PAMPHLET CONTRE LES SEIZE
publiait des pamphlets de toute nature ; un des plus curieux , œuvre des parlementaires, est dirigé contre le gouvernement des Seize : « Ta vertu, Brutus, est-elle anéantie ? Ne crois-tu la respublique assez oppressée pour la sauver d'un danger? Ke crains point, je le supplie , Brutus ; au contraire, tu avois osé bien commencer ; poursuis la pointe de ton entreprise, et que ni la mort ni aucune espèce de supplice te retarde de deslivrer ta patrie d'une servitude beaucoup plus infâme et dangereuse que ne fut jamais celle qu'elle a soufferte sous la domination de César. Quoi! tu crains donc quelques inférieurs à ton illustre race, César ayant esté ruiné par leurs moyens? tu n'as point assez de courage pour exterminer cinq à six petits tyranneaux , les fondemens de la domination desquels estant desbiles, sont tant plus aisés à desniolir ! On t'appelle aujourd'hui à desrouiller les armes , et par le fer esmolu abattre quelques testes de pavots qui par leur froideur dangereuse engourdissent les membres de ce bel Estât ; bel Estât, dis-je , mais en grand danger d'essuyer une chute trop lourde. Mais qu'altendstu ? Vingt mille âmes te regardent et n'attendent qu'à te voir commencer. Tout le peuple t'appelle et regrette en ta nonchalance la vertu de ton père trépassé. Dire que nous n'ayons plus que la face et l'extérieur d'hommes , que nous soyons plus abrutis que les bestes mesmes, plus couards,
r.VMriILET CONTRE LES SEIZE (1590). 35
mois et efleminés que femmes , pour endurer ({u'une douzaine ou deux de coquins désespérés {gouvernent et commandent à leur volonté à Rome française! Paris, jadis appelé sans pair, comme estant la plus belle ville du monde et la plus fameuse cité de l'univers, gourmandée par un petit tas de coquins et bellistres affamés ! Tu tournes le cousteau sur toi-mesme, sans connaître celui qui te cause tant de mal. Ah! pauvre peuple ! tu mérites bien de souffrir, puisque tu fais si })eu d'estat de ton aise et de ta liberté; tu laisses emporter ce beau joyau à un Mayenne , qui comme bufle , par le nez te mène; vrai démon , ennemi de ton bien ? Pourquoi ajouter ta foi à des larrons infâmes? Mais, ô miracle des miracles, et l'unique prodige de ce temps! sur ce point souvent je m'arrête , et mon esprit se trouble , ne pouvant comprendre comment il se peut faire qu'une poignée de canaille ayant du bled en son grenier et du vin en sa cave , puissent avec des paroles et artifices trompeurs, persuader à tout un peuple qui meurt de faim , d'endurer plustost toutes les extrémités que de pourvoir à son salut. Gens sans religion , qui trouvent une religion à mourir de faim pour trente ou quarante mille âmes languissantes , et la leur n'est qu'à faire bonne chère. Ah ! petits commandereaux, cadets lorrains , masles et femelles, Olivier, Senault , Louchart , Bussy, et vous, près-