‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 44 sur 202 · PENDAISON DE BRISSON · texte numérisé non relu

PENDAISON DE BRISSON

]{ussy Leclerc fut donc le chef de reiitreprise ; à la tête du conseil des Dix, il prononça l'arrêt de mort du président Brisson, du conseiller Larcher, et de Jean Tardif, conseiller au Chàtelet, expressions de la faiblesse et de la couardise dans la judicature. Le 16 novembre, des députes de ce conseil envahissent la demeure du malheureux président, le saisissent et le conduisent prisonnier au Chàtelet ; il n'y resta pas long-temps : après quelques heures d'attente, on lui signifie un jugement qui le condamne à être pendu et étranglé comme fauteur d'hérésie , ennemi et traître de la ville, et sur-le-champ la sentence est exécutée à une poutre du palais *. Claude Larcher et Jean Tardif subirent incontinent le même

* M. de Vie au roy Henri IV, le 16 novembre 1591 :BSire; hier matin, le peuple de Paris, comme l'on dict , conduict par Leclerc qui est à la Bastille, fit une esmcutc parla ville , faisant courre le bruit que la nuiet précédente l'on avoit trouve deux portes ouvertes, et prirent plusieurs prisonniers, desquels jo n'ai encore appris les noms , sinon du président Brisson et des conseillers Larcher et Tardif, qu'ils n'ont laissé guère languir , les ayant la nuict eslranglés , et les a-t-on vus ce matin pendus en Grève , avec cliascun un esoriteau en la poitrine. Leclerc voulut hier tuer leprevost des marchands en pleine rue ; le gouverneur voulant apaiser le peuple, fut injurié, et, dict-on , ses gardes desarmés. « — Mss. de Béthune , vol. cot. 9Ki4, fol. 107.

MESUPxES CONTRE LE PARLEMENT (1591). 60

supplice. Et le pcujjle applaudissait à ces sanglantes exéeutioiis, car, politiques maudits, ils avaient voulu livrer la cité à la fureur des huguenots ; ils avaient sacrifié les bons catholiques, les défenseurs de la foi et des libertés municipales! On avait surpris des lettres, des journaux écrits à la main, qu'ils envoyaient à Henri l'excommunié, dans les villages, à Saint-Denis *, où M. de Vie levait là l'étendard fleurdelysé !

'Les parlemcii(aires , a|)iès l'endée de Henri IV. firent des vers, des li;iraiij;ues sur la mort de leurs coll^jjups. " Le nom do monstre (jui de fout leinps t'a esté donne , peuple insensé , est fort propre fet convenable à ta nature ! nionstre <iui no peut eslre adouci , qui déchire à yeux fermés ceux qui te gouvernent, ([ui ont le soin de ta vie, la peine et l'incommodité pour ton repos et ton utilité : mire-toy dans tes meurtres, monstre inhumain, vois ton |)ourtraict qui se peint dans le sang de tes cruautés! et s'il ne te souvient des meurtres passés, si tu ne peux te voir dans le sang vieil , vois ruisseler celui de ton magistrat (jui t'aimoit plus que sa propre vie' » Discours sur la mort de M. le président Crisson ; ensemble les arrests donnés à l'en • contre des assassinateurs. — Paris, Claude de Montrœil et Jean Richer

Contre les assassinateurs du président Brisson.

Meurtriers insensés, vostrc eseumeuse rage N'a pu souillcrl'liouneiir du pn':sidciit Brisson; Il ne fut esfmyé de Poliscjrp prison; Sa vertu s'est roidie au jour de rostre outrage :

70 GOUVERMMEINT DEMOCRAT. A PARIS (1591).

Cette mesure contre le parlement était violente , énergique comme toutes celles qui émanent d'une autorité populaire ; l'exemple était sévère contre le parti négociateur ; les bourgeois eux - mêmes en furent effrayés , et c'est dansée dessein peut-être qu'elle fut conçue. Le conseil des Dix s'apercevait que les opinions négociatrices et de tiers parti faisaient des progrès; il voulait les arrêter par un grand exemple. Et cet exemple fut donné; l'effroi se mit dans les âmes modérées; on ne parla plus de traiter. Toutes les autorités municipales, les quarteniers et colonels furent épurés, afin de correspondre aux sentimens du peuple ; le pouvoir tomba tout-à-fait de la classe bourgeoise aux halles. Là commence le gouvernement démocratique de la municipalité de Paris, sous la direction d'une commission populaire; alors se dévelo[)[tc une série de mesures de violences et de confiscations contre les timides *.

Vous vistes à sa mort son assuré courage, Vostre sanglant discours n'altéra sa raison; LU'jà l'esprit, voyant sa céleste maison , Méditoit que la mort est comme un passage.

* n De par les prevost des marchands et escheviiis. il est ordonné que M. Devaui, assisté du procureur du roy de la ville, et des sieurs Lebresle et Saiiictyon, se transporlerout présentement en la maison du sieur président

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