‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 4 sur 202 · RUPTURE DE TOUTE IS'ÉGOCIATION · texte numérisé non relu

RUPTURE DE TOUTE IS'ÉGOCIATION

porter contre rinliumanité des massacreurs et tyrans , et de la punition nécessaire d'iceux *. » « La vie, mœurs et déportemens de lienrv Béarnois, soy-disant roy de Navarre, où les catholiques de ce royaume pourront descouvrir quelles sont les hypocrisies de celui qui les A^oudroit dominer, et envahir la couronne très-chrestienne à Charles, cardinal de Bourbon, roy de France **. » Le conseil des seize quarteniers ne se contentait pas de jeter le ridicule et la haine sur le parti négociateur; maître du bureau de la ville, des échcvins, du conseil de l'union , de tout ce qui commandait l'obéissance dans la cité , il appela une manifestation publique et légale des sentimens po})ulaires contre tout arrangement avec Henri de Navarre. Le moyen que le tiers parti voulait employer était, ainsi qu'on la dit , la conversion de Henri IV; les pamphlets de la ligue avaient répondu à cette théorie, en posant en fait qu'on ne pouvait absoudre un hérétique , relaps, un homme qui avait déjà renoncé à sa foi pour embrasser l'hérésie. Ce principe , on le fit proclamer par tout ce' qui était pouvoir dans la cité. La Sorbonne était fortement ligueuse, et d'ailleurs les quarteniers, à la tête du peuple, n'auraient pas souffert qu'une autre opinion fût

*Lyon , 1589.

'* Taris , Pierre Deshayes, 1589.

6 LA SOUBONNE COiNTRE LES POLITIQUES (1590).

exprimée. Il fut. déclaré par la Faculté eu asseuiblée solenuelle : « qu'il estoit de droict divin inhibé et defiendu aux catholiques recevoir pour roy un hérétique ou fauteur d'hérésie et ennemi notoire de l'Eglise , et plus cstroitenient encore un relaps et nommément excommunié du saint-siége ; que s'il eschet qu'aucun diffamé de ces qualités ait obtenu , en jugement extérieur, absolution de ses crimes et censures , et (juil reste toutefois en danger évident de feinlise et perfidie, et de la ruine et subversion de la religion catholique, iceluy néanmoins doibt estre exclu du royaume par niesme droit. Et (juiconque s'efforce de faire parvenir un tel personnage au royaume , ou luy ayde et favorise, ou mesme permet qu'il y parvienne v pouvant cmpescher , elle devant selon sa charge , cestuy faict injure aux sacrés canons , et le peut-on justement soupçonner d'hérésie et réputer pernicieux à la religion et à l'Eglise ; et pour ceste cause on peut et doibt agir contre luy , sans aucun respect de degré ou prééminence. Et partant, puisque Henry de Bourbon est hérétique , fauteur d'hérésie , notoirement ennemi de l'Eglise, relaps et nommément excommunié par nostre Sainct-Père , et qu'il y auroit danger évident de feintise et perfidie et ruine de la religion catholique , au cas qu'il vinst a impestrer extérieurement son absolution, les François sont tenus et obligés en conscience de l'em-

LA SOKBUNiNE CONTllL LhS POLITIQUES (1590). 7

peseher de tout leur pouvoir de ])arvenir au {jouverueiuent du royaume très-chrestieu et de ne faire aucune paix avec luy , nonobstant ladicte absolution , et quand ore tout autre légitime successeur de la couronne viendroit à décéder et quitter de son droict ; et tous ceux qui luy favorisent font injures aux canons , sont suspects d'hérésie et pernicieux à l'Eglise , et comme tels doivent estre soigneusement repris et punis à bon escient * ». C'était une mesure vigoureuse , dirigée contre le tiers parti. Comment songer encore à une transaction avec un hérétique notoirement rela])s ?

Tout ceci se passait après la bataille d'Ivry que les négociateurs avaient considérée comme un événement heureux pour arriver aux fins qu'ils se proposaient. Alors le peuple de Paris

* " Résolution de Messieurs de la Faculté de théologie de Paris, sur les articles à eux proposés par les oatholi(|ues liabitans de la ville de Paris , louchant la paix ou capitulation avec l'hérétique, et admission de Henry de Bourbon à la couronne de France. > 7 mai 1590. — Le placard suivant fut affiché pour soulever le peuple contre le tiers parti, fé vrier 1590. — Affiches mises de nuict dans Paris , mss. de Colbert, vol. ccin, in-fol. V. pag. 439, vers. « On faict savoir à tous catholiques que Messieurs de la cour , du Chastelet , de la ville, secrétaires du roy , trésoriers et autres officiers et capitaines , ont faict consultation de nous couper à tous la gorge ceste uuict prochaine. »

était plus que jc.uiais décidé à se défendre; l'union recevait l'espérance des puissans secours. Le légat du pape Sixte-Quint , et le duc de Feria entraient dans la cité avec ordre de soutenir et de développer le grand système de résistance préparé par les villes catholiques contre la gentilhommerie huguenote et montagnarde qui venait avec les étrangers pour attaquer ses murailles. Le duc de Feria était l'homme de confiance de Philippe II, l'ambassadeur officiel auprès de l'union sainte et municipale. A mesure ([ue cette union prenait plus de consistance, le roi d'Espagne avait pensé qu'un envoyé spécial , porteur de ses instructions intimes, répondrait mieux aux besoins des circonstances. Le duc de Feria , habile négociateur, tête de mouvement et d'énergie, précéda le kVnt de quelques jours seulement , et dut se concerter avec lui sur les intérêts communs de la ligue.

La papauté, cette immense institution, s'était alors personnifiée dans un pauvre moine, homme de modération et de tempérament. Il fallait agir avec énergie, et Sixte-Quint négociait avec tous les partis, cherchant à les attirer à lui par des concessions. Quand les Guise avaient été frappés, c'était le cas de lancer la fatale excommunication contre Henri III, dont la main n'avait pas tremblé devant la pour])re du cardinalat ; Sixte-Quint reçut des explications, se borna à des menaces; et

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