MURMURES CONTRE LE PARLEMENT
Le parlement fut également invité à punir les traîtres qui correspondaient avec Je conseil huguenot. Bientôt les chefs des halles dénoncèrent la trahison de ce parlement. Brisson s'était jeté dans la ligue, mais par peur ; on a rapporté la protestation qu'il avait écrite pour se bien maintenir avec le parti royaliste. Le peuple avait eu vent de sa conduite incertaine, timorée , et ce peuple, qui ne pardonne pas, avait suivi toutes les actions du parlement. Il se frou\a une circonstance qui parut confirmer les indices de
avait aussi des mesures de réquisitions ; j'en donne ici un exemple : " De par Monseigneur le duc de Mayenne, lieutenant-général de l'Estat et couronne de France ; le seigneur de Saint-Paul, conseiller d'Estat , lieulenant-général au gouvernement de Champagne , Brie et lleUielois ; maire , manans et habitans deMareuil ; vous ne l'audrez incontinent la présente reçue donner ordre d'envoyer et faire porter dedans trois jouis au bourg de Vincennes la somme de huit escus es mains de Jérosme Moëls , sous sa qui! lance , à laquelle vous estes taxés pour vostre part de l'entretenement de la garnison y establie, et ce pour une semaine commencée le 17" de ce mois . à quoi ne ferez faute, et de continuer par chascune semaine tant et si longuement que ladicte garnison aura lieu, sous peine d'y estre contraiiu-ts et à vos despcns par toutes voies dues et raisonnables. Donné à Rheims , le 15" jour de décembre 1590. — Collection mss. de Mesme, intitulé : Mémoires de la ligue,
cette trahison : un nommé Brigard, procureur de la ville, avait été accusé d'intelligence avec le Béarnais ; renvoyé devant le parlement, on instruisit son procès, et au bout de quelque temps, les chambres prononcèrent l'acquittement de l'accusé. L'irritation populaire fut à son comble ; absoudre un traître à la cité, à la religion catholique, n'était-ce pas le plus grand des crimes aux yeux de cette population qui avait combattu naguère avec désespoir poiir le maintien de sa foi ? Le conseil des Dix présenta requête au duc de Mayenne, afin d'obtenir la punition exemplaire du coupable. Après quelques hésitations, M. de Mayenne promit de faire faire justice; mais cette promesse ne s'exécutait pas; n'était-il pas plus simple d'attaquer le parlement luimême ? Pelletier, curé de Saint-Jacques-la-Boucherie, s'écria de nouveau : « Bons bourgeois; c'est assez connivé ; il ne fiiut pas espérer jamais avoir raison de la cour de parlement en justice; c'est trop endurer; il faut jouer des cordes à cette heure ! dans ce parlement il y a des traistres, il faut les chasser et jetter dans la rivière ! » Le conseil des Dix connaissait toute l'indignation du peuple contre les magistrats. N'était-ce ])as favoriser les traîtres que de proclamer l'imj)unité de Brigard ? « Un de la compagnie devisant avec Crosne de la dilliculté qu'il y auroit ({uant à présent d'avoir raison de l'injustice qu'on
préteiidoit avoir été faictc en son procès, ledict Crosne répondit : « Non, non, ne craignons point, nous avons de bons bras et de bonnes mains pour venger une injustice si esvidente, faicte à la vue d'un chascun *. » En caste assemblée le serment de l'union est jnis en deslibération; chascun s'entend pour le faire et signer; Bussy , assisté de dix ou douze de la compagnie , monte en la chambre haute du sieur La Bruyère pour, connue il disoit, rédiger par écrit les articles dudict serment. Mais tout soudain il redescend, tenant en sa main un grand papier, et dict à l'assemblée de ville ces mots: « Messieurs, nous serions trop long-temps à resdiger les articles par escrit du serment, et craindrions que la compagnie s'ennuyast; mais s'il vous plaist signer ce papier après moi et plusieurs autres gens de bien qui signeront les premiers, ce sera autant de temps gagné ; nous laisserons de l'espace par-dessus les signatures, pour après resdiger les articles du serment. » Plusieurs s'y accordèrent, et à l'instant de Launoy pressoit fort et importunoit chascun de ce faire ; toutefois il y en eut un qui dict qu'il .seroit raisonnable que ce qu'on entendoit signer fust escrit auparavant; que cela n'estoit point si
' Mss. de Mesmc inti'.ulé : Mémoires du rùgiie de Ifcnri ///.vol. m, coté *'"'/■*, fol. 29, et mss. dt- Collu'it , vol. 500, iii-fi)l. parcheinin, p. 7.
pressé, que l'on attendlst encore un jour, et que dans deux heures lesdicts articles pouvoient estre écrits; auquel fut respondu par de Launoy que s'il avoit peur, qu'il ne signast point. Ledict bourgeois remarqua lors que les dix: du conseil firent mettre deux sergens à la porte de la chambre pour empescher que aucun ne sortist qu'il n'cust signé. Et pour donner à entendre que tout ne se faisoit que pour le serment de l'union, La Bruyère apporta sur la table un missel pour jurer sur iceluy. L'affaire estant conduicte de ceste sorte, personne n'osa refuser de signer ce papier blanc, et ainsi que chascun se préparoit à signer, de Launoy faisoit mettre la main sur l'Esvangile et prononcer le serment. Mais d'autant que l'assemblée ne sembloit assez grande, elle fut remise au dimanche ensuivant en la maison du sieur Sanguin, chanoine à Nostre-Dame, auquel lieu Bussy se présenta garni de son grand papier avec un missel, à un bon nombre d'honnestcs bourgeois qui n'en avoient encore ouy parler, lesquels signèrent tous en voyant tant d'autres avant eux ; ce que faict, il serra le papier en son sein. Sur quoi , aucuns de ceux qui avoient signé voyant que ledict papier n'étoit pas rempli, soupçonnèrent quelque chose de mal là-dessous; même quelqu'un dict tout haut : « M. de Bussy nous vient voir à ceste heure en nostre compagnie bien souvent; il a la réitération du sernieat de
l'union raerveilleusement à cœur; Dieu le veuille conserver en ceste bonne volonté ; mais nous trouvons fort estrange qu'on nous fasse signer un papier sans sçavoir ce que c'est. » Et sur ce, la compagnie s'en alla. Le même jour le conseil des Dix s'assemble chez de Launoy, où ils avoient avisé de faire leur assemblée lors de ladicte élection ; l'on ne scait ce qui y fut advisé: tant y a que le jour suivant au matin le conseil se tint, et l'après-disner aussi où Bussy fut mandé. Le mardi un bourgeois de la compagnie ordinaire trouve le matin par les rues Borderet-llosny, un des Dix, auquel il demande ce qui avoit esté résolu en leur conseil touchant l'affaire Brigard, lequel Borderct répondit : « M. de Bussy a charge de voir MM. de la Sorbonne pour demander si en sûreté de conscience l'on pourroit exécuter quelque entreprise ; je crois que nous en sçaurons aujourd'hui le court et le long. Le raercredy là du mois, le conseil secret des Dix se tint le matin et soir chez de Launoy, où se trouvèrent aussi Bussy, le curé de Saint-Cosmc et autres; et, comme on dict, fut faict par Bussy le rapport de la response de la Sorbonne, et ne sçait-on quelle elle pouvoit être; tant v a que l'après-disner l'assemblée ordinaire se tenant chez Boursier, Bussy y survint; et là fut proposé généralement qu'il falloit réprimer aux traistres et aux conspirations (|ui se foisoient contre la ville. »