‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 48 sur 202 · CRAINTES DU DUC DE MAYENNE · texte numérisé non relu

CRAINTES DU DUC DE MAYENNE

se devoit séparer aujourd'huy , il sera aisé de vous faire couler une bonne provision de bled ; je vous baise les mains *. »

Le 20 juillet Io91 , le due de Mayenne s'expliquait d'une manière plus nette a l'égard de la révolution municipale : « Je ferai , Dieu aidant , en sorte que Paris ne souffrira plus telles incommodités , et qu'on y pourra demeurer commodément en repos et sûreté ; et si toutes choses ne me sont directement contraires , vous en verrez bientost des effecls. Vous aurez vu ce que je vous ay escrit touchant le conseil de l'union et ce que je priai le père provincial de vous faire entendre ; je veux croire que ceux qui désirent des nouveautés a Paris n'auront pas passé plus outre à l'establissement dudict conseil , ayant vu ce que je leur en ay escrit ; s'ils l'avoient faict , j'aurois grande occasion et de m'en plaindre et de ne le point souffrir. Je considère bien toutefois qu'il faut mettre un bon ordre à Paris , et que ma présence y est très-requise ; c'est pourquoy j'ay résolu m'y rendre dans fort peu de jours , pour , avec vostre advis et des gens de bien , estahlir et pourvoir a tout pour le mieux. Jusques-là je ne suis pas d'advis que l'on change rien aux affaires, et vous supplie d'y tenir la main et d'opposer vostre auctorité

* Mss. de Mcsiues, iii-fol. tom. vu, n" ^■'■'7

CREATION D'UN TUmUNAL EXTRAOUD. (1591). 75

aux passions de ceu\ qui ne cherchent que lii confusion *. »

Dans cet intervalle la ville s'clait démocratiquement organisée; le parloir des bourgeois s'cnij)iissait incessamment d'un peuj)le d'ouvriers ; et là ou délibérait en commun sur les aUaires de la \ille. Bussy Leclere exerçait la plénitude de toute autorité ; nouveau tribun , il présidait à toutes les résol utions soudaines, instinctives qui caractérisent le gouvernement de la multitude. On appelait chaque jour des mesures de proscription contre les traîtres. Rien de })lus implacable que les articles sur lesquels les catholiques de Paris esigèrent qu'il fût hâtivement pourvu. Ils les présentèrent aux prevôst et esche vins : « Les catholiques demandent qu'il soit establi une chambre ardente de douze personnages qualifiés et gradués, d'un président et un substitut du procureur - général , et un grefiier , qui soient notoirement de la saincte-ligue , pour faire le procès aux hérétiques , traistres , leurs fauteurs et adhérens , et qui seront nommés par le conseil des seize quarteniers de la ville**. Que l'exécution faictc contre les emprisonnés soit présente-

*Mss. dellesmcs: intitules : Méraoiivs sur la Ligue, in-fol., (<im. vu, n" ^"^Y-

" 11 y a ici une immense ressemblance avec riiistitutioii (lu tribunal révolutionnaire en 1793.

Page 1