‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 184 sur 202 · CARICATURES ET PAMPHLETS · texte numérisé non relu

CARICATURES ET PAMPHLETS

besoin de farces, de folles, de mascarades burlesques, un mélange de religion et de débauche. On chantait les (ijles d'amour et les saintes confréries ; on retraçait des images vivantes pour inspirer les douleurs, la pitié ou le mépris. Jamais la caricature n'avait été plus spirituelle; elle se manifeste dans toutes les émotions, les croyances de l'époque : c'est le diable qui souffle à d'Epernon les mauvais conseils contre les catholiques; c'est le diable encore qui entraîne aux enfers huguenots et politiques. Les intentions, les rôles, les ridicules sont parfaitement reproduits , et prennent une couleur, une vie remarcjuables .sous la main de l'artiste *. »

Les parlementaires s'emparèrent de cette arme puissante, dès qu'elle fut dans l'opinion et qu'elle leur fut favorable. Paris fut inondé de pamphlets, de caricatures et de saisissantes inspirations. On représentait le due de Feria sous la forme d'une grosse poule, coiffée d'un énorme bonnet rouge avec plumet, portant sur le dos une longue escoubette (balais), et tenant entre ses pattes de devant une petite chouette { sans doute l'infante ). 11 est en conférence avec monseigneur le légat, beau coq à longues plumes, accoutré d'un camail rouge et armé d'une arbalète au bout de laquelle se

* Toycs le envieux recueil intitulé : La Ligte , 1593. — Bibliothéciue royale , salle des imprimes.

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trouve un petit poisson , pour représenter l'hameçon de saint Pierre, qui retirait beaux deniers plutôt que les âmes de l'abîme du purgatoire *.

« Le 1" août 1391, contre la muraille de la porte Sainct-Innocent par laquelle on entre aux halles , on trouva peinte une droslerie en laquelle le duc de Mayenne estoit représenté avec de grands cizeaux qu'on appelle des forces, qni estoient au-dessus d^ luy ; après lesquels il suoit fort et travailloit pour les avoir; mais il n'y pouvoit atteindre. Et y avoit un escrit au-dessus en grosses lettres : Je ne puis avoir mes forces **.

» Au logis de Marc-Antoine, au faubourg Sainct- Germain-des-Prés , fut trouvée peinte contre une muraille une femme monslrant sa nature descouverte , et un grand mulet auprès, qui avec son grand kat vouloit monter dessus. A la teste de la femme y avoit escrit : M"'" de Montpensier , et au dessus dû mulet : monseigneur le Légat ***. » Quand Henri IV eut pris Chartres, les parlementaires racontaient, pour atténuer le crédit populaire des ligueurs, que le jour de mercredi-saint,

* La Lique, 1593 , in-fol. ( recueil de caricatures. ) Bibliot. royale, salle des imprimés.

** La ligue , 1593 , in-fol., ibid.

*** Lbid., ibid.

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