‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 178 sur 202 · BOUDERIE DE MAYENNE · texte numérisé non relu

BOUDERIE DE MAYENNE

estonna un peu la compagnie , craignant que l'on voulust esluder l'action ; mais il fallut faire bonne mine : ainsi chascun se retira pour aller disner à la haste. Incontinent après , M. le président Le Maistre et vingt conseillers, entre lesquels estoit le sieur de Marillac , se rendirent au Palais , et de là partirent à pied , passant sur le quay des Augustins , pour aller trouver niondict sieur de Mayenne ; et le trouvèrent accompagné de peu de personnes (entre lesquelles estoient M. l'archcvesque de Lyon et M. de Rosne )■ M. le président Le Maistre , après avoir quelque peu discouru des droits de la couronne et de l'intérest de ce qui se traitoit , de l'ordre qui s'estoit passé au parlement , ce que oontenoit la résolution prise, il finit son discours en ces mots: «Et partant , Monsieur , la cour m'a donné charge de vous dtre qu'elle a cassé et casse tout ce qui se faict et se fera cy-après en l'assemblée des Estats , contre la loi salique et les loix fondamentales du royaume. » M. de Mayenne se montra estonné de ce langage et de ceste manière de parler ; il respondit peu de paroles, disant : « Vous vous fussiez bien passés de donner un arrest de si grande importance sans m'en communiquer. » Et aussitost la compagnie se retira. Et depuis , M. de Mayenne prit occasion de conférer avec le président Le Maistre et quelques conseillers; mais il ne put trouver ny accommode-

IIÉSOLUTION DU PARLEMENT (1593). a23

mcnt,iiy les fléchir. Lcdict sieur de Mayenne se résolut de casser cet arrcst j il n'osa Tentreprendrc * , le voyant appuyé de tant de gens de qualité, et sçachant la compagnie tellement afFermie qu'ils avaient tous faict serment de perdre plustostlavie que de se despartir deleur arrest **. »

* « Le vcndrcdy nialiii , 2 juillet , environ les sept heures , les despulés de la cour \irent M. de Mayenne , qui leur dict qu'il estoit fort marry que l'arrest eust eslc faict sans luy en communiquer ; mais que puisque c'en ctoit , n'y ayant plus de remède , il les prioit de ne procéder plus en telle sorte. 3Î. de Neuilly rapporta le tout à la cour ; l'arrêt fut enregistré. » — Journal d'un parlemenlaire , du 17 mai au 6 no^embre 1593.

*' Mss. de Colbert , pièces originales in-fol. M. 11. D. vol. cet. I, fol. 220. — Dans les registres du Parlement , le mercredi 30 juin 1593 , on lit : « Le discours de M. Le Maistro achevé , le sieur due de Mayenne nous respondit (ju'un chascuD avoit pu voir comme depuis le gouvernement de l'Estat par luy , il s'estoit employé à la manutention de la religion catholique : on pouvoit s'assurer de luy qu'il ne feroit rien contre la religion catholique uy contre l'Estat ; il eust dcsiré que pour le rang qu'il tient en Frjnce et pour l'importance de la chose , la cour , auparavant que de donner son arrest , luy en eust faict parler. Pour ce qui regardoit l'establissement proposé de l'infante d'Espagne il feroit ce qu'il estimeroit à propos , mais qu'il pouvoit assurer la cour (pi'il ne feroit rien au préjudice de sa conscience , pour l'ialcrest de la religion, de son honneur et resputation , et de la profession qu'il faisoit d'eslre bon François , et de ne fouffrirune domination eslrangèrc. •

324 AUIiÈT DU PARLEMENT (1593).

Le texte de cet arrêt nous a été conservé ; long-teiups les vieux parlementaires le gardèrent dans les annales de leur famille, comme un titre d'honneur et de dévouement envers la royauté, qu'ils avaient pourtant contribué à proscrire. Dans les grandes crises, les individus s'attribuent toujours des résultats qui se .sont faits tout seuls , par la marche naturelle des choses. L'arrêt fut le premier mouvement légal de l'opinion , et dans Thistoire des révolutions . même turbulentes , l'acte législatif qui les consacre est une force pour le présent et l'tivenir , car il régularise le cri désordonné des masses : « Sur la remontrance cj-devant faicte, disait le parlement , par le procureur du roy , et la matière niise en deslibéralion , la cour , toutes les chambres assemblées, n'ayant comme elle n'a jamais eu autre intention que de maintenir la religion catholique, apostolique et romaine en l'Estatetcouronne de France sous la protection d'un roy très-chrestien, catholiqueetfrançois, a ordonné et ordonne que remontrances seront faictes cette aprcs-disnée par M. le président Le Maistre , assisté d'un bon nombre de ladicte cour , à M. de Mayenne , lieutenant de l'Estat et couronne de France , en la présence des princes et grands officiers , estant de présent à Paris , à ce que aucun traité ne se fasse pour transférer la couronne en la main de princes ou princesses étrangers , que les lois

CO>'SÉQUE]NCE DE L'ARRÊT (1593).

fondamentales de ce royaume soient gardëes , et les arrêts donnés par ladicte cour poar la déclaration d'un roi catholique et françois soient exécutés ; et qu'il ait à employer l'auctorité qui luy est commise, pour enipescher que, sous le prétexte de la religion , le throsne ne soit transféré en mains estrangères contre les lois du royaume , et pour venir le plus promptement que faire se pourra au repos du peuple , dans l'extresme nécessité duquel il est rendu ; et néanmoins dès à présent a desclaré et desclare tous faicts accomplis et qui se feront cy-après pour l'estabiissement d'un prince ou princesse estrangère nul et de nul eflect et valeur , comme faicts au préjudice de la loy salique et autres loys fondamentales du royaume de France *. »

Le parlement, qui avait si profondément secondé la ligue ti l'origine, se trouvait ainsi engagé dans une voie de transaction ; il s'était associé au mouvement religieux et bourgeois; il s'en retirait avec cette bourgeoisie mécontente. Par son arrêt le parti de l'Espagne était complètement écarté, car l'infante se trouvait sous le coup de deux incapacités : d'abord la loi salique; puis sa qualité d'étrangère. Toute la question

* 28 juin 1593. — Arrêt donné en la cour de parlement de Paris ; Bibliothèque Royale, rec.de pièces in-S". cot. •■'"/='•, pièce?.

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