépêches du roi : « Ah! quelles douleurs! et quels regrets
* Fait à Saint-Denis , juillet 1593. Mss. de Colbcrt, in- fol. M. R. D. vol. XIX, p. 127 \".
304 ÉLIS.iBETH A HENRI IV (1593).
et quels gémisseuiens j'ay sentis en mon ame par le son de telles nouvelles que Morlans m'a contées I Mon Lieu ! est-il possible qu'aucun mondain respect dût effacer la terreur que la crainte divine menace! Pouvons-nous, par raison même, attendre bonne séquelle d'actes si iniques ? — Celui qui vous a maintenu et conservé par sa merci , pouvez-vous imaginer qu'il vous permist aller seul au plus grand besoin ? Or , cela est dangereux de mal faire pour en espérer du bien : encore espérois-je que plus saine inspiration vous adviendra. Cependant je ne cesserai de vous mettre au premier rang de mes desvotions, pour que les mains d'Esaû ne gastent les bénédictions de Jacob. Et où vous me promettez toute amitié et fidélité , je confesse l'avoir chèrement méritée, et ne m'en repentiray , pourvu que ne changiez de père (autrement ne seray pour vous que sœur bastarde de parle père); car j'airaeray tousjours mieux le naturel que l'adopt; je désire que Dieu vous guide au droict chemin et meilleur sentier. Vostre très-assurée sœur, Sire, à la vieille mode ; avec la nouvelle je n'ay que faire. Elisabeth *. » La reine exagérait l'expression religieuse de sa douleur , parce qu'elle sentait la portée de l'abjuration de Henri de Navarre, acte politique qui
* Bibl. du Roi, mss. de Colbert , iii-fol. — M. R. D. vol. coté 16, fol. 329.