HENRI DE NAVARRE A PARIS
balles et boulets ; et pour cet elïect , s'assembler incontinent et eu donner response au bureau de la ville. » — Pareil mandement à Saint-Gerniaindes-Prés, abbaye, à Saint-Sauveur, à Saint-Martin-des-Champs , à Saint-Victor , à Saint-Nicolas, à Saint-Jean, à Saint-Gervais et à Saint-Paul*. Les habitans avaient bien besoin de ces démonstrations qui frappaient si vivement les yeux , car Henri de Navarre avait coupé toutes les communications , et menaçait Paris par lettres et bravades ** : « Manans et habitans de nostre ville de Paris, si la raison, le devoir naturel et les anciennes lois et constitutions du royaume n'ont pu fléchir vos cœurs à la recognoissance de nostre légitime vocation à ceste couronne , abusé-s par les artifices de ceux qui , au dépend de vos vies et moyens , osent aspirer à l'usurpation d'ioelle ; la nécessité en laquelle ils vous ont réduicts,
* Registre de l'IIÔlel-de- Ville, XIH , fol. 86. — Noin. • llessire Charles Bouclier , seigneur d'Orsay et de Dampierre , conseiller d'Estat , niaistre des requestes et président au grand conseil , a esté élu prevost des marcViands , dans une assemblée générale tenue en riIostel-de-Ville de Paris le 17" octobre 1590, suivant la forme ancienne, et en présence de plusieurs conseillers des cours souveraines et des plus notables bourgeois d'icelle ville. » — Les cchevins étaient Bretlie , Boucher, Desprcz, Langlois.
** 16 juillet 1590. Lettre de Henri IV, datée de Saint- Denis, aux habitans de Paris.
SITUATION DE TAIUS (1590). 29
frustrés du secours tant de foi'- promis et par vous si longuement attendu en vain, vous devroit au moins faire tourner les yeux à autre voyc de «al ut que vous ne devez douter de trouver en notre grâce et bonté quand vous voudrez y avoir recours. Voulant encore , pour particulier tesmoignage , vous annoncer que nous sommes advertis que certains étrangers auxquels vous n'avez donné que trop départ et créance entre vous, et qui vous tenoient desjà pour butin assuré de leur convoitise, se voyant prests à desclieoir de leur dessein , pratiquent sous main de faire mettre la ville au pillage, ne faisant difficulté ny conscience de vous sacrifier à leurs passions , pour rendre inutile la réduction d'icelle ; à quoy vous ouvrirez les yeux et y pourvoyerez, si bon vous sendjle , selon que le faict vous touche. Dieu vous fasse la grâce de bien faire vostre profit de nostre paternelle admonition *. »
Paris était alors dans un bien triste état , exténué de sa défense héroïque. Un témoin oculaire , un fervent catholique , raconte ainsi toutes les souflrances et la patiente résignation du peuple : « Les gens riches et aisés qui vivent à leur plaisir, au lieu des viandes délicates qu'ils avoient accoutuiiu' de manger, n'usoient plus que de pain d'avoine et de chair d'asne , mulets et chevaux ,
* Bibliothèque du Roi , luss. iu-fol. cot. «""^'^^
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encore s'en trouvoit-il peu et bien cher; les autres , pauvres petites gens qui vivent au jour la journée , ne gagnoient pas un liard , et n'avoient pas de quoi acheter des bouillies faites de son , d'avoine , qui estoit tout ce que mangeoient les pauvres, Voilà donc Testât de cette louable ville tant pressée de faim *, que non-seulement les pauvres en mouroient , mais au\ plus grandes maisons et plus riches. La chair estoit fort chère, à cause de la grande quantité de chevaux et mulets que l'on y avoit mangés , et les pauvres man-
Voici les mesures qui furent pri? es par le conseil municipal pour la famine : " De par le duc de Genevois et de Nemours et les prevost des marchands et esclievins de la ville de Paris; il est très-expressément erijoinct à tous paysans , manans et l^abitans des villages alentour ceste ■ville, de sortir présentement et aller en leurs maisons desdicls villages , pour faire amener en ceste ville tous les bleds, vins et autres vivres qui y sont ; pour conduire lesquels avec toute assurance, leur sera baillé escorte à ce qu'il ne leur soit faict aucun tort; à faute de quoy vingfquatrc heures après la publication de ces présentes, tous leurs biens, bleds, vins, vivres sont déclarés de bonne prise à quiconque les pourra appréhender. 30'^ aoust 1590. » —Registre de l'Hôtel-de-Ville , XIII, fol. 64. — Et un mandement du 31 confiait la garde des vivres dans les faubourgs aux bons jjourgeois en armes, afin d'emppscher qu'il ne soit enlevé aucun desdicts vivres et autre commodité qui pourront s'apporter. — Registre de l'Hôtelde-Vil!e , XIII, fol. 64.
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geoient des chiens, des chats, des rats, des feuilles de vigne et autres herhes qu'ils trouv oient , encore estoient-elles fort chères. Et beaucoup de ceux qui n'avoient de quoi acheter de ces petites choses mouroient par les rues, et s'en voyoit quelques matinées cent , cent cinquante, et quelquefois jusques à deux cents de morts de faim sur les places ; et de compte fait , il se trouve qu'en trois mois il est bien mort treize mille personnes de faim. La musique qu'on entendoit, estoient les cris des pauvres , des vieilles gens , pauvres femmes et petits enfans qui deniandoient du pain sans que personne leur en pust donner ny les secourir. La médecine qu'ils y faisoient estoit la patience *, et ne laissoit-on de faire infinies proces-
* Je n'ai trouvé nulle part qu'Henri IV ait fait entrer du blé dans Paris pour en nourrir la population; on a confondu sans doute une ruse de guerre avec un acte de bienfaisance. En effet, Henri IV déguisa des soldats en fariniers pour surprendre la ville , et c'est là le seul fait historique. Les misères de Paris furent chantées d'une manière différente par le catholique et le huguenot.
Complainrte des pauvres catholiques de la France, et principalement de la ville de Paris , sur les cruautés et rançons que l'on leur a faicf, et se chante sur le chant: Voulez-vous ouïr ; chanson de ce mauvais gendarme.
Mon Dieu , ne permettez Que tous ces hérétiques
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sions, avec les iiulul{jences et pardons mie le légat leur donnoit. qui se gagnoient en la plupart des églises, avec les sermons qu'ils oyoient, (jui leur faisoient prendre tant de courage , que les
Qui sont hdmmcs transis, Supposts des [loliliqucs, Veulent par Tliérésie Abolir notre foy , Faisant par tyrannie Mourir gens Je la foy.
Est-ce pas cruauté D'affamer telle ville?
Est-ce pas cruauté De preu'lre aussi les vivres ?
Et puis par leur grand ire Faisoient coutelacer Ceux qui les apportoicnt 5 Us csloient massacrés.
Lors ils ont faict mourir.
Dans Paris noble ville, El de faim fait languir Hommes, femmes et filles, Encore plus de dix-mille j Sans les pauvres enfans Qui mouroient aux mamelles Des mères languissans.
Stances sur la misère du siège de la ville de Paris. — Juillet 1590.
LES JURIMERS FRAiXÇilS \l!.\ llCLEl'RS:
Nous sçavons bien, Messieurs, que vostre presvoyance Suffit pour abréger de nos niauxlc circuit j
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sermons leur tenoient lieu de pain ; et quand un prédicateur les avoit assurés qu'ils seroient secourus dans liuict jours, ils s'en rclournoient contens , et s'entretenoicnt de ces espérances , encore qu'on leur eust donné beaucoup de telles remises et dilations, et ne leur souvenoit plus de ce qu'ils avoient enduré. »
Au milieu de ces souffrances de toute une population, les passions politiques s'agitaient; on
Nous l'avons bien cognu quand avant l'indigence Vous avez bien pourvu de serrer le biscuit.
Messieurs qui nous prescbez pendant ceste famine Qu'il vaut bien mieux mourir qu'à bord tendre les bras ; Il est vrai, mais suivant les lois de la marine, Il faut plustost aussi qu'on mange les plus gras.
Il est bien aisé lorsque la pance est pleine Dire que ce n'est rien que d'endurer la faim , Et pour dessus nos dos toujours tondre la laine, Nous promettre un secours du jour au lendemain.
Nostre barque se perd si l'on n'y remédie , Et nul n'y faici profit que quelques garnemens ; Tout chascun y languit , tout le monde y mendie, Mais le plus grand danger, c'est du retardement.
' 0 Discours Lrief et véritable des choses plus nostables arrivées au siège mémorable de la rciioiiimée ville de Paris ; et dcsfense d'icelle par monseigneur le duc de Nemours contre le roy de Navarre ; par Pierre Corueio , ligueur. »