‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 188 sur 202 · SATIRES CONTRE LA LIGUE · texte numérisé non relu

SATIRES CONTRE LA LIGUE

France, et voilà pourquoi on vous nomme l'union *; il faut que chacun trouve ce qui lui appartient : Paris a ses douze quarteniers; il y a à Montl'aucon seizepiliers, chacun a ainsi son bénéfice * Ml ne reste plus que douze des seize , car les quatre premiers ontétéperchés comme ramiers***. Yousfaictes vœu, bons Parisiens, d'un navire d'argent à Notre-Dame ; maisl'on ne s'acquitte d'un vœu que lorsqu'on est

On pense que c'est pour vos zèles yue l'on vous nomme les zélés ; Mais vous avez ce nom des ailes Parce que bien vous volez.

* L'esprit malin qui vous manie

Sous couleur de religion, La France a rasé et unie :

De là est dicte l'union.

** Sur Montfaucon et les Seize.

A chascun le sien, c'est justice ; A Paris seize quarteniers, A Montfaucon seize piliers , C'est à chascun son bénéfice.

**' Sur la penderie de quatre des Seize.

Le pauvre Paris tant endure Qu'impossible est que plus iî dure ^ Pensez-y bien, si vous voulez, On y pend déjà les zélés.

De seize ils sont réduicts à douze , Et faut que le reste se liouze.

Pour après les quaire premiers Ëstre perchés comme ramiers.

sur le rivage. Quel est l'insensé qui y eut le payer estant au fort de la tempête * ? Deux se disputant la couronne ; ils en perdent l'appétit : l'un pour avoir trop grosse tète, l'autre pour avoir nez trop petit **. Le plus mordant de ces pamphlets, fut celui qui est parvenu jusqu'à nous sous le titre de : Satire Menippée ou de la vertu du cafholicon d'Esjjagne et de la tenue des Estais de Paris; œuvre complète , collection plutôt qu'unité d'ouvrage, préparée par les parlementaires ***. « Vous ne scavez pas les vertus du catholicon d'Espagne, sans doute ? Pendant qu'on faisoit les préparatifs et cschafauds au Louvre, et qu'on attendoit les despu-

* Sur le vœu d'un nnvire d'argent fait à Notre-Damedc-Lorctte par le prévit Marteau.

Faire aux saincts quelques vœux en péril de naufrage, Et puis s'en acquiller quand on est au rivage, Ccst chose bien louable , et blasmer ne la veux : Mais qui est Tinsensé qui veut payer ses vœux Estant encor ennierau fort delà tcmpeslc? Tlievet ne yit jamais une si grosse beste.

** De deux qui briguent la royauté.

Deux ont mis le royaume en queste , Mais ils en perdront l'appétit j L'un pour avoir trop grosse teste.

Et l'autre le nez trop petit.

*** On a souvent commenté la satire Menippée; la plus curieuse des éditions est celle de Ralisbonne , 1726, 3 vol. in-8°.

tés de toute part qui de mois en mois se rendoieat îi petit bruict, il y avoit en la cour dudietXouvre deux charlatans, l'un espagnol et l'autre lorrain, «ju'il fiiisoit merveilleusement bon voir vanter leur drogue et jouer tout le long du jour. Le charlatan espagnol estoit fort plaisant ; à son eschafaud estoit attachée une grande peau de parchemin escrite en plusieurs langues, scellée de cinq ou six sceaux d'or, de plomb et de cire, avec des titres en lettres d'or, portant ces mots : « Lettres du pouvoir de l'Espagnol et des efFect'5 miraculeux de sa drogue appelée higuiero. »

» Maintenant , servez, d'espion au camp , aux tranchées , à la chambre du royet en ses conseils, bien qu'on vous cognoisse pour tel , pourvu qu'ayez pris dès le matin un graiu de higuiero, quiconque vous taxera sera estimé huguenot; soyez recognu pour pensionnaire d'Espagne , trahissez , désunissez les princes : pourvu qu'ayez un grain de catholicon en la bouche , on vous embrassera. N'ayez point de religion , moquezvous à gogo des prestres et mangez de la chair en caresrae en despit du pape , il ne vous faudra autre absolution qu'un peu de catholicon. Voulez-vous bientost estre cardinal ? frottez une corne de votre bonnet de higuiero, il deviendra rouge et serez faict cardinal , fussiez- vous le plus incestueux et ambitieux primat du monde. Quant au charlatan lorrain , il n'avoit qu'un petit escabeau

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devant luy, couvert d'une vieille serviette et dessus une tirelire d'un costé, et une boëte de l'autre, pleine aussi de catholicon dont toutefois il deshitoit fort peu , parce qu'il commencoit à s'esventer, manquant de l'ingrédient plus nécessaire qui est l'or. .

Cette curieuse publication donnait l'abrégé des états de Paris tiré des Mémoires de M^e de Lalande, des secrètes confabuîations d'elle et du petit Commolet. « Après la procession , où l'on vit raaistre Pelletier , curé de Sainct-Jacques , habillé de violet, la couronne et la barbe faicte de frais , une brigantine sur le dos , avec l'espée et le poignard, une hallebarde sur J'espaule gau(!he , qui suoit et haletoit pour mettre chascun en rang , marchoient trois petits moinetons et novices, cinquante ou soixante religieux et six capucins ayant un morion en leste et au-dessus une plume de coq. Entré dans la salle des Estats, on admiroit l'arrangement et les peintures historiées des ta])isseries ; l'une d'elles contenoit le portraict fort bien tiré de son long de M. le lieutenant-général (Mayenne), habillé en Hercule gallicns, tenant en sa main des brides sans nombre , auxquelles estoient enchevestrées des veaux , aussi sans nombre. Au-dessus de sa teste comme en une nue , y avoit une nymphe qui avoit un escriteau portant ces mots : Gardez-vous de faire le veau. Et par la bouche dudict sieur lieutenant , en sortoit un autre où

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estoient escrits ces mots : Je le ferai. Après que l'assemblée fut entrée bien avant dedans la grande salle , la place fut assignée à chascun. « M. le lieutenant de l'Estat et couronne de France, crioit un héraut, montez là-haut en ce throsne royal , en la place de vostre maistre ; M. le duo de Guise, mettez-vous tout le fin premier pour ce coup sans préjudice de vos droits avenirs ; 01""= de Montpensier , mettez-vous sous vostre neveu : M. le prhnat de Lyon, laissez là vostre sceur et venez icy prendre votre rang. »

« Le bruit et la mauvaise odeur passés, M. le lieutenant commença à parler en ceste façon : a Messieurs, vous serez tous témoins que depuis que j"ay pris les armes pour la sainctc ligue , j'ay tousjours eu ma conservation en telle recommandation, que j'ay préféré de très-bon cœur mon intérest particulier à la cause de celuy qui scaura bien se venger de ses ennemis. Par nostre bonne diligence nous avons faict que ce royaume , qui n'estoit qu'un voluptueux jardin , est devenu un grand et ample cimetière universpl , plein do force belles croix peintes, bières, potences et gibets. Arrivé donc que je fus en ceste ville , après avoir envoyé guérir la ville d'Orléans de trop d'aise et interdire le commerce de Loire , j'en voulus faire autant en ceste ville. Et bien m'en prit , en quoi M"" ma mère , ma sœur, ma femme, et la cousine d'Aumale m'a.s.sislèrent fort catholi-

qucnient; et n'eusmes autre plus grand soin et sollicitude qu'à soulager et descharger tous les desvots habitans de la pesanteur de leurs bourses. Messieurs, il n'est en la puissance d'aucun de pardonner à un hérétique relaps, et le pape niesnie ne sauroit lui donner l'absolution , fust-ce à l'article de la mort; et si le pape s'en vouloit mesler , nous le ferions excommunier luy-mesme par notre mère la Sorbonne, qui sçait plus le latin et boit plus catholiquement que le consistoire de Rome. C'est donc sur quoy il nous faut principalement insister par quels moyens nous empesrherons la paix et rendrons la guerre immortelle en France. Tant qu'il y aura de ceste race Bourbonnienne , jamais ni moy ni les miens ne régnerons sans querelle ; c'est pourquoy vous ne devez douter que je feray tout ce que je pourrai pour m'en desfaire. Pour le moins une chose me con- .sole , c'est que si les ennemis tiennent Sainct- Denis où les rois sont enterrés, nous en tenons les joyaux , reliques et ornemens royaux qui sont fricassés pour eux, par mon frère de Nemours qui a falct fondre la couronne. Messieurs, nous avons un ennemy qui ne dort pas et qui use plus de bottes que de souliers ; vous y donnerez ordre, et vous garderez des escrouelles et de tomber du hautmal si vous pouvez. »

« Alors plusieurs entonnèrent : 6 crux ave, spes nnica , etc. Quelques-uns de l'assemblée le trou-

vèrent mauvais. Toutefois oha.seun chaula. Le brausle fiui, le sort tomba â M. le cardinal de Pellevé , lequel se levant sur ses pieds comme une oie, fît de très-profondes révérences : « Messieurs, s'écria-t-il , je suis à vostre commandement, pourvu que, comme bons catholiques, vous vous soumettiez aux archi-catholi({ues princes lorrains et super-catholiques espag^nols qui aiment tant la France et désirent tant le salut de vos âmes qu'ils en perdent la leur , dont c'est grand'pitié , et vous prie y adviser de bonne heure. Je vous servirai de père-confesseur et à la Fraiice aussi , si elle a l'esprit de se laisser mourir bonne catholique et faire les Lorrains et Espagnols ses héritiers, comme je vous en prie tous en général et en particulier : vous assurant, après M. le légat, que vos âmes ne passeront point par le feu de purgatoire , estant assez purgées par les feux que nous avons allumés es quatre coins et au milieu de ce royaume. Quant à l'eslection d'un roy, je donne ma voix au marquis des Chaussous; il n'est pas cognu ; mais bon catholique, apostolique et romain , je le vous recommande et moy de mesme. — Parlons des nécessités et oppressions du clergé, ajouta M. l'évesque de Lyon qui a grande réputation d'éloquence; vous y adviserez, s'il vous plaist ; pour mon regard, je mettrai peine que ma marmite ne soit renversée. Chascun advisera à se pourvoir si bon lui semble ; et de ma part je

ne désire point la paix , que premièrement je ne sois cardinal , comme on m'a promis et comme je l'ai bien mérité. Courage , mes amis, exposez vos vies et ce qui vous reste de biens pour M. le lieutenant et pour ceux de sa maison; ce sont bons princes et bons catholiques et qui vous aiment tout plein. Demandcriez-vous un plus beau roy et plus gros et plus gras qu'il est? c'est , par sainct Jacques , une belle pièce de chair, et n'en sçauriez trouver un qu' le pèse. Quant à vous, MM. les ecclésiastiques , à la vérité j'y perds mon latin , et vois bien que si la guerre dure, il y aura beaucoup de pauvres prestres ; aussi vostre salaire n'est pas en ce monde , mais en l'autre où une très-grande troupe attend ceux qui pastiront et mourront pour la saincte ligue. »

a Le sieur archevesque ayant fini avec grande esraotion de corps et de voix, il demanda permission tout bas à M""= de Montpensier de se retirer pour changer de chemise. MM. Rose, de Rieux. d'Avray firent des harangues merveilleuses, l'un sous son roquet et camail portatif, l'autre en se mettant la main à la gorge qui lui démangeait. En me retirant sur le soir , j'entendis qu'en la première session des Estats on avoit mis en deslibération de quel bois on se chaufferoit le caresme suivant , et sur quel pied l'union marcheroit. J'ai aussi sçu depuis que le résultat du conseil portoit qu'on feroit plusieurs caresmes en l'an ; on y fit

RÉSULTAT DES PA:ttPHLETS (1593). 347

aussi desfense de vendre des œufs de couleur après Pasques; fut aux femmes enjoinct de porter des hausse-plis sans craindre le babil des sagesfemmes; on murmura aussi que les carrosses seroient censurés et les mulets bannis de Paris. Quelques-uns dirent que si le roy de Navarre se faisoit catholique, il falloit que M. le lieutenantgénéral se fist huguenot. Quant à l'éleotion d'un roy tout neuf, elle ne fut pas sans dispute, parce que les uns proposoient qu'il valoit mieux entrer en respublique comme les anciens Gaulois; les autres demandoient la démocratie anarchique : les autres l'oligarchie athénienne. Aucuns parlèrent d'un dictateur perpétuel ; il y a quelque apparence qu'ils parleront d'avoir un roy. Voilà à peu près ce que j'ay pu apprendre et que je puis rapporter de ce qui se passa aux Estats de Paris. On dit que le primat de Lyon ne dort ni jour ni nuict pour esclore un escrit qui fera poser les armes à tout le monde. Nous verrons en peu de temps ce que sera. »

Il Y avait de l'esprit dans ce pamphlet , des applications ingénieuses , des personnalités vives contre les hommes qui avaient présidé aux États : on se moquait de leurs lenteurs , des choix qu'ils avaient faits , de la politicfue qu'ils avaient suivie. Les parlementaires se gaussaient des ambassadeurs espagnols, du légat, dcM^^^de Montpensier, .si profondément ligueuse, de M. de Mayenne,

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