MESURES EXTRAORDINAIRES
meut advouée par MM. du conseil de la ville, (■oimne faicte pour le bien de la religion , de TEstat et de la ville. Qu'il soit establi un conseil de guerre en ceste ville , composé de M. le gouverneur et de M. du Saulzay, de M. de Beaulieu , gouverneur du bois de Vincennes , du sieur de Bussy, capitaine du chasteau de la Bastille, des deux colonels des garnisons espagnoles et napolitaines , et du sieur de Sainctbyon, commandant au régiment des Valons, du sieur de Champagne, commandant au régiment de Picardie, et des colonels de ceste ville qui seront nommés par le conseil des seize quarteniers. Le conseil se tiendra pour le moins deux fois la semaine. Qu'aucune coni'érence ne soit faicte avec les ennemis par aucune personne , de quelque qualité qu'elle soit , sans l'advis dudict conseil de guerre. Qu'il soit aussi promptement et présentement pourvu aux [ilaccs des conseillers de ville qui sont absens, au profit de ceux qui seront nommés par le conseil des seize quarteniers. Qu'il soit eslu et choisi en (îhascun quartier de ladicte ville un homme capable , pour tous ensemble , ouyr les comptes des deniers qui ont esté levés extraordinairement en ceste ville , et ce par un bref estât ; à laquelle audition il soit procédé sans discontinuation. Que M. le gouverneur soit supplié se fier des bourgeois de ceste ville comme ils se fient de luy, et qu'à ceste fin il n'ait autre
CONTRE-RÉYOLUTIO?) BOURGEOISE (1591). 77
garde que la fidélité et amitié desdiots bourgeois * . »
Mais ce gouvernement , qui s'agitait dans des mesures extraordinaires , qui demandait des proscriptions, des conseils de guerre, des tril)unaux et des chambres ardentes , n'avait pas pour lui les forces militaires , le parti des riches , qui fournissait l'argent et les hommes de batailles. Aussi le duc de Mayenne , à peine arrivé, osa un coup hartU : il était appuyé par la classe bourgeoise ; une petite armée le suivait : sa première manœuvre fut de s'emparer de la Bastille. Bussy Leclerc , qui la commandait , la remit entre ses mains par surprise et par peur , à la condition de n'être nullement recherché pour la mort des infortunés parlementaires. Mayenne fait prendre les armes à tous les bourgeois , établit à chaque coin de rue de bous corps-de-garde, s'assure de tous les points importans , fait occuper les places et les principales hauteurs. Cinq jours se passent en préparatifs. Enfin , dans la nuit du 3 au 4 décembre , on se saisit de Louchard, Aurouv , Esmonnot et Ameline , chefs populaires-, et ils furent incontinent pendus dans une salle basse du Louvre ; Croné et Cochery prirent la fuite ; le greffier et le bourreau furent pris quelques temps après et égale-
* Mss. de "Uesmes, intitulés : Mâmoiics du règne d'Henri III,
(«in. m, u"»'"/', foi. 34.